Mali : implacable arithmétique électorale

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Défiant les lois de la physique, cette affiche géante du président IBK, posée sur le fleuve Niger, a fait beaucoup de vagues

Quelque 8 millions de Maliens étaient appelés aux urnes, dimanche 29 juillet, pour un premier tour des présidentielles qui mettait aux prises 24 candidats dont le président Ibrahima Boubacar Keita dit IBK.

En raison de la division de fait du pays entre le Nord et le Sud et de la situation chaotique qui règne au centre, le vote n’a pas eu lieu dans 644 bureaux, et a été perturbé dans 3 988, indique Mohamed Ag Erlaf, le ministre de l’administration du territoire.

Bien avant le scrutin qui se déroule dans 23 000 bureaux de vote, l’opposition avait fait part de ses inquiétudes concernant le fichier électoral et le risque de fraude. « Chaque Malien et chaque Malienne doit par ailleurs être vigilant face aux tentatives de fraudes électorales. Ce scrutin présidentiel historique ne peut être confisqué », a déclaré l’opposant Soumaila Cissé, principal challenger du président IBK, depuis son fief de Niafunké.

Autre opposant en vue, Cheikh Modibo Diarra, ancien cadre de la NASA qui devrait être l’un des faiseurs de rois.

Pour sa part, le président sortant, favori envers et contre tous, réfute les accusations de fraude. « Il n’y a qu’un seul fichier électoral», a dit IBK à la presse après avoir voté à Bamako, la capitale. Très en verve, le président dénonce une « polémique stérile et parfaitement inutile » sur le fichier contenant les données du scrutin.

En dépit de la multiplicité des candidatures, la campagne électorale malienne n’a pas vu de grands débats sur les projets de société et les propositions de nouveaux modèles de développement. Les postures l’ont emporté sur les propositions et les tentatives de récupération (tel un Mamoudou Gassama, devenu célèbre après avoir sauvé un petit enfant du balcon d’un immeuble parisien, appelant à voter pour la réélection du président IBK) ont miné le débat d’idées.

A l’exception, sans doute, de Modibo Koné, candidat du Mouvement Mali Kanu. Nouvellement arrivé sur la scène politique malienne, l’ancien haut cadre de la BOAD (Banque ouest-africaine de développement) a été l’un des candidats ayant livré le programme économique le plus cohérent.

« Notre conviction est qu’il était temps d’aller plus loin dans la valorisation de la matière première. De la première transformation, nous devions passer à la deuxième transformation, c’est-à-dire au passage de la fibre à la filature», déclarait-il à l’ouverture de la campagne.

Au-delà des programmes et des postures, un slogan s’est imposé : « Boua ka bla», ce qui veut dire en Bambara « le Vieux » doit laisser. Auquel les partisans d’IBK répondent : « Boua ta bla» («le “Vieux” doit rester»). Les urnes départageront ces deux camps aux antipodes.

Par Mohamed Baba Fall, envoyé spécial

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