Maria Daif: “le vieux Aïn Sebâa industriel est en voie de devenir jeune et culturel »

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Porté par la Fondation Touria & Abdelaziz Tazi, l’Uzine est un ancien espace bureau réaménagé de manière à accueillir artistes et public à Aïn Sebâa, un vieux quartier industriel casablancais. Quelque 3000 m2 sur 4 étages, un sous-sol, ont été entièrement consacrés à la création et aux rencontres. Salle de spectacle, galerie d’exposition, espaces polyvalents, studios de musique, de danse, de théâtre, cafétéria, accueillent des centaines de jeunes. On reçoit un public de Aïn Sebâa et des quartiers avoisinants (Hay Mohammedi, Sidi Bernoussi, Roches Noires), mais aussi des visiteurs et adhérents de toutes les villes, de Mohammadia, de Rabat, de Settat…

Pour Maria Daif, directrice générale des lieux, « petit à petit, le projet Uzine est en train de désenclaver un quartier casablancais marginalisé et vulnérable». Si jusque il y a quelque temps, l’image d’Aïn Sebâa, cette banlieue désindustrialisé depuis les années 70, était assez sombre et dangereuse, les choses ont aujourd’hui changé.

Depuis 2014, le vieux quartier réclame une nouvelle identité. Maria, une brillante journaliste reconvertie à la médiation culturelle, partage avec Fiancial Afrik sa vison, le pourquoi et comment de cette initiative et son importance. Ses actions ont un dénominateur commun : assurer au plus grand nombre l’accès à la culture, tout en reconnaissant sa valeur transformatrice pour l’avenir d’un pays.


Comment définir le concept de la communauté inclusive par rapport au XXIème siècle?


La jeunesse qui fréquente l’Uzine est notre espoir. Elle nous montre tous les jours qu’en lui faisant confiance, en lui tendant la main, en considérant ses qualités et en lui ouvrant des espaces dédiés, elle est capable du meilleur, capable d’être responsable et créative. Je ne peux, en écrivant ces mots, ne pas penser à ceux de la poétesse et chanteuse Patti Smith : « «Le monde n’a jamais été dans un état aussi conflictuel. C’est pour cela que nous devons inspirer les jeunes. Nous ne devons pas les rabaisser en disant qu’ils ont moins d’imagination ou qu’ils ne font pas ce qu’il faut. Ce sont eux notre espoir de demain. Ce qu’il faut faire, c’est leur tendre la main et si possible les inspirer à être conscients de leur environnement, à être ouverts d’esprit». Ces mots de Patti Smith sont ceux qui m’animent, en tant que directrice de ce lieu et de l’association qui le porte : la Fondation Touria et Abdelaziz Tazi.


Quel est donc le pouvoir transformationnel de l’art et de la culture dans la vie du quartier et du développement social ?  


Artistes ou public, ils ont trouvé dans ce lieu une famille qui ne les juge pas, qui les traite avec tout le respect qu’ils méritent, sans distinction de classe sociale, d’orientation sexuelle ou religieuse, de genre ou de couleur de peau. Une famille qui les encourage, croit en eux, leur transmet le savoir-faire, led compétences mais aussi les valeurs de citoyenneté, d’engagement et de solidarité.


Comment démultiplier le modèle de l’Uzine au Maroc et en Afrique ?


Des Uzine, il devrait y en avoir partout, dans chaque quartier, sinon dans chaque ville de ce pays. Pour ce, nous ne pouvons absolument pas compter sur un Etat qui tourne encore le dos à la jeunesse et à la culture. Seules l’initiative privée et la société civile peuvent contribuer à donner naissance à d’autres espaces remplis d’autant d’espoir. D’ailleurs, je reçois souvent des messages sur les réseaux sociaux, de jeunes demandant l’ouverture de l’Uzine dans d’autres villes du Maroc.

Cet appel qu’ils lancent, il est de notre devoir d’y répondre car il est légitime. De là où ils sont, ces jeunes ont touché du doigt à travers les réseaux sociaux, l’esprit de l’Uzine : un espace qui leur est consacré, un tremplin pour les jeunes artistes qui se voient grands, un lieu de vie où ils sont écoutés, où ils peuvent rêver et travailler à la matérialisation de ses rêves.

Je suis convaincue que toute initiative d’encourager la naissance d’espaces similaires participe à la construction d’un pays, de sa cohésion sociale, de son identité culturelle et à la protection de sa jeunesse contre de chimériques Eldorado et des idéologies meurtrières… L’art et la culture sont un appel à la vie, ils en demandent. A nous de les écouter.

Par Maria Nadolu

 

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