L’éditorial de Jean-Michel Meyer

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JM-MeyerLe FMI plaide en faveur des pays émergents

Indifférente à la situation du reste du monde. Comme toujours lorsqu’il s’agit de veiller à sa propre santé économique, le gendarme du monde a joué une fois de plus sa carte personnelle, insensible au vent de panique qui a secoué des pays émergents tout au long de la semaine.

Sans se faire trop d’illusions, les dirigeants de la planète attendaient le résultat du dernier comité de politique monétaire de la Réserve fédérale, mercredi 29 janvier, le dernier de l’ère Ben Bernanke. Et comme prévu, ils n’ont pas été déçus. La Fed a annoncé une nouvelle réduction de ses injections mensuelles de liquidités, sans faire la moindre référence aux turbulences que cette décision engendrerait sur les marchés émergents. Et qu’elle n’a pas même mentionnés dans son communiqué.

La Fed considére qu’elle n’a pas à se poser en pompier du marché boursier mondial. La nouvelle réduction des rachats d’actifs qu’elle a annoncé a conduit pourtant  à la poursuite de la dégradation des bourses. Depuis la fin 2013, Shanghai a perdu 15%, l’indice Hang Seng de Hong Kong a reculé 19% comme le RTS Russe, tandis que le Bovespa brésilien a chuté de 20,4%. Au sein des Brics, l’Inde est le seul marché à résister (+3,2%).

Au cours de ces dernières semaines, plusieurs pays émergents (Brésil, Turquie, Inde, Russie…) ont vu leur monnaie plonger sur fond de reflux des capitaux étrangers et de doutes croissants des investisseurs sur la solidité de ces économies.

Mais pour la Fed, par exemple, le décrochage brutal des monnaies de la Turquie et de l’Argentine au cours de ces dernières semaines est la conséquence de l’instabilité politique dans ces deux pays, et certainement pas la politique monétaire des Etats-Unis.

Il n’est guère envisageable de voir la Fed changer de politique monétaire, surtout au moment où le pays perçoit enfin la voie d’une reprise solide, après quatre années de croissance atone. Les analystes tablent en effet sur plus de 3 % de croissance en rythme annualisé aux Etats-Unis et les derniers indicateurs sur les dépenses des ménages, le moral des consommateurs, la production industrielle, sont bien orientés eux aussi.

Finalement, c’est le FMI qui a tiré la sonnette d’alarme. L’institution s’est dite favorable, le 31 janvier, à une action « urgente » dans certains pays émergents déstabilisés par des récentes turbulences monétaires, tout en appelant les banques centrales à la « vigilance » à travers le globe.

« Même s’il est difficile de désigner un seul déclencheur (…), les turbulences mettent en évidence les situations difficiles auxquelles plusieurs pays sont confrontés du fait d’un resserrement des conditions financières extérieures, d’une croissance plus lente et de prix des matières premières moins élevés », a expliqué le Fonds.

Le FMI note toutefois que certaines banques centrales (Turquie et Afrique du Sud notamment) ont répondu « énergiquement » en relevant leurs principaux taux directeurs pour retenir les capitaux étrangers.

Mais la partie est loin d’être gagnée.

Jean-Michel Meyer

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