Quel avenir pour l’arachide au Sénégal ?

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Le groupe LEAD s’est réuni sur le thème: Quel avenir pour l’arachide au Sénégal? Le thème a été introduit par Mr. Youssoupha Diallo, conseiller technique du Ministre de l’Agriculture et de l’Equipement rural et Président du Conseil d’Administration de SUNEOR/SONACOS.SA, avec la participation des acteurs de la filière ainsi que des chercheurs et membres de la société civile.

L’introduction de Mr Diallo est articulée autour des trois points suivants: (i) l’importance de l’arachide au Sénégal; (ii) la situation actuelle -état des lieux et (iii) les perspectives – que faire?

I. Place de l’arachide au Sénégal

Principale production agricole, l’arachide occupe 63% de la population rurale, 482 000 exploitations agricoles, environ 4millionsdepersonnes. Dans le passé elle était une filière florissante qui positionnait le Sénégal parmi les top10; par moment même le Sénégal était 4ème producteur, derrière les Etat-Unis d’Amérique, le Nigeria et la Chine. En 2010 on le retrouve dans le top 20 où il atteint difficilement la barre d’un million de tonnes alors que la production des autres pays ne cesse d’accroitre et même la population du Sénégal après que triplé. En 2015, la production est estimée à 1050000 tonnes.

Mr Diallo a rappelé les différentes caractéristiques de l’arachide pour dire alors que c’est devenu une identité nationale qu’illustre ses diverses fonctions économique, sociale, environnementale, politique et nutritionnelle, pour ne citer que-celles-là.

II. Etat des lieux

L’arachide est comme un sphinx qui renait toujours de ses cendres comme dirait Mr Diallo. Depuis le lendemain de l’indépendance, les différentes autorités du pays ont chaque fois préconisé des politiques pour se passer de l’arachide á terme mais on revient toujours  à reconsidérer cela. Aujourd’hui, l’ouverture du marché chinois imprime un nouveau dynamisme á cette spéculation. Ainsi depuis2013, on note des évolutions sur la gestion de la filière: une reconstitution du capital semencier sélectionné, une augmentation continue de la production de 600 000 tonnes á un million; le rendement a atteint par endroit 925kg/ha; un doublement du prix au producteur, un progrès du volume des exportations. On constate également une disparition des bons non payés. Un décret est pris qui consacre l’ouverture de la vente.

Au même moment la subvention aux huiliers a atteint 12 milliards de FCFA. Les investissements ont augmenté en termes d’infrastructures de stockage et autres. Mais les problèmes persistent. Il a relevé parmi ceux-là :

– Une faiblesse de l’offre qui ne  couvre pas la demande qui s’articule autour du besoin des huiliers, les semences, l’export, l’autoconsommation et le pourcentage de perte estimé á 15% ;

– La chute drastique de la collecte par les huiliers ;

– La faillite de SUNEOR ;

– L’expansion de l’autoconsommation de l’huile artisanale (seggal) avec les problèmes sanitaires que cela entraine ;

– La faillite du système « carreau » ;

– L’inefficacité de la régulation que le CNIA aurait du assurer ; la représentation en son sein n’est pas optimal et le prix fixé n’est pas respecté.

QUE FAIRE ?

III. Un besoin de réforme

Le système a besoin d’une réforme. Ça avance mais pas au rythme qu’il faut. Le choc de l’ouverture du marché aux acheteurs étrangers a constitué le catalyseur de la filière. Que faire aujourd’hui pour accroitre l’offre et atteindre 1,5 million de tonnes ? Il est urgent d’augmenter les rendements de la culture qui nécessitera : (i) une politique vigoureuse d’engrais, (ii) l’amélioration de l’itinéraire technique, (iii) la résilience au choc climatique, (iv) la rationalisation de la subvention des intrants (semences, engrais, équipement) en cascade á travers la filière, (v) l’accès au foncier, (vi) la restructuration de la SONACOS, (vii)la régulation et la traçabilité de l’exportation de la graine pour rendre visible son impact sur les comptes extérieurs du pays, (viii) l’étude de la taxe sur l’exportation, (ix) la révision de la gouvernance de la filière par la régulation de la filière en réformant le CNIA, en appuyant l’organisation des producteurs et en encourageant la contractualisation entre les acteurs de la filière.

Un accord général sur l’analyse de la filière  s’est dégagé lors des débats et  sur l’impact de l’arachide; Selon un participant, la production d’une tonne d’arachide, c’est environ 350 milliards de FCFA que génèrent l’arachide, le foin, le tourteau et autres. Les vertus médicales de l’arachide sont prouvées ainsi que les aspects nutritionnels, elle contribue aussi á la rotation des terres.

La réflexion a été accès sur les aspects suivants: la problématique de la production,  la transformation et la commercialisation, la subvention de la filière, la fixation du prix et l’opportunité de la taxe á l’exportation, la régulation de la filière et enfin la contractualisation.

– Production : le niveau estimé de la production de 2015 (1.050.000 tonnes) a été mis en doute eu égard  á l’objectif de surface cultivée et aussi du niveau de rendement. Les intervenants ont relevé les facteurs qui doivent contribuer á l’augmentation de la production en faisant face au problème de la faible productivité de la culture de l’arachide, á savoir : améliorer le niveau d’approvisionnement en intrants qui reste très faible encore, un producteur sur sept utilise le semoir ; recourir aux bonnes pratiques comme c’est le cas dans la zone de Kaffrine,  restaurer les bases productives en fournissant de la bonne semence et en fertilisant le sol.  Le faible rendement moyen de 600-800kg/ha explique en partie que le prix ne peut pas baisser.  Par ailleurs, il est nécessaire de disposer d’un cadastre rural pour résoudre le problème de l’héritage qui réduit les parcelles : interdire de diviser les terrains á partir d’un certain seuil. Cette situation de la division des parcelles limite la place de l’exploitation familiale. En conséquence, il est recommandé de dégager des ressources pour la fertilisation  des terres (phosphatage). La dégradation des sols comme la vétusté du matériel pose problème. L’ISRA travaille á l’amélioration génétique de l’arachide  pour disposer de variétés à cycle court. Il est aussi préconisé d’assurer la traçabilité de la distribution des semences et des engrais subventionnés.

– La transformation et la commercialisation : malgré la subvention, toutes les huileries sont en faillite et pourtant il y a une demande pour la consommation d’huile.  Selon les industriels, la forte concurrence de l’huile de palme ainsi que la cherté des graines d’’arachide  en sont des causes. Il faut une politique claire pour que le secteur industriel prospère, sinon même la nouvelle SONACOS.SA ne survivra pas.  Il n’est pas clair si on veut conduire une politique sociale envers le monde rural ou résoudre un problème économique. Les intervenants suggèrent de penser á une dynamique qui peut tirer l’industrie du pays et voir comment alimenter les usines et promouvoir l’exportation de l’arachide de bouche. Il faut des huiliers solvables. En ce qui concerne l’exportation de l’arachide, on peut exporter même hors de la Chine ; il faut penser de manière dynamique si les chinois se retirent et préparer d’autres marchés. Il s’agit d’éviter de prendre quelque chose qui peut paraitre conjoncturelle en donnée structurelle car le risque est que si d’autres producteurs plus proches émergent cela peut bouleverser les données. Seulement l’intérêt avec la Chine, elle n’est pas regardante sur le taux d’aflatoxine et donc constitue un marché porteur.  Du reste le problème de l’aflatoxine est lié á la méthode culturale et c’est le rôle de l’Etat de l’améliorer .Enfin la question se pose s’il est pertinent de continuer á livrer l’arachide en coque au niveau local ?Il est apparu que l’exportation versus le marché local  n’est pas le problème ; l’un n’exclut pas l’autre.

– La subvention : Il est apparu que de l’effort de l’Etat est très important en matière de subvention au profit du secteur agricole et l’arachide absorbe l’essentiel ; environ 40 milliards depuis 2012 (subvention, matériels agricole etc…). Il est temps d’articuler volume  de ressources allouées et performance; le financement consolidé des ressources publiques avec l’apport des PTFs, montre que beaucoup de ressources sont investies mais peu de résultats escomptés á ce jour. Il faut une traçabilité de la subvention et penser á moins d’appui budgétaire á l’arachide au profit d’autres produits  qui occasionnent des revenus plus stables. Si le secteur est rentable, l’Etat ne doit pas y jouer un rôle autre que celui de régulateur en tenant compte du marché extérieur comme de la demande locale aussi. Enfin on constate que la dérégulation ne s’est pas faite au niveau qu’il fallait  et l’Etat n’a pas vocation á appuyer de manière permanente un secteur économique performant.

– La fixation du prix et l’opportunité de la taxe á l’exportation : la taxation a fait l’objet d’une simulation pour décider du niveau de la taxe á l’export sans déteindre sur la compétitivité. Il faudra réfléchir encore sur cette taxation et examiner en même temps l’impact budgétaire  et autre incidence financière et économique de la filière. Pour le prix, il faut faire que le producteur ait un bon niveau de rémunération et qu’il soit au cœur du dispositif de décision pour la fixation  du prix. Mais il ne faut pas non plus le faire prendre seul le risque. La pertinence de la méthode de calcul du prix pas indexé sur le marché a été relevée. Comment utiliser le marché mondial quand l’essentiel de la production est destiné au marché local ?  les huiliers de leur côté doivent trouver le moyen de suivre le prix.  L’apport de l’Etat dans la formation du prix est très important : on assiste á une cascade de subvention non circonscrite : %semence, % engrais, % prix.

– La contractualisation et la régulation de la filière : cette régulation, suppose la réforme du CENIA en lui donnant les moyens de contrôle et de sanctions mais pas financier seulement. La représentation  en son sein doit se faire par les vrais acteurs de la filière. La question a été posée de savoir comment gère-t-on les interfaces ? Nous faut-il ces comités au moment où les choses vont si vite ?En ce qui concerne la contractualisation entre le producteur et l’huilier par exemple, elle présente l’avantage que ce dernier commande, et le producteur assuré d’écouler sa production   peut aller chez le banquier se financer. Un exemple de contractualisation serait entre COPEGA avec  les paysans

A la lumière des points ci-dessus présentés, les remarques ci-après ont été émises.

« Tout n’est pas rouge », l’arachide a de beaux jours  encore et il faudra inciter les jeunes aux activités de la filière ; quant aux producteurs la situation s’est améliorée : il n’existe plus de bons, le prix est correct mais souvent même il n’est pas respecté par les acteurs et on observe des variations sur le marché. Il faut travailler et accroitre la productivité. Il faudra maintenant s’atteler á une  augmentation de la production en assurant l’équilibre entre l’exportation et la transformation locale pour créer de la concurrence. Il existe beaucoup d’exportateurs et des  usines sont en création comme c’est le cas á Kaffrine

Cependant le débat a montré que ce qu’on a dit de l’arachide est valable pour d’autres secteurs de production ; on vit une économie de rente qu’il faut circonscrire. On assiste au fait qu’il y a peu de producteurs et beaucoup d’intermédiaires. Oui il faut augmenter la production et en même temps éviter la rente ; Il faudra aussi s’attendre á la baisse de la contribution  de l’arachide au profit de produits á valeur ajoutée plus importante. L’arachide en outre appauvrit les sols. L’horticulture prospère sans  intervention de l’Etat. En outre des enquêtes récentes de suivi de la pauvreté Agence Nationale de Statistique et de la Démographie. (ANSD) ont montré que la source de revenu des paysans n’est plus essentiellement les productions agricoles. Comment faire tirer le meilleur profit des opportunités d’affaires offertes par d’autres spéculations agricoles ? La diversification a été tentée mais on s’est rendu compte que l’arachide reste un puissant levier sociopolitique. Sous ce rapport, il ne s’agit pas d’abandonner la culture de l’arachide quoiqu’elle reste saisonnière mais de chercher à stimuler les autres cultures pour lesquelles le pays dispose d’avantages certains.

L’ESPS II de l’ANSD confirme que les revenus non agricoles (commerce, transferts d’un membre de la famille, artisanat, etc.) constituent la plus grande partie du revenu en milieu rural au Sénégal. La question d’économie politique autour de la filière s’est alors posée : la rente que constitue la spéculation arachidière ; l’arachide est vue comme une vache á lait ; tout le monde en profite sauf le producteur ;  les non professionnels en tirent parti plus que les acteurs.

Conclusion :

En guise de conclusion, les intervenants s’accordent que le développement du marché de l’export est une opportunité. Les précédentes réformes sont caduques, il faut s’arrêter et faire une étude de la situation afin de définir une politique et une stratégie cohérente sur le long terme. Il faudra un recentrage du rôle du ministère en charge de l’agriculture : comment le ministère va se concentrer sur sa mission traditionnelle d’accompagnement du paysan ?

Ces points ci-dessous sont apparus comme des ingrédients  á considérer dans une nouvelle politique :

– Accord sur l’augmentation de la productivité et du rendement

– Accord sur la réforme du CENIA

– Revue de l’économie politique de l’arachide

– Reforme pour mitiger la rente

– Allocation des ressources publiques au profit du développement économique

– La place centrale des producteurs dotés d’un sens économique

– La problématique de la subvention

– La fixation du prix et le niveau de taxation opportune

Cette réflexion initiée par le groupe LEAD pourrait constituer un point de départ de l’atelier du Ministère sur la politique arachidière de l’Etat.

Enfin quelques mesures critiques méritent d’être prises pour optimiser les ressources allouées en ce moment, en attendant de définir la nouvelle politique :

– Traçabilité de la distribution des semences

– Organiser en faîtière les producteurs pour l’acquisition de l’engrais

– Traçabilité et impact des graines exportées

-Rationaliser la subvention

 

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