L’école française est un sous-ensemble de l’intelligence économique africaine

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S’il fallait une preuve, l’arrivée de la Rwandaise Louise Mushikiwabo à la tête de l’OIF a prouvé que si Paris détient toujours la propriété de la Francophonie, c’est l’Afrique qui jouit de l’usufruit. Il en va de même pour l’intelligence économique française dont l’Afrique écoute la rhétorique, mais sans illusion sur le danger que représente ce cheval de Troie : organiser les concurrents pour les contrôler.

C’est une évidence documentée que la France est entrée dans le monde de l’intelligence économique (IE) par la mauvaise porte, mêlant la barbouzerie d’une extrême à la rhétorique de l’autre. « A l’arrivée, estime Guy Gweth, président du Centre Africain de Veille et d’Intelligence Economique, il n’y a pas grand monde dans l’Hexagone qui puisse vous livrer le retour d’expérience d’une mission d’IE… Trop de fumée… Je veux dire aux Africains et à l’OIF que l’authentique communauté africaine de l’intelligence économique regroupée au sein du CAVIE et/ou formée par nos soins, est mûre pour assumer le leadership dans l’espace francophone. Les plus honnêtes de nos collègues européens savent que Contra factum non valet argumentum. »

Formé à l’Ecole de guerre économique de Paris où il a enseigné, autant qu’à l’Institut des Hautes Etudes de défense nationale, à l’Ecole supérieure de Gestion ou à l’Ecole de centrale de Paris, le président du CAVIE sait de quoi il parle : « en matière d’intelligence économique, l’expertise française repose essentiellement sur l’influence plus générale de la France (…) Et c’est précisément ce qui marche le moins en Afrique aujourd’hui. Non seulement parce que l’actualité ne joue pas en sa faveur, mais parce que l’apport des intervenants français n’est qu’un sous-ensemble, un tiers à peine, de ce qui constitue l’intelligence économique en Afrique. Ils vendent surtout des logiciels de veille, quelques auteurs et des heures de bavardage remplies de superlatifs.»

Dans une tribune parue dans les Echos, Fred Raynald, expert en sécurité informatique et camarade de promotion de Guy Gweth à l’Ecole de guerre économique de Paris écrit : « En France, la pratique de l’intelligence économique est tout autre (que chez les Anglo-saxons). Synonyme de malversation, de pratiques déloyales, d’irrespect d’un cadre légal, l’intelligence économique s’inscrit pour l’État français dans une démarche de coopétition là où les entreprises privées l’apparentent plutôt à une guerre économique. » D’un point de vue théorique avant tout, car les entreprises françaises ne sont pas les mieux protégées du monde, y compris dans l’hexagone.

Le député Olivier Marleix, président de la commission d’enquête parlementaire sur la protection des fleurons industriels français, enfonce le clou : « Sur l’intelligence économique, la France est trop naïve. Un exemple : dans l’affaire Alstom – société qui soutient notamment notre capacité à vendre des centrales atomiques et à entretenir nos 58 réacteurs nucléaires -, l’entreprise a commencé à être sous les feux de la justice américaine dès 2010 et personne chez nous ne le savait. Un vice-président d’Alstom a été arrêté aux États-Unis pour des soupçons de corruption et personne dans l’Hexagone n’y a prêté attention. Ni le ministre de l’Économie d’alors ni son responsable de l’intelligence économique n’étaient au courant. »

Malgré ce sombre tableau, quelques acteurs français tentent d’organiser l’intelligence économique en Afrique francophone à coup d’évènementiels avec l’aide de quelques suppôts de la post-colonie. Un des invités subsahariens à l’une de ces manifestations confie sous anonymat : « il faut les laisser croire que nous sommes encore les grands enfants qu’on a toujours été. Vous imaginez leurs têtes si les Américains allaient organiser l’intelligence économique en France ? On prend ce qu’ils apportent et on leur offre le sourire en partant. Quand ils tournent le dos, les Chinois poussent la porte. »

Joseph Atangana et André Toungui

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