Spécial Présidentielle Mali

0

Mali-manchette Le Mali tient ses élections présidentielles le 28 juillet 2013 alors que deux drapeaux flottent sur Kidal.  Le nombre de candidats est de 28.  Pour déchiffrer les enjeux de ce scrutin, Financial Afrik vous propose en avant première  la lecture de l’essai de Cheikhna Bounajim Cissé intitulé : “Les défis du  Mali Nouveau“, dont nous dévoilerons ici  les bonnes feuilles jusqu’à la fin de la campagne électorale. Alliant le pragmatisme du banquier qu’il est à la fibre patriotique qui vibre dans tout malien en ces moments spéciaux, Cheikhna Cissé, fils de Tombouctou, auteur de plusieurs articles économiques et financiers  de références et inventeur du concept de “Manganese” (lequel à l’instar de ce que fut le BRIC dans la description des puissances économiques montantes au début des années 2000,  tente de saisir la réalité des 9 pays émergents en Afrique)  propose dans son livre 365 propositions pour l’émergence.    L’auteur explique ici  les raisons de son engagement: LES RAISONS DE MON ENGAGEMENT

« Il faut savoir s’oublier soi- même pour servir son peuple. »

Nelson MANDELA

La République du Mali est un pays africain, sans littoral, situé dans la bande sahélo-saharienne et frontalier de sept pays (Algérie, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée, Mauritanie, Niger, Sénégal). Indépendant depuis le 22 septembre 1960, c’est un pays de 15 millions d’habitants (dont près de la moitié a moins de 15 ans) répartis sur une superficie vaste de 1 240 238 km² (le 8ème le plus vaste d’Afrique et le 22ème au monde). Berceau de vieilles civilisations et héritier de grands empires africains, son rayonnement s’est abreuvé de la richesse exceptionnelle de son patrimoine et de la diversité culturelle de ses populations. C’est un pays accueillant et attachant dont la tradition d’hospitalité est légendaire. C’est aussi un pays riche de sa jeunesse, de ses terres et de ses ressources minières. Son économie repose principalement sur l’or (3ème producteur en Afrique) et le coton (2ème producteur africain). Aujourd’hui, le Mali menacé dans son existence, cherche sa voie face à ses propres contradictions. Celles-ci ont été portées à incandescence en 2012, par la combustion d’une double crise, une rébellion armée au nord du pays et un putsch militaire au sud. Au regard de l’ampleur de cet « harmattan », exacerbé par un marmitage fanatique et terroriste de premier choix, la communauté internationale s’est mobilisée pour répondre à l’appel de détresse du peuple malien, en proie à la partition de son territoire et à la négation de ses valeurs républicaines. Face à tant de défis qui étreignent le Mali, et au moment où les autres nations payent de leur sang et de leurs bourses pour le sauver, beaucoup d’interrogations me viennent à l’esprit. Comment ne pas répondre à la demande d’espoir de son pays par une offre d’engagement citoyen, avec la belle récompense du devoir accompli ? Comment ne pas s’engager pour son pays, lorsqu’il peine à sortir de la crise la plus grave de son histoire, meurtri dans sa chair et dans son âme ? Comment ne pas s’engager pour son pays, lorsque sa souveraineté est remise en cause, ses fondements déracinés, sa démocratie menacée, sa sécurité ébranlée, ses infrastructures détruites ? Comment ne pas s’engager pour son pays, lorsque les symboles de l’Etat sont foulés aux pieds et que le patriotisme relève plus du fantasme que de la réalité ? Comment ne pas s’engager pour son pays, lorsqu’après vingt-deux ans d’exercice démocratique et avec plus d’une centaine de partis politiques, le Président de la République ne tire sa légitimité que de la caution de seulement 10% – et tout au mieux 20% – des maliens ? Comment ne pas s’engager pour son pays, jadis pressenti pour être le « grenier de l’Afrique de l’Ouest » avec deux des plus grands fleuves d’Afrique, le Niger et le Sénégal, irriguant des millions d’hectares de terres cultivables, et que 80 ans plus tard, le Mali n’arrive pas à assurer la sécurité alimentaire de sa population qui doublera en 2030 ? Comment ne pas s’engager pour son pays, lorsqu’il fait partie des six pays les « moins avancés » du monde et est classé parmi les pays les plus corrompus de la planète (118ème rang sur 183) ? Comment ne pas s’engager pour son pays, alors que des milliers de femmes maliennes continuent de mourir en donnant la vie et que près du quart des enfants maliens, auxquels s’ouvraient les promesses de la vie, meurent avant d’atteindre l’âge de 5 ans ? Comment ne pas s’engager pour son pays, lorsqu’une infime minorité de maliens soustrait, frauduleusement et régulièrement, des centaines de milliards de francs CFA des caisses publiques alors que l’immense majorité de la population vit avec moins de 1,25 dollar par jour ? Comment ne pas s’engager pour son pays, lorsqu’au moins 50 tonnes d’or sont extraites chaque année de son sous-sol par les multinationales et que seulement 20% de cette richesse reviennent à l’Etat malien ? Comment ne pas s’engager pour son pays, où près d’un siècle après l’implantation de la première banque, 9 personnes sur 10 ne disposent toujours pas de compte bancaire, et que l’économie nationale n’est financée qu’à hauteur du quart par le secteur bancaire ? Comment ne pas s’engager pour son pays, lorsqu’on retrouve des milliers de jeunes maliens,  affamés et apeurés, dans les cales de bateaux, dans les coffres et depuis peu sous les pare-chocs des voitures traversant la Méditerranée, et finissant assez souvent l’aventure dans les fonds des mers, en y laissant l’ultime soupir de leur rêve, celui d’un mieux-être en occident ? Comment ne pas s’engager pour son pays, lorsque les Etats voisins innovent, produisent,  se modernisent, se développent et que nous, nous continuons à nager dans les eaux glauques du sous-développement et de la pauvreté ? Comment ne pas s’engager pour son pays, à tomber dans la fatalité et à se dire que « ce pays ne se redressera jamais » et continuer à s’agripper à un pseudo «petit confort », en refusant d’ouvrir certaines « portes » de peur d’avoir à faire face à la réalité et donc à ses propres responsabilités ? Comment ne pas s’engager pour son pays, ce beau pays qui nous a donné la fierté indicible d’appartenir à un grand peuple, un grand continent, avec même le privilège, l’honneur et la dignité d’être malien et africain ? Comment ne pas s’engager pour son pays… ? Comment ne pas s’engager pour le Mali, pour l’Afrique, maintenant et tout de suite ? Face à tant d’atouts, d’enjeux et surtout de défis, un seul choix se présentait à moi : M’engager. M’engager pour la cause nationale, l’émergence d’un Mali nouveau. M’engager pour un destin continental, l’éclosion d’une Afrique nouvelle. J’ai donc décidé de participer au débat d’idées, à la confrontation des expériences en apportant ma modeste contribution à travers ce livre-programme dont le but est d’être à la hauteur des défis d’aujourd’hui et des enjeux de demain, tout en assumant ma part d’héritage commun. Ce combat, je le veux digne, fort et humain. Les difficultés sont évidentes et doivent être affrontées et vaincues dans un combat homérique. Car, comme l’écrivait Pierre CORNEILLE dans son ouvrage Le Cid, « A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ».   La roue de l’histoire fait escale au Mali. Et pour être au rendez-vous, nous n’allons pas inventer l’eau tiède, ni le fil à couper le beurre. Le mythe du retard existe. Mais venir après les autres n’a pas seulement que des mécomptes. Il recèle quelque fois des vertus. Celles de bénéficier de la courbe d’expérience des devanciers en évitant de commettre leurs erreurs de parcours. Et pour cela, il suffit juste de bien copier. En langage moderne, cela s’appelle du benchmark. Et les exemples ne manquent pas. A nos portes et sous nos yeux. Et pour constituer la boîte à outils, nous nous sommes inspirés des meilleures pratiques à l’échelle nationale, en Afrique, et dans le reste du monde; des initiatives qui ont fait recette. Le cap est fixé : 2030. C’est un échéancier relativement serré pour l’émergence d’un pays ! On ne gagnera pas à cet horizon avec des solutions des années 90. Cela fait 13 ans que nous avons changé de siècle et même de millénaire. Le logiciel de développement de notre pays n’est plus adapté aux enjeux du monde actuel, d’une Afrique en mouvement. Pire, il est en panne. Et la crise actuelle en fait foi. Il va falloir retrousser davantage les manches, prendre des initiatives heureuses et audacieuses, et accélérer la cadence. Et à voir l’état de préparation de notre pays, on se demande comment allons-nous faire pour assumer notre responsabilité face aux 30 millions de maliens et aux 2 milliards d’africains, avec plus de la moitié âgée de moins de 25 ans, qui se profilent à l’horizon 2030 ? Quel pays voulons-nous laisser aux générations futures ? Un pays corrompu, sous-développé et divisé ? Ou un pays uni, un et indivisible, démocratique, égalitaire, généreux, prospère avec une bonne gouvernance et des institutions fortes, où la majorité gouverne et les minorités sont protégées ? Les maliennes et les maliens se doivent d’être au rendez-vous. Gagner seul ou Vaincre ensemble ? Pour Hervé SERIEYX, « rien n’est plus ridicule que le mythe du gagneur, cet individu mirobolant qui traverse la vie, saluant d’un sourire américain aux dents étincelantes les successives victoires de son existence »[1]. A l’évidence, la seconde option est la seule qui vaille pour notre peuple : la formule gagnante pour s’assurer des lendemains plus apaisés. Mais, attention ! Travailler ensemble ce n’est pas faire tous la même chose. Travailler ensemble ne veut pas dire qu’il n’y aura pas d’oppositions et même de tensions, et que tout doit être linéaire. Ensemble ne veut pas dire que si les 15 millions de maliens d’aujourd’hui ne partent pas ensemble, d’un trait, il faut annuler la course au développement. En d’autres termes, il ne faut pas attendre que tout le monde soit d’accord pour démarrer. Dans ce cas, la locomotive ne sortira jamais de la gare. On ne peut pas continuer à enseigner la natation sans jamais toucher à l’eau. Ensemble veut dire tous ensemble, sans laisser aucun malien, aucune partie de notre pays sur le carreau, à la merci de la pauvreté et du sous-développement. Les actions peuvent être plurielles – c’est même souhaitable – mais elles doivent être cohérentes car l’objectif est unique : assurer l’émergence économique du Mali et la prospérité des maliennes et des maliens. Et, au-delà de l’Afrique. C’est une aventure commune qui donnera naissance à une œuvre collective. La situation est, certes, complexe et difficile. Et en même temps, elle est porteuse de changements. Les signes d’espérance sont plus forts que les contraintes de parcours. Mais, la solution ne fonctionnera pas à l’envie. Il ne suffira pas d’avoir bien parlé, bien écrit et bien rapporté. Il faut jouer collectif et libérer les énergies. Il faut de l’action, réfléchie et utile, à partir des dynamiques nouvelles et des alternatives crédibles pour un développement accéléré, durable et équilibré. C’est une tâche immense et il est aujourd’hui urgent de s’y engager. C’est une exigence nationale qui requiert la mobilisation de tous. Ne nous embaumons pas d’illusions. Personne ne fera le développement du Mali à la place des maliennes et des maliens. Cela n’est plus une question de conviction. C’est une réalité existentielle. A regarder de près la situation du pays et à remonter aussi loin dans son histoire contemporaine, le Mali a un seul gros problème, générateur de toutes ses indigences. Et ce mal a un nom : la Corruption. Comme conséquence de la mauvaise gouvernance et du manque de civisme et de patriotisme. Mais, fort heureusement, le Mali dispose d’un atout réel. Une vraie solution, à portée de main et de bourses : l’Agriculture. Comme un effet de levier, une autoroute de croissance pour l’ensemble des secteurs d’activités. C’est dire que le choix n’est pas entre le changement ou le refus du changement ; le choix pour le Mali réside entre changer, par la volonté de son peuple ou être changé, par le pouvoir des puissances étrangères. Toutes les grandes questions de la nation seront abordées, y compris les sujets les plus sensibles. Avec les mots et la vigueur qui siéent. Sans tabous et avec modération pour ne pas légitimer les excès. C’est ma contribution à l’engagement et à l’apaisement. L’utilisation de l’abécédaire, ai-je pensé, pour offrir plus de pédagogie et de rythme. L’objectif clairement affiché est de faire du Mali une puissance émergente à l’horizon 2030. Un pays de stabilité et de sérénité qui maîtrise son changement. Le temps de la responsabilité est donc venu. Avec lui celui du pardon et du labeur. Les ressorts du changement existent. La Vision « Mali 2030 » que je propose, en s’inscrivant dans la durée, transcende les urgences, les alternances et les variations politiques, et va au-delà des agendas personnels. Elle se propose de fédérer les ambitions individuelles en une seule et véritable cause commune, celle du Mali. Car, en vérité, ce qui est important aujourd’hui, c’est le Mali.

Mon destin c’est ma patrie

Je suis ici chez moi

Et c’est à moi de faire la gloire de ce pays

Je le bâtirai à mon image

… Il sera le plus beau, le plus chaud

Une terre d’accueil, d’hospitalité, d’humanité

Une terre de réconciliation

Ma chère patrie

Je ferai de toi la plus enviée du monde.

Thierno Hamed THIAM


[1] – Source : Hervé SERIEYX, La Nouvelle Excellence, Maxima Paris, 2000.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here