Pêche : les armateurs espagnols dans les filets mauritaniens

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Gabriel MatoLe rejet par Bruxelles de  l’accord de pêche Mauritanie-Union Européenne est une pression supplémentaire de l’Espagne qui n’entend pas renoncer aux poulpes et à la sardinelle, deux classes de poissons exclues pour la première fois de l’accord. Il s’agit pourtant d’une avancée majeure en accord avec les principes du développement durable prônés par l’Union Européenne. 

 

Signé à l’arraché  le 1er  août 2012 en contrepartie annuelle de 110 millions d’euros,  l’application de l’Accord de Pêche (AP) donnant l’accès de la flotte européenne (majoritairement espagnole) aux ressources halieutiques mauritaniennes, a été rejetée il y a quelques semaines  par la commission de pêche du parlement européen.  Cet avis défavorable des eurocrates pèsera lourd sur le point de vue des députés européens qui se pencheront sur cet accord lors d’une séance de vote prévue en principe courant juillet. Il est peu probable que les représentants du peuple aillent à l’encontre de l’argument technique et scientifique qui gouverne à Bruxelles.

Les espagnols jugent la contrepartie accordée à la partie mauritanienne élevée et «excessive», , d’autant plus  que celle-ci n’ouvre pas  l’accès aux poulpes et à la sardinelle (pélagique). D’une durée de deux ans, l’accord stipulait une quantité de 300 000 tonnes de poisson en échange de 70 millions versés par l’UE et de 40 millions versés par les armateurs sous forme de droits de pêche.

C’est ce dernier segment qui pose problème ;les armateurs espagnols n’ont jamais été invités à payer un montant proportionnel aux quantités capturées.  Auparavant, ils s’acquittaient d’une taxe symbolique et fixe.  Désormais, ils doivent non seulement payer en fonction de leurs captures (ce qui est la norme appliquée dans la plupart des zones de pêche sous juridiction nationale) mais aussi  s’éloigner des côtes pour permettre aux poissons de se reproduire. L’Etat leur exige aussi d’embaucher 60% des mauritaniens.

 

Ainsi, l’avenir de l’accord signé à la mi-2012, s’inscrit désormais en pointillés, en attendant une hypothétique approbation des députés européens sous forte influence espagnole.  Ce rejet est le fait d’un homme :  Gabriel Mato  Adrover, président de la Commission de l’UE pour la pêche, un conservateur pur jus du Parti populaire espagnole (PPE), parti qui, idéologiquement, n’a pas renoncé à la grande Espagne et au Rio de Oro.

« il s’agit d’un mauvais accord pour tout le monde. Dans certains cas, cet accord augmentera les coûts de 300 à 400% », a-t-il déclaré à la presse lors de l’exemen de l’accord par la commission de Bruxelles.    Le rejet a  été approuvé par 16 voix contre 6 et 1 abstention.

Si nous comprenons parfaitement les motivations de Gabriel Mato qui mesure les enjeux de ces accords (400 emplois directs et 2400 indirects en Espagne du fait de la pêche en Mauritanie), en revanche nous le désapprouvons quand il déclare que cet accord n’est pas à l’avantage de la Mauritanie. En apportant des restrictions à une flotte espagnole qui pêche avec la «chaussette » du nom de ce petit filet utilisé dans le  filet autorisé pour capter les juvéniles, qui opère toute la nuit à moins des 6 miles de la côte, et qui n’hésitent pas à pirater les fréquences de la marine nationale (avec des complicités mauritaniennes), la Mauritanie pose le principe d’une pêche durable à ses partenaires.

D’autre part, en imposant à la flotte européenne de débarquer leurs captures dans les ports mauritaniens, le pays se donne une chance de développer des infrastructures annexes, de créer de l’emploi et d’augmenter de la valeur ajoutée dans ses propres ports.  Notons que le Maroc a imposé le débarquement des prises dans ses ports depuis 1999. Ce rejet espagnol et européen n’offre-t-il pas une chance pour la Mauritanie de se pencher véritablement sur une filière qui représente 12% de son PIB et pèse 40 à 50% de ses recettes d’exportation ?   Dans le cadre de la zone franche de Nouadhibou, n’est-il pas venu le temps d’attirer les industries de transformation sur la baie de Nouadhibou ?   Pourquoi ne pas penser à une Bourse mondiale de poissons dans cette zone ?  Un cadre incitatif clair, une infrastructure adéquate et de la prospective devront donner à cette portion de la côte nord-ouest africaine  une alternative à cette économie de la  cueillette que représente la pêche espagnole sans contrepartie industrielle, économique et en contradiction flagrante avec les principes du développement durable prônés par  l’Union Européenne.

A quand une OPEP de la pêche ?

L’absence d’une concertation entre les pays exportateurs de poissons (Maroc, Mauritanie, Sénégal, Guinée Conakry, Guinée Bissau,  Sierra Léon) fait le jeu des espagnols et des portugais, ainsi que des coréens, chinois et russes.   Ces différents pays sont  mis en concurrence par les négociateurs qui les appâtent avec des montants dérisoires.

Ibrahima Dia

 

1 COMMENTAIRE

  1. je suis un marocain dans le domaine de la pêche en guinée Conakry, associé avec des guiniens ; nous cherchons des armateurs Français ou
    espagnols désirent pêché au large de la guinée Conakry. Nous assurons pour eux leurs droit de pêche au niveau des organismes maritime; ainsi l’alimentation du carburant eau …
    merci de m’aider d’avoir les coordonnés des armateurs …

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