Le safari de la SFI en Afrique (enquête)

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SFILa Société financière internationale (SFI), est une  filiale de la Banque mondiale créée en 1956 pour octroyer  des financements au secteur privé sans garanties étatiques. En Afrique, des tarifs élevés et des prises de participation fortes dans le capital de certaines banques l’ éloignent de sa vocation première. Eclairage.

Entre 2009 et  2012, l’IFC ou SFI, via sa filiale IFC Asset Management , est devenue actionnaire  du groupe Ecobank Transnational Inc à travers une première  injection de 100 millions de dollars sous forme d’obligations convertibles et une deuxième du même montant sous forme de prise de capital.  La filiale de la Banque mondiale est désormais actionnaire de 16,4 % dans Ecobank.

Une situation  inédite qui l’expose  à l’appellation de «PEE », «Personne économiquement exposée » au-delà du seuil de participation d’une institution multilatérale dédiée au développement.   Aux yeux des spécialistes, cette  présence forte dans le capital d’une banque si convoitée traduit le changement de vocation de la SFI, dotée depuis 2009 d’une filiale asset management pilotée par  un ancien de Goldman Sachs.

En effet, pour de nombreuses banques commerciales, cette prise de participation conséquente dans Ecobank crée un conflit d’intérêts entre la vocation naturelle  de la SFI d’être un partenaire de développement et sa qualité d’actionnaire agissant pour le compte d’investisseurs majeurs présents dans IFC Asset Management.

Au beau milieu de 2012, ce conflit d’intérêt s’est manifesté dans le cadre du financement d’une grosse opération d’import  de 180 millions d’euros sur le Togo.  Après avoir repoussé les offres de toutes les banques commerciales qui se sont positionnées sur cette opération, la SFI a soutenu à bras le corps la filiale Ecobank au Togo, en proposant comme garantie l’assemblage des lignes de financement des filiales pays  de la banque panafricaine. Au final,  l’opération s’est effectuée avec une forte dégradation du risque.

L’alternative de la BID, en attendant la solution de la BAD

Une méthode aux antipodes de l’orthodoxie financière mais validée grâce au tampon de la SFI.  Cet exemple illustre les difficultés pour la filiale de la banque mondiale à faire cohabiter sa vocation d’institution financière, impartiale et orthodoxe, et sa nouvelle qualité d’actionnaire d’une institution commerciale,  obligée de faire de l’argent et de valoriser sa participation, conséquente par ailleurs.

Cet exemple illustre qu’à  l’image de certaines institutions financières internationales qui répétent aujourd’hui que l’Afrique est la nouvelle frontière de l’investissement, la SFI a décidé de faire de l’argent sur l’Afrique.. Si son encours sur le continent a augmenté, la qualité de ses services laisse à désirer. Pour preuve, les délais d’octroi de financement sont longs, les tarifs sont élevés comparés aux banques chinoises ou aux filiales de la BID dédiées aux garantie et à l’assurance à l’export.     Actuellement, la SFI  exige en moyenne 15 à 20 000 dollars pour la due diligence d’une petite banque, candidate à son programme GTFP (Global Trade Finance Program), conçu pour la confirmation des lettre de crédit.          Toutes les missions de la SFI  en Afrique sont prises en charge par la banque inspectée. Quand il y a 4 experts sur un dossier, les frais peuvent varier de 60 à 80 000 dollars.    Parfois, pour traverser une petite rue et aller inspecter une banque commerciale en face, le représentant de la SFI exige 10 000 dollars pour frais de déplacement,  caricature le directeur d’une banque ouest africaine.

Ce n’est pas tout. La SFI  perçoit une  commission de 1,5% sur toutes  les opérations commerciales qu’elle traite.  En mettant bout à bout, commissions et frais d’assistance à la charge de la banque partenaire, l’ on tombe sur de confortables marges de rentabilité qui confirment cet éloignement de la SFI de sa vocation première.    Rappelons que la SFI ne prend plus de risques directs  sur le secteur privé africain.

 

En effet, avant de mettre en place son programme GTFP, la filiale de la banque mondiale  exige paradoxalement (elle a été créée pour financer le secteur privé sans garantie de l’Etat)  une garantie morale de l’Etat et des institutions publiques. Le risque d’impayé n’est pas toléré, car  il en va de tous les engagements de la Banque mondiale pour ce pays.  En réclamant la caution de l’Etat, fut-elle morale, la SFI «politise » le secteur privé et le soumet au bon vouloir du Pouvoir.

Un quasi-monopole dans le créneau de la confirmation

«En Afrique, une institution internationale comme IFC  raisonne en termes de rentabilité et de couverture de frais », avance un banquier qui requiert l’anonymat.  En fait, l’IFC use d’un quasi monopole dans ce créneau de la confirmation.  «Posez-vous plutôt la question pourquoi la Banque africaine de développement n’ est toujours pas en mesure de concurrencer l’IFC dans ce domaine de la confirmation des engagements », poursuit-il ?

 

En ne s’investissant pas  dans la couverture du risque pays,  l’institution présidée par Donald Kaberuka, investie aussi par IFC Asset Management,  prive  ses actionnaires de beaucoup d’argent et, par la même occasion, prive ses potentiels clients de faire des économies.    Certaines institutions commerciales africaines qui ont demandé à la BAD d’apporter une alternative à l’IFC ont été orientées vers Afriexim Bank. «C’est franchement, abandonner la peste pour le choléra », claironne le cadre d’une filiale africaine qui reproche à Eximbank sont appétit sélectif pour les risques de l’Egypte et de l’Afrique de l’Est et son ostracisme vis-à-vis du Maghreb en général.

Fort de son triple A, la Banque africaine de développement devrait s’intéresser au financement du trade africain, en mettant en place des lignes de confirmation.    L’arrivée de l’ICIEC (filiale de la BID), sa souplesse et l’absence de conflits d’intérêts déclarés ou latents vis-à-vis des acteurs africains, est sans doute la bonne nouvelle de 2013.  Devenu un eldorado des investisseurs, l’Afrique doit se prémunir contre la gourmandise de certaines institutions qui, sous couvert de l’aide au développement, sont entrain de se refaire une santé sur le dos de ses consommateurs, qui  paient en dernier ressorts les commissions et les fees de la SFI.

 

 

Adama Wade

 

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