Entretien avec Alain Nkontchou, co-fondateur et Directeur Général de Enko Capital

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« Si une société de la zone CFA emprunte à un taux d’intérêt de 15 à 20%, il lui faut avoir un business model assez solide sinon sa dette ne sera jamais payée. Cela ne veut pas dire que les taux doivent être plus bas, mais il faut créer des environnements où la croissance est beaucoup plus forte qu’aujourd’hui… »


 Comment va le fonds Enko  Capital?


Je dirais très bien. Nous nous développons comme nous le souhaitions avec des fonds disponibles et de bonnes relations avec les  investisseurs internationaux. L’on enregistre l’entrée de nouveaux membres, surtout panafricains.  Aujourd’hui, nous investissons dans la  plupart des pays africains avec des stratégies relativement différentes en ce qui concerne le marché de la dette, le marché des actions et le marché des investissements privés.

De ce point de vue, nous nous donnons les moyens de participer de façon active au développement de l’Afrique subsaharienne, mais aussi d’être un acteur principal soit de manière  permanente. Donc Oui, nous sommes  satisfaits de nos performances. La deuxième étape pour nous serait de commencer une approche un peu plus locale parce qu’il faudrait comprendre que la majorité de nos investisseurs ne sont pas africains. Qui sont les investisseurs ?, ce sont les assurances, ce sont les fonds de pension, qui sont présentes pour la plupart dans les pays africains mais qui font surtout face à une certaine forme de protection contre l’externalisation du capital, ce qui est tout à fait normal.

Donc, pour pouvoir attirer ces grands investisseurs,  il faut suivre l’évolution des  espaces et cadres  institutionnels.   Je parle de l’avènement des fonds de pensions, des compagnies d’assurances, qui ont besoin de placer leurs fonds. Il faut donc suivre non seulement  l’évolution de cet écosystème mais aussi pouvoir rentrer dans la problématique en disant que les capitaux ne peuvent pas être personnalisés. Il faudrait  les gérer de façon locale afin de trouver des produits  adaptés. Tout cela,  ans le but d’ offrir à des acteurs potentiels. On est assez pointus de ce point de vue parce que ce sont des facteurs de croissance naturels. Plus un pays devient riche plus son besoin d’assurance devient important.

 


 Justement, beaucoup de compagnies d’assurances disent aujourd’hui qu’il faut aller vers les Private Equity.  Qu’est ce qui bloque cet élan?

Je ne sais pas vraiment s’il y’a des blocages, mais tout ce que je peux dire c’est que,  de prime abord, il faudrait trouver des entreprises candidates à des placements à long terme parce que le Private Equity c’est le long terme. Donc c’est un défi de trouver les entreprises. En Plus,   il faudrait avoir les méthodes de sortie, parce que tout va ensemble. L’évolution des marchés de capitaux aide grandement à réunir de telles conditions. L’aspect réglementation notamment fiscale,  entre en compte. Nous devons être capable de créer les conditions pour que le  capital puisse être investi de façon relativement profitable. Il faudrait encourager les banques et des  acteurs comme Enko Capital. Il faudrait accompagner les banques afin de leur permettre d’octroyer des financements plus longs.   Ces différentes réformes créeront plus de  confiance et apporteront plus de  stabilité des institutions. C’est tout un ensemble, mais la réalité est que le potentiel et la demande est là.


Beaucoup d’Etats africains émettent des Eurobonds. Comment  se porte le marché africain de la dette ?

Tout d’abord, rappelons qu’il y’a deux marchés africains de la dette. Le premier marché c’est le marché de l’Etat. Ceci est motivé par le fait que l’Etat soit un prêteur de choix, beaucoup  moins risqué. Mais l’autre raison c’est que le système  bancaire s’accorde les moyens de financer plus facilement l’Etat. Vu les pondérations, c’est quand même très rentable. C’est l’Etat de manière général qui détient plus de 80% du marché. La problématique se trouve dans l’expansion du marché de la dette privé.

Quand on parle de ce marché là, il y’a un cadre de contrats et de risques qui sont différents de celui de l’Etat. Là il y’a un certain nombre de difficultés. Les banques exigent des  garanties qui ne  sont pas facilement accessibles. Les banques prêtent mais une fois que les garanties sont épuisées, les emprunteurs se retrouvent sans rien. Il n’y a pas de prêt à long terme d’une manière générale. L’accès au marché des sociétés privé est de plus en plus difficile. Ceci engendre le fait que les taux d’intérêt sont très souvent beaucoup plus élevés que le risque réel encouru par la banque. Il faudrait rendre cela plus malléable.  Si  une société de la zone CFA emprunte à un taux d’intérêt de 15 à 20%, il lui faut avoir un business modèle assez solide sinon sa dette ne sera jamais payée. Cela ne veut pas dire que les taux doivent être plus bas, mais qu’il nous faut créer des environnements où la croissance est beaucoup plus forte qu’aujourd’hui.

Certains pays ont réussi à créer des espaces où les entreprises peuvent mieux s’épanouir et être plus agressives,  notamment le Nigeria, où le secteur privé est très performant. Il y’a donc un travail à faire pour aider les banques à avoir un structure de bilan leur permettant  de pouvoir financer l’économie à long terme. L’Etat peut avoir un rôle à jouer la dedans en encourageant des garanties secondaires dans certaines situations pour certains secteurs où il souhaite,  soit attirer des investisseurs ou des prêt pour le secteur privé. Si nos pays veulent croître suivant leur potentiel, il leur faudrait  trouver le moyens d’accorder plus de crédits au secteur privé afin d’utiliser ce capital pour la création de richesse.

 


A propos  d’Alain Nkontchou

Ancien Directeur général de Macro Global Trading Group au Crédit Suisse (Londres),  Alain Nkontchou, né en 1963,  a fait des études supérieures (Université de Paris VI, Supélec et Ecole supérieure de commerce de Paris) en génie électrique, finances et comptabilité.  D’origine camerounaise, il a été  également Directeur général chez JP Morgan Chase & Co, toujours à Londres. Membre de plusieurs boards des compagnies de référence, Alain est l’aîné d’une fratrie d’experts (dont Cyril et Mireille)  de la finance, actifs en Europe, aux USA et en Afrique.

 

 

 

 

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