L’heure de l’Afrique est venue

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amina-mohamedPar Amina Mohammed, ministre des Affaires étrangères du Kenya et candidate à la présidence de la Commission de l’Union africaine.


« Unis, les peuples d’Afrique sont plus forts sur la scène mondiale qu’en étant divisés en une multiplicité d’Etats instables. » – Mwalimu Julius Nyerere.

 L’Afrique, berceau de l’humanité, doit saisir l’opportunité historique qu’elle a de jouer les premiers rôles, en ce 21 ème siècle : son heure est venue. Elle ne doit pas rater cet unique rendez-vous que le destin, les conditions géopolitiques et geoeconomiques d’un monde en mutation lui offre.

 Ce qui est rassurant, c’est que malgré les revers qui continuent encore de marquer sa marche vers le développement et sa reconnaissance grandissante sur la scène internationale, plus personne ne se moque d’elle. Nul ne doute qu’il faut désormais compter avec ce continent qu’on ne qualifie plus de noir ni de sans espoir. Beaucoup de facteurs positifs militent en sa faveur.

Dans plusieurs de ses 54 pays, la croissance économique est solide ; les investisseurs se bousculent de partout pour y prendre pied ; la paix revient lentement mais surement avec une réduction progressive des conflits ; les menaces terroristes et les risques asymétriques liés aux nouvelles formes de conflictualité sont prises en compte et lui ont même redonné un regain d’intérêt géopolitique aux yeux des grandes nations extérieures soucieuses, au même titre que l’ONU, de forger avec elle un partenariat robuste pour y faire face ; les ressources naturelles du continent, malgré la volatilité de leurs cours, se dévoilent de plus en plus dans un contexte oû le gel de leurs recherches du aux compétitions que lui avaient imposé des puissances extérieures est en reflux ; et les progrès démocratiques, peu hypothéqués par les reculs dans certains bastions de l’autoritarisme, ainsi que le dynamisme d’une jeunesse, expression d’un dividende démographiqueà nul autre pareil, étendu à une diaspora généreuse, innovante et compétente, sans compter l’existence de terre arables sont autant d’atouts qui rendent l’Afrique attractive comme jamais elle ne l’a été….

 

La grande question est celle de savoir comment transformer cet essai. Cela, me semble-t-il, passe  d’abord par une action efficace et moderne, équitable et inclusive, pour tout dire démocratique, dans les Etats du continent. Mais sans une instance continentale capable d’impulser entre eux une dynamique d’intégration économique et de mutualisation des forces, pour mieux gérer les faiblesses, notamment pour en faire une zone de paix et de prospérité durables, les nouvelles chances qui se présentent devant l’Afrique risquent de n’être qu’une illusion.

 

Tout le monde est heureusement d’accord pour admettre qu’aucune institution n’est aussi légitime que l’Union africaine pour porter ce combat –et le traduire en réalité. Autant dire qu’être candidate, comme je le suis, pour présider la Commission de l’Union africaine (CUA), dans  ce tournant crucial, est plus qu’un honneur, un grand défi.

 

Le temps est venu pour l’Union africaine de se positionner en leader afin d’être une source d’inspiration pour les Africains de tous les milieux. Je suis convaincue que nous devons promouvoir une vision commune en terme d’intégration, de coopération, de collaboration et de leadership engagé. En plus de cet impératif qui aidera a placer notre continent au cœur de la politique et de l’économie mondiales, il nous faut avant tout améliorer les conditions de vies de nos populations.

 

L’agenda 2063 de l’Union Africaine, « l’Afrique que nous voulons », est une bonne boussole pour nous guider vers le cap visé. Elle définit des étapes claires, consensuelles, parmi lesquelles la nécessité de forger des synergies par le biais d’une collaboration entre les huit blocs économiques régionaux du continent mais aussi avec les partenaires stratégiques de l’Union Africaine.

 

Dans cette logique, les marchés africains doivent communiquer entre eux pour promouvoir le commerce et les investissements. Ce qui ne sera pas possible sans une mise à leur disposition et à  celle des peuples des infrastructures indispensables. L’Afrique, en somme, doit se doter d’infrastructures physiques (routes, chemins de fer, aéroports, ports etc) et sociales (universités, hubs technologiques, hôpitaux), en plus de mettre en place les structures pertinentes pour crédibiliser sa gouvernance démocratique et économique. De notre capacité à jeter ces bases, y compris en réussissant une connectivité sans faille, grâce aux interactions entre personnes, adossée aux technologies de l’information et de la communication et à un transfert de savoir, dépend l’avènement de cette Afrique respectée que nous voulons voir émerger.

 

Une précondition s’impose: le continent ne peut plus compter sur des partenaires extérieurs, dont les objectifs ne s’alignent pas toujours aux siens, pour financer son développement et ses programmes. L’accord conclu par nos ministres du Plan et des Finances en mars 2015 balise la voie à suivre. Il a rappelle que la mobilisation des ressources domestiques se doit de compléter l’investissement étranger et l’aide au développement. Or, seul un leadership dédié à cette tâche à la commission de l’Union africaine assurera la mise en oeuvre de cette décision.

 

Afin d’augmenter les ressources financières disponibles, l’industrialisation et la diversification économiques sont essentielles. Comment, sous ce rapport, ne pas voir les grandes opportunités que l’Afrique peut tirer de son Économie Bleue, maritime, inexplorée, sans compter ses ressources minières et en hydrocarbures chaque jour plus massives?

 

Bien évidemment sa jeunesse est l’atout le plus puissant dont l’Afrique dispose face à une population mondiale vieillissante. Cet avantage démographique doit contribuer à sa prospérité. Comme les femmes devraient aussi pouvoir y participer au travers de stratégies et politiques qui mettront fin a la marginalisation de la moitie des membres de l’équipe Afrique !

 

Le lien culturel, diversifié et puissant, qui unit tous les africains est un autre levier qu’il faudra activer pour promouvoir les échanges culturels à travers le continent, grâce à l’éducation, les voyages et les affaires. L’enjeu consiste à  raviver nos idéaux panafricains, surtout parmi les plus jeunes.

 

Dans les chantiers à  ouvrir, rien ne peut se faire durablement sans un accès à l’éducation pour nos populations qu’il urge de protèger de l’extrême pauvreté tout en diversifiant les compétences humaines et en assurant à tous la couverture santé.  Investir dans les produits à valeur ajoutée grâce à l’industrie agroalimentaire permettra d’augmenter la part de l’Afrique dans le marché mondial et d’atteindre la sécurité alimentaire pour tous.

En ces temps oû la tentation isolationniste revient en force dans les discours de dirigeants populistes à  la mode, la lucidité doit demeurer africaine. Sa sagesse peut aider a rappeler que certains défis, comme le réchauffement climatique, ne seront résolus qu’à travers une coopération globale mutuellement profitable.

 

En un mot, alors que le monde vit des moments palpitants, déterminants même, l’Afrique tient entre ses mains les meilleures cartes pour être un acteur majeur dans la transformation paradigmatique en cours aux quatre coins de la planète. Elle ne peut se payer le luxe de rater ce rendez-vous avec l’histoire. Sa réussite passera inévitablement par la revigoration d’une Commission de l’Union africaine, l’instance la mieux indiquée pour tracer la voie vers l’Afrique de nos rêves, qui relève désormais du domaine du possible, de notre volonté !

 

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