L’éditorial de Jean-Michel Meyer

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JM-MeyerDevises : après l’indice Big Mac de The Economist, à quand l’indice Attiéké ou Thieboudiène? 

Un gag devenu un outil de référence pour calculer si les devises d’un pays sont à leur niveau, ou si elles sont surévaluées ou sous-évaluées. C’est ce qui est arrivé à “l’indice Big Mac» inventé en 1986 par le très sérieux, sobre, respecté et libéral magazine britannique The Economist.

L’indice Big Mac repose sur la théorie de la parité du pouvoir d’achat. Selon cette théorie, la comparaison du prix du même hamburger dans deux pays permet de savoir si une monnaie est surévaluée ou au contraire, sous-évaluée comparée au dollar, à l’euro, au yen, la livre sterling et le yuan. Aujourd’hui, l’indice basé sur le prix du sandwich de la chaîne américaine, est calculé dans 48 pays dans le monde ainsi que les 18 économies de la zone euro. Seuls deux pays africains : l’Egypte et l’Afrique du sud, figurent dans ce classement.

The Economist vient de livrer, le 23 janvier 2014, son dernier «Big Mac Index». Et il n’est pas à l’avantage des monnaies des pays émergents, sous tension depuis la décision de la Fed, la banque centrale américaine, d’abandonner progressivement ses achats d’obligations.

Aux Etats-Unis, le prix moyen d’un Big Mac est ainsi de 4,62 dollars en janvier 2014 et de 4,96 dollars dans la zone euro. A l’inverse, le coût du célèbre hamburger était seulement de 2,74 dollars en Chine au taux de change du marché. Selon «l’indice brut Big Mac» de The Economist la monnaie chinoise est donc sous-évaluée de 41% par rapport au billet vert.

En revanche, Les monnaies de trois autres pays jugées « fragiles », la roupie indonésienne, le rand sud-africain (2,16 dollars le Big Mac) et la roupie indienne, sont, elles, sous-évaluées, de 50 % à 70 %. Quant à la livre turque, elle ne l’est « que » de 20 % au moment du relevé en janvier.

A l’inverse, le Brésil, avec un Big Mac identique à celui vendu à New-York et commercialisé 5,25 dollars, témoigne d’une surévaluation du real par rapport au dollar de 13%. Le real semble être la monnaie la plus vulnérable en ce début d’année. En tout cas, celle qui a le plus mal réagi à la décision récente de la Fed.

Mais avec un Big Mac à 7,80 dollars en Norvège, ce qui traduit une surévaluation de la monnaie de 70% par rapport au dollar d’après l’indice de The Economist, le pays occupe le premier rang du classement du magazine britannique. En France, un Big Mac représente l’équivalent de 5,15 dollars, un prix plus élevé que chez son voisin allemand (4,98 dollars).

Que l’on soit convaincu ou non, pour «  The Economist », ce sont bien les facteurs économiques, avec le niveau de confiance ou de défiance, qui expliquent les mouvements des monnaies sur les marchés des changes. Et la chute « réelle » du peso argentin ou la dégringolade de la libre turque, confirment dans les faits, par exemple, la tendance dessinée par l’indice Big Mac.

Toujours est-il que ce coup médiatique du magazine est quasiment devenu une norme mondiale. L’indice Big Mac figure dans plusieurs manuels d’économie et il a fait l’objet d’au moins 20 études sérieuses d’économistes.

Depuis, le magazine a fait des émules. Un indice jambon-beurre et un indice pizza ont vu le jour pour comparer également le prix de produits similaires entre pays. Et pourquoi l’Afrique n’inventerait-elle pas son propre indice ? Alors à quand les indices Thieboudienne, Attiéké, Maffé, Yassa, Bobotie du Cap ou l’indice poisson braisé ? Les recettes ne manquent pas !

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