Un an après son arrivée à l’Elysée, Emmanuel Macron multiplie les voyages en Afrique sans forcément apporter de rupture dans une Françafrique ressuscitée après deux faux enterrements prononcés par ses deux prédécesseurs. 

A Tunis,  le président français a salué à son arrivée, mercredi 31 janvier 2018, dans un nouveau périple africain circonscrit apparemment aux pays qui ont connu des alternances politiques récentes,  un “modèle démocratique dans le monde arabe, qu’il faut soutenir, car c’est un espoir et un laboratoire pour toute la région”.

Son discours prononcé devant un parlement déserté par les partis de gauche a sonné comme une critique de Nicolas Sarkozy à propos de la situation actuelle en Libye: « L’Europe et les États-Unis ont une responsabilité dans l’affaire libyenne. », a-t-il notamment déclaré.

A Dakar, où il entame ce 2 février  une visite qui devra le conduire à Saint-Louis, ancienne capitale de l’Afrique Occidentale Française (AOF), aujourd’hui menacée par les flots de l’Océan, le leader de “La République en Marche” devrait poursuivre sur l’éloge de la démocratie dans la même veine que son discours de Ouagadougou ou celui d’Accra.

La reconstitution de fonds du Partenariat mondial pour l’éducation et la visite du chantier du Train Express Régional (TER), chantier ferroviaire  majeur (confié à Altsom)  devant désengorger Dakar et la rapprocher du nouvel aéroport de Dakar et la conférence de presse seront les grands moments d’une tournée qui fait la une des quotidiens dakarois.

S’il est différent de  Nicolas Sarkozy sur sa  vision de l’Afrique, “le continent qui bousculera le 21ème siècle”, affirmait-t-il sur Twitter il y a un an,  l’actuel locataire de l’Elysée semble marcher sur les pas de François Hollande.

A cette différence près que son prédécesseur, visionnaire, avait investi dans la sécurisation du Sahel et la stabilisation du Mali, son fait d’armes. Emmanuel Macron, lui, en personnalité politique issue du monde de la finance, semble insister sur l’économie sans indiquer  une voie concrète pour la politique sécuritaire au Sahel.

S’il s’est bien engagé dans l’augmentation de l’Aide publique au développement de 6 à 15 milliards d’euros d’ici 2022, ce qui représenterait 0,55% du PIB français, en déça des promesses de Gleneagles de  2005, il reste muet sur le rôle de la France dans le G5 au Sahel. Les annonces de financement de la lutte contre le terrorisme ne correspondent pas aux mouvements des troupes sur le terrain. La tendance est à la restriction de la force Barkhane en des unités d’intervention éclair au moment même où les terroristes, revigorés, s’en prennent aux casernes.

Moins engagé que son prédécesseur sur la question du Sahel, Emmanuel Macron semble accepter l’idée d’un Mali instable, grand corps malade de l’Afrique de l’Ouest qu’il faut assister sans forcément délivrer, fautes de moyens logistiques et de soutiens de ses partenaires européens et africains.  Car, il en coûterait au président français, en moyens financiers et militaires mais aussi en  cote d’impopularité, pour  aller à un corps à corps avec des Djihadistes qui gagnent du terrain et constituent désormais la plus grande menace sur la paix au Sahel et au Maghreb.  Le Sahelistan, concept né d’une erreur stratégique de Nicolas Sarkozy d’attaquer la Libye et retardé par François Hollande, est en marche et il faut plus que des discours pour en briser la trame.

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