L’éditorial de Jean Michel Meyer: l’art africain, une valeur d’investissement

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JM-MeyerTout s’achète et tout se vend. Gageons que cette fois l’Afrique en tire profit.

 

Tout s’achète et tout se vend. Les paroles frondeuses, cyniques et prémonitoires du refrain de L’Addition, une chanson du crooner français Gilbert Bécaud, au début des années 1970, n’ont  pas pris une ride. Au contraire. Tout s’achète et tout se vend depuis la nuit des temps. Et sans doute aujourd’hui plus qu’hier.

Alors que 75 millions de chômeurs de moins de 25 ans hantent les statistiques mondiales, ils sont 4 millions de plus depuis le dernier recensement du Bureau international du travail. Et inutile préciser de quelles régions du monde ils sont les plus nombreux à être originaires. Alors que des centaines d’Africains désespérés meurent sur les rivages de Lampedusa et des côtes européennes et que plus de la moitié de l’humanité vit avec 1,25 dollar par jour, la crise économique et financière épargne deux marchés, pour le coup très florissants : celui des milliardaires et celui de l’art contemporain. Les premiers, avec les amateurs fortunés, permettant d’ailleurs au second de s’épanouir.

Tout s’achète et tout se vend. A chacun de se faire une opinion sur le sujet. Il y a quelques années l’artiste Ben avait présenté une toile noire sur laquelle était écrit en grosses lettres blanches : “Le marché de l’art s’écroule demain à 18h30. » Raté. Après avoir accusé le coup au début de la crise en 2008, le marché de l’art s’est refait une santé. Dans l’air du temps, il se mondialise à marche forcée. Espérons simplement que les artistes africains sauront assurer leur fortune et asseoir la notoriété de l’art du continent sur la scène internationale.

Nous sommes entrés dans le monde de «l’art financier», comme le redoute la peintre et graveuse Aude de Kerros, dans son ouvrage L’Art caché (Eyrolles) ? « L’art contemporain est adapté au marché mondial parce qu’il peut surgir de nulle part, se fabriquer rapidement, être immédiatement disponible en grand format et en quantité pour répondre à la demande », écrit-elle. Selon le baromètre Artprice, le produit des ventes aux enchères mondiales de l’art contemporain a été multiplié par quinze ces dix dernières années. En 2012-2013, il a dépassé le milliard d’euros. « Un résultat historique, commente le rapport annuel d’Artprice. Le marché haut de gamme n’en finit pas de se doper aux records. Certains sommets contemporains se comptent désormais en dizaines de millions. »

Signe des temps ? Le monde de l’art s’est enthousiasmé ces dernières années pour les marchés émergents du Moyen-Orient, d’Asie, d’Amérique latine. Aujourd’hui, les collectionneurs se tournent également de plus en plus vers l’Afrique. Et plus uniquement  vers les parties ouest et méridionale du continent.

En début d’année, les oeuvres de huit artistes kényans sont sorties pour la première fois de leur pays pour être vendues à Londres par la maison d’enchères Bonhams, 6e galeriste mondial avec un chiffre d’affaires de 522 millions d’euros en 2012.

Début novembre, c’est dans un grand hôtel de Nairobi que 47 peintures et sculptures est-africaines : majoritairement kényanes, mais aussi éthiopiennes, tanzaniennes, ougandaises, soudanaises, et Sud-africaines, ont été présentées. L’ensemble de la vente – presque toutes les œuvres ont trouvé preneur – a rapporté 160 000 euros. La plus chère : « Celebration », une peinture à l’huile de l’Ougandais Geoffrey Mukasa, vendue 14 700 euros.

 

« C’est très excitant, et du point de vue d’un investisseur et de quelqu’un qui apprécie l’art, je pense que les prix ne peuvent que monter », a expliqué Aly-Khan Satchu, patron de Rich Management, société de conseil en investissements. Un avis soutenu par Junho Lee, un collectionneur sud-coréen présent à Nairobi, propriétaire de plus de 400 pièces d’art africain.

 

Tout s’achète et tout se vend. Gageons que cette fois l’Afrique en tire profit.