“La francophonie économique passe par les réseaux”

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Entretien exclusif avec Brahim Benjelloun Touimi

En marge du Forum sur la francophonie économique tenu à Dakar, début décembre, en clôture  du sommet de l’Organisation internationale de la Francophonie, nous avons rencontré Brahim Benjelloun Touimi, administrateur directeur genreral du groupe marocain BMCE, présent dans vingt pays africains. Pour cet acteur de référence, la Francophonie économique  passe par des réseaux.

 

Quel est votre sentiment par rapport au forum économique sur la francophonie tenu à Dakar en marge du sommet de l’OIF?

J’en ressens une grande fierté. Depuis les indépendances africaines,  il n’y a jamais eu, me semble-t-il, des initiatives aussi appuyées en faveur de l’intégration economique que celle du President  Macky Sall, ici à Dakar, en marge de ce 15e sommet de la Francophonie. La qualité des participants et l’importance des thématiques témoignent de tout le sérieux dévolu à cette œuvre. La Francophonie a fait ses preuves concernant tous les aspects de politique de bonne gouvernance et des droits de l’homme à travers toutes les déclarations et même les stratégies décénales qu’il y a eu  lors des précédents sommets. Je crois que, plus que jamais, l’économie doit être au centre de l’organisation. Une économie décomplexée où la technologie, l’éducation, la recherche, la culture marchande et non marchande doivent jouer un rôle de premier plan parce que ce sont des accélérateurs de l’intégration de l’espace francophone. Ce sont là des domaines qui peuvent donner un contenu concret à la francophonie économique.

Justement, quels sont les leviers sur lesquels il faut s’appuyer pour qu’il y ait un marché francophone?

J’ai l’intime conviction, en tant que citoyen africain, que les réseaux sont les moyens les plus efficaces pour aller vers la concrétisation de la francophonie économique. Ces cercles existent déjà puisque les pays francophones se retrouvent au carrefour de plusieurs associations et forums. La francophonie et la francophilie s’expriment à travers les 77 états membres et observateurs de l’OIF.
Ces réseaux vont des chambres de commerce, des banquiers francophones et, entre autres, des différents groupements professionnels. J’ai proposé pour ma part un réseau de superviseurs francophones. Nous avons l’intime conviction que le secteur bancaire et financier sont des accélérateurs par essence de l’intégration régionale et de l’intégration  de l’espace francophone. Parce que les banques sont crédibles, soumises aux régulateurs partout où elles sont, y compris ici dans l’Afrique subsaharienne où les taux de rentabilité sont parmi les plus élevés. Donc, le fait de rapprocher les banques à travers la francophonie entraînerait forcément un rapprochement des régulateurs, ce qui sera bénéfique pour la promotion des affaires dans l’espace francophone….La francophonie culturelle est historique, légitime, formidable, mais il lui manquait le pendant économique. Nous devons jouer le jeu en nous appuyant sur le levier de l’OHADA, quitte à l’appeler l’OFADA. Les pays francophones doivent à travers ce processus  normatif et juridique se sentir plus en sécurité dans leurs transactions.

Vous êtes l’un des principaux dirigeants de la BMCE Bank, une banque très présente en Afrique francophone. Donc une banque francophone ?

Le Groupe BMCE Bank est non seulement présente dans les pays francophones de la zone UEMOA et CEMAC mais également présente dans les autres pays non francophones. Sous l’enseigne Bank of Africa, détenue à hauteur de 72.6% par BMCE Bank, nous sommes présents dans 20 pays africains dont 17 au Sud du Sahara. Quatorze d’entre eux sont francophones. Dans le même temps, depuis 2003 et en réponse à la demande des autorités du Congo Brazzaville, le Groupe BMCE Bank a pris une participation dans la Congolaise de Banque, leader du secteur. Celle-ci a été accompagnée d’un mandat de gestion assuré par un représentant de BMCE Bank aux termes d’un accord entre les actionnaires, notre banque étant l’actionnaire de référence. Nous sommes également actionnaires de référence de la Banque de Développement du Mali, l’une des premières banques de l’UEMOA. Le Groupe BMCE Bank est ainsi authentiquement africain dans son âme, dans son ADN et dans son rôle de vecteur d’intégration, cette dernière mission ayant commencé en 1989 lorsque le gouvernement malien a sollicité la BMCE Bank, alors banque publique, pour la restructuration de la BDM. La volonté du Président Othman Benjelloun, président et actionnaire de référence, est que le Groupe BMCE Bank soit présent dans l’ensemble du continent africain, dans les 10 à 15 prochaines années.

 

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