Alger- Rabat: l’effet boomerang

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Abdelkader Messahel explique le succès des banques marocaines par le blanchiment de l’argent du haschich.

Les propos du ministre algérien des Affaires maghrébines, africaines et de la Ligue Arabe continuent de susciter une flopée de réactions à la mesure des  accusations proférées contre le Maroc, ses banques et ses compagnies en général. En marge du forum des chefs d’entreprise (FCE) qui se tenait vendredi  20 octobre, Abdelkader Messahel, sans doute piqué au vif de se voir rappelé  les succès du Maroc en Afrique, a lâché : “les banques marocaines on le sait : c’est le blanchiment d’argent du hachisch, tout le monde le sait (…) et Royal air Maroc ne transporte pas que des passagers”.  Il n’en fallait pas plus pour que Rabat se raidisse.

Ainsi, le chargé d’affaires de l’Ambassade d’Algérie à Rabat a été convoqué, samedi 21 octobre, au siège du Ministère marocain  des Affaires étrangères et de la Coopération internationale (MAECI) pour se voir signifié le caractère “irresponsable” et “enfantin” des déclarations de son ministre.  Parallèlement, le Maroc a rappelé son ambassadeur pour consultation, tout en laissant entrouverte l’éventualité d’une procédure que les institutions économiques “diffamées” pourraient entamer.  Le Groupement Professionnel des Banques du Maroc s’est insurgé  vigoureusement contre ces allégations graves et mensongères qui témoignent de l’ignorance totale et flagrante des règles de gouvernance et d’éthique qui régissent les activités des banques marocaines dans le monde et bien entendu sur le continent africain’’.

Saluées régulièrement par les  instances internationales notamment la Banque Mondiale, le FMI, le groupe intergouvernemental de référence mondiale le GAFI (Groupe d’Action Financière), les  agences de notation et l es observateurs de la finance dans le monde, le secteur bancaire marocain est cité comme référence dans la région MENA et en Afrique par sa solidité, ses performances et son respect des règles prudentielles les plus avancées particulièrement les normes Bâle II et III, IFRS… et pour son action de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.  Le GPBM se réserve tous les droits de recours contre les graves déclarations du ministre des affaires étrangères d’Algérie.

De son côté, la Royal Air Maroc s’indigne, dans un communiqué, des propos calomnieux du chef de la diplomatie algérienne : “Cette déclaration est révélatrice d’une ignorance totale du secteur de l’aérien, qui est un environnement très réglementé par des instances internationales hautement qualifiées.”Peut-on imaginer un seul instant que l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale (OACI) accepte que l’un de ses membres, en l’occurrence le Maroc, permette à sa compagnie aérienne de transporter des matières illicites ?’’, s’interroge le communiqué.   Par conséquent, Royal Air Maroc entend faire respecter son honneur, celui de ses 4 000 collaborateurs et de ses 7 millions de passagers, dont 2 millions de passagers africains, en usant de toutes les voies de droit qui lui sont offertes’’.

 Loin d’en rester là,  le Maroc, via son  ministère marocain des Affaires étrangères et sous le magistère du ministre en question, Nasser Bourita, rencontrer les ambassadeurs des pays africains accrédités à Rabat pour un projet de réaction commune.  Rappelons qu’en bout de phrase, le ministre algérien a laissé entendre que des dirigeants africains lui ont soufflé à l’oreille ce qu’il a déclaré publiquement à propos du Maroc.  S’exprimant au nom de ses pairs, le doyen des ambassadeurs africains à Rabat, Nimaga Ismaïla, représentant de la Centrafrique, a indiqué que le corps diplomatique africain au Maroc ”a pris acte” et s’est dissocié des déclarations ”incompréhensibles” de Messahel.

Dans la sous région,  c’est le silence de rigueur. Ni la Tunisie, ni l’Egypte, encore moins la Mauritanie et la Libye, n’ont réagi face à ce que d’aucuns parmi les observateurs qualifient d’une manoeuvre destinée à saborder le retour du Maroc en Afrique et à torpiller la mission actuelle de l’émissaire onusien dans l’épineux dossier du Sahara. Le nouvel envoyé spécial de l’ONU, Horst Koehler (1), a été reçu par le premier ministre algérien Ahmed Ouyahia, ce dimanche 22 octobre, en compagnie de Messahel.

Souvent comparé (à son désavantage) à son prédécesseur, Ramtane Lamamra, nouveau Haut Représentant de l’Union Africaine(UA) pour le programme “faire taire les armes en Afrique”,  Abdelkader Messahel joue son va-tout dans cette crise où il est, volontairement ou non,  l’homme par qui le scandale est arrivé.  Le fait qu’Alger ne fasse pas partie de “l’alliance pour le Sahel” d’inspiration française et, par ailleurs,  la finalisation du processus d’adhésion du Maroc, prévue  le 16 décembre prochain à Lomé (Togo), sont autant d’échecs qui font regretter Ramtane Lamamra, “le vrai chef”, comme le susurre-t-on.  Si l’adhésion du Maroc venait à se confirmer, la  présence d’une armée marocaine dans le Nord-Mali, pourrait sonner le glas d’un statu quo de Kidal qui arrange tout le monde sauf Bamako.

 

 

 


Notes:

1: A propos de la tournée de l’envoyé spécial de l’ONU.  Koehler est arrivé samedi à Alger, troisième étape d’une tournée entamée le 16 octobre au Maroc. Il s’était déjà entretenu samedi soir avec le chef de la diplomatie algérienne, Abdelkader Messahel. Au cours de son voyage, M. Koehler a notamment rencontré le roi du Maroc Mohammed VI à Rabat, et les responsables du Polisario à Tindouf. M. Koehler doit se rendre lundi en Mauritanie, ultime étape de sa tournée.

 

 

https://www.youtube.com/watch?v=nc1xvWwtlkA.