Forum: Célestin Bedzigui, un africain à WallStreet

10

Celestein Wall street

Cet article a été publié ici même en juin. Mais en raison de l’intérêt suscité et de la réaction particulière de quelques  lecteurs, nous le republions  en intégralité. Vous pouvez réagir sur le forum en bas de l’article.

Célestin Bedzigui est à la tête de l’agence de notation “Global Ratings Service”.  Evoluant à Wall Street,  au coeur de la finance mondiale, “là où l’argent ne dort jamais”, il a rencontré les équipes de Financial Afrik pour un entretien didactique sur le sens et la portée de son activité.  Nous avons profité de cette entrevue pour également faire réagir le Dr  Yves Ekoué Amaizo, chef Economiste de Global Rating Services trés connu dans les cercles économiques africains, américains et européens, avec à  son actif 20 ans de bons et loyaux services à l’ONUDI.  Entretiens croisés.

 

Pourquoi Global Rating Services ?

Célestin Bedzigui : Global Rating Services  (GRS) est une  agence de notation  basée à  Wall Street, New York depuis sa création le 27 juin 2008. Notre mission première est d’ une part de  fournir  aux investisseurs  des analyses sur le risque d’investissement dans les marchés émergents d’Afrique, d’ autre part d’aviser les  décideurs publics d’Afrique  sur l’importance  que revêt la perception du risque reflétée  par la notation dans  l’attraction des investissements directs étrangers.

Il nous a en effet semblé qu’un déséquilibre  existe entre l’intérêt croissant des investisseurs pour ce continent et les outils dont ils disposent  pour  en avoir une bonne lisibilité. Nous voulons pallier cette insuffisance.

De plus, on y assiste à un développement de places financières  complètement démunies des outils   de  standardisation internationale des normes de décision financière, la notation étant un de ces outils. Global Rating Services veut contribuer à combler ce déficit en proposant aux investisseurs un service qui soit plus ‘’ friendly ‘’ que le recours aux si…lointaines grandes agences de notation pour qui de toutes les façons, l’Afrique reste une terre financière ‘’ exotique et invisible’’. Nous voulons être plutôt, la bonne qualité du service étant garantie, le ‘’corner store’’ américain ou ‘’l’ épicerie arabe ’’ française de la notation, accessible à tous.

Enfin, il nous est apparu que bien que les analyses de risque existent partout dans le monde, celles qui concernent le continent africain se font toujours  à partir des perceptions occidentales qui souvent sont  biaisées, il faut bien le dire. C’est cela qui nous a conduit à mettre en valeur une approche ‘’afrocentrique’’  pour offrir des repères  plus pertinents à des potentiels investisseurs intéressés par l’Afrique.

 

 Peut-on parler d’une spécificité africaine du risque d’investissement ?

Dr Ekoue Amaizo : Les économies et les structures productives en Afrique ne sont pas plus, ni moins risquées qu’ailleurs. Mais l’Afrique est complexe et les clés de lecture devraient être multiples. Alors appréhender ce continent multiforme avec une grille ‘’non-contextualisée’’ peut  conduire à des erreurs d’appréciation et être un frein à l’exploitation de réelles opportunités.
De nos jours,  investir à Wall  Street n’est pas moins  risqué que d’investir en Afrique. Encore faut-il être y être accompagné   par une expertise  qui renseigne de la manière la plus précise possible sur les opportunités et les risques dont recèle un marché. C’est le rôle que s’assigne  Global Rating Service, ce  qui contribuera par la même occasion à crédibiliser les places financières du continent.

Qui sont ses fondateurs de Global Rating Services?

 

Les  fondateurs de GRS sont quatre  Africains,  dont certains sont déjà connus  dans  l’intelligentsia  de la Diaspora  africaine. Il s’agit :
–       du Pr. Ahmed Naciri,  un natif de Casablanca, Président du Centre International de Gouvernance de l’Université du Québec à Montréal,  Professeur de Finances et de Comptabilité à UQAM School of Business, Expert Agréée auprès de la Banque Mondiale, le PNUD, l’Union Européenne. Il est titulaire d’ un PhD en Finances   Internationales   de l’ Université  Laval , Montreal, Canada , d’ un Master in Science of Finance de City  University of New York, USA , d’ une Maitrise en Droit des Affaires de  La Sorbonne,  France. Il est le Président du Comite de Notation de GRS.
–       du Dr Yves Ekoue Amaizo, originaire du  Togo ,  économiste pendant vingt ans  à l’ ONUDI et  spécialisé en stratégies  industrielles , conseil et négociations  internationales . Dr Amaizo est une  éminente personnalité du cercle des économistes  ressources de l’Union Africaine.  Il est titulaire d’un Doctorat en  économie de l’Université Lyon 3 en France (Université Jean Moulin), d’ un MBA et d’ une Maitrise en Finance de l’ Université de Lyon 2 .Il assure le rôle de Chef Economiste de GRS.
–       de Madame  Marie Flore Wekoue- Poulsen, avec des attaches en Côte d’ Ivoire, elle est  spécialiste en Structured Finance. Elle a été Vice – President de JY capital à New York et  Professional Structured Finance  à Dinosaur Securities à New York. Elle est  titulaire d’ un Master of Science of Finance Baruch University of New York, USA, Bachelor in Business and Finance University of Wolverhampton, London, GB, Advanced Project Management Sanford University, Palau Alto, California, USA. Elle est.  le Chief Investors Relation de GRS.
–       Enfin de ma modeste  personne,  né  à Yaoundé au Cameroun, ancien de Prudential Financial, une des plus grandes signatures de la Finance ici aux USA où en tant que ‘’US Licensed’’  Financial and  Investment Adviser, je me suis imprégné aux techniques du Risk Assesment. Diplômé de HEC Paris, MBA 82 parallèlement  à des études en Doctorat troisième cycle d’ Econométrie a l’ Université de Paris IX Dauphine,  titulaire d’ une Maîtrise en économie,  j’ avais d’ abord acquis pendant une vingtaine d’ année une expérience dans le Management des entités industrielles et l’ élaboration de Programme avec des agences de l’ Onu tels que le PNUD et l’ ONUDI.  Je suis le ‘’President and CEO’’,  on dira Directeur Général,  de GRS.
Que des profils aussi variés mais complémentaires aient trouvé un intérêt partagé à s’investir dans l’initiative  de créer une agence de notation spécialisée   à l’Afrique est en soit un gage de sérieux. Il reste maintenant à gagner le pari de la crédibilité.

Qu’est ce qui distingue Global Rating Services des Agences de Notation existantes?

 

Dr Ekoue Amaizo : La spécificité et la richesse de nos produits résident dans l’originalité de notre méthodologie. Celle-ci est caractérisée par la prise en compte des dans notre  modèle de variables et des facteurs dit ‘’de rupture’’ qui déterminent une évolution soudaine et dramatique de l’environnement tant financier que politique. A cela s’ajoute une immersion et une compréhension acéréepar nos experts de l’environnement socioculturel et économico-historique des pays. Avec Global Rating Services, il est question d’abord d’apporter une indépendance dans l’appréciation d’un risque, qu’il s’agisse d’un risque pays, ou du risque d’un projet, en minimisant le biais qui peut entretenir  une perception fondée sur des considérations étrangères au champ de l’analyse rationnelle pour ne pas le dire. De là se déclinent de nombreuses options qui ont pour objet de soutenir le développement intelligent de l’Afrique, de ses régions décentralisées et de ses communes. Par exemple, GRS monte des programmes de formation sur la compréhension de la notation, sur le recours au marché obligataire et au  partenariat public-privé, pour les acteurs des régions décentralisées en Afrique, avec en filigrane la volonté de renforcer la capacités  des communes et des Etats africains a mieux valoriser leur potentialité et rassurer sur leur solvabilité pour attirer des financements .
Nous sommes entrain de vivre une évolution significative du financement de l’économie avec une part de plus en plus importante prise par marché obligataire. Or l’un des éléments qui commande celui-ci est la notation. Comment peut on imaginer que l’Afrique puissent bénéficier des financements que justifient les potentialités de ses marchés émergents si des outils comme celui lui la y sont quasi inconnus  et qu’elle soit de cette manière ‘’ invisibles’’ sur les grands marches financiers ?  Rester enfermer dans la camisole de force des ‘’petits financements concessionnels’’ des institutions de Brettonwoods ou de la coopération multi ou bilatérale n’est pas la solution aux besoins de capitaux pour développer ces économies? Des deux cotés, les investisseurs et les pays demandeurs de capitaux, le besoin de trouver un point de conciliation est manifeste. Il y a une réelle demande de service  cachée ; la satisfaction de cette demande  est le cœur de notre ‘’ business concept’’.

Que pensez- vous de l’introduction de la notation obligatoire pour les émissions obligataires en zone Yuan?

Célestin Bedzigui: Cela ramène au point précédent de l’importance qu’acquière la notation dans un monde financier où le marché obligataire prend une place de plus en plus importante dans le financement de l’économie. C’est un exemple à observer et sûrement à suivre par les Africains. L’une des fonctions de la notation est de normaliser pour l’ensemble des investisseurs la mesure du risque porté par une entité ou un produit financiers.  Il est en effet capital que soit réduite l’asymétrie de l’information entre les différents acteurs sur un marché ou une place financière. La note y contribue. De plus, cette obligation impose aux émetteurs de se soumettre à des normes de transparence standardisée, ce qui ne peut que réduire les risques de vice caché d’un produit financier  sur le marché comme on l’a vu avec la crise ou pour être plus exacte le   scandale des ‘’subprime’’

 

Certains experts disent que le risque souverain africain ne s’est pas amélioré dans le même élan que l’évolution du PIB ?

Dr Ekoue Amaizo : On peut  comprendre qu’ils puissent arriver à  une telle conclusion, si le ‘’weighting’’, disons la pondération, des variables de leur modèle privilégie les variables de perception politique par rapport aux variables de potentiel et réalisation économiques.  Vous comprenez le pourquoi de notre préoccupation à réduire le biais dans l’appréciation du risque des pays d’Afrique que nous avons évoqué plus haut.
Ceci dit, une telle opinion est prendre en considération puisque pour l’ heure, c’est sur elle que  reposent les décisions des investisseurs du Nord. Nous n’avons d’ ailleurs pas pour objectif de contredire qui que ce soit. Plutôt, nous voulons faire que l’innovation apportée par   notre méthodologie et notre modèle nous rapproche de l’appréciation la plus réaliste possible du risque latent et du risque réel des marches africains et fasse ainsi évoluer l’ensemble de la pratique de la notation appliquée à l’Afrique.

 

Propos recueillis par Adama Wade

 

 

10 Commentaires

  1. C’est ce genre d’interview qui fait que les journalistes africains manquent de credibilite. GRS est une startup peu connue, creee par des professionels de qualite mais qui n’ont aucune experience pratique dans le domaine de la notation de risque de credit. un economiste de l’Onudi, une professeur d’universite et un vendeur d’assurance a Prudential ne constituent pas une equipe serieuse pour demarrer et MAINTENIR une agence de cotation serieuse. Meme avec l’aide de journalistes complaisants.
    Et la notion que l’un ou l’autres de ces acteurs serait “tres connu” sur Wall Street est vraiment malhonnete.
    GRS a le merite de demarrer quelque chose et on prie pour que ca marche, mais vous n’aidez pas leur credibilite en racontant ces histoires.

    • Qu’est ce que vous leur reprochez donc, le mérite d’avoir commencé? Les journalistes complaisants sont prêts à vous accorder un entretien sur vos réalisations. Nous remarquons que vous donnez à l’expression “journalistes africains” une connotation assez chargée par ailleurs.

      A votre service
      La Rédaction de Financial Afrik

    • Moody’s, Standard and Poor et d’autres ont bien été crées un jour et ce par des personnes qui n’avaient à ce moment là “aucune experience” comme nos valeureux frères Africains de GRS aujourd’hui… Eux ont eu le merite d’oser le faire et nous donnerons tout pour que GRS marche aussi bien sinon mieux que les autres agences de notation Européennes et Américaines…

      Mark, vous avez certainement pu lire à la fin de cet article que ce sont des “Propos recueillis par Adama Wade” et non une analyse faite par “des journalistes complaisants”…

  2. c’est l’hisoire de l’expérience et de la compétence, les agences de notation qui ont 100 ans aujdhui ont commencé à un point zéro quelque part et ont bénéficié d’une confiance de dmarrage qui leur a permis de se lancer. Une start up mérite d’être lancée par des journalistes africains et par des médias, tous crédibles. les statistiques africaines sont biaisés, car elles sont égénérés de l’extérieur avec toutes les difformités des enjeux géostratégiques. Une intitaive pareille est mériotoire, le seul grand pb de l’Afrique aujourdhui tant son image de marque autant qu’on parle de perception; le gap est tllement énorme, le spréjugés tellement forts qu’une telle initiative a déjà le mérite rien que d’exister.Toutefois, l’angle d’approche aurait pu s focaliser surtout sur les publicatiosn existantes, ou ce qui a été déjà fait concretement ou est à faire sur 5 à 10 ans par GRS. Quand j vois les risk rating Index qui sortent de toute part sur l’Afrique, j’aimerais bien en recevoir un de GRS. jai fail de concret

  3. je tiens à vous encourager dans de tels projets. vraiment vous faites la fierte de l’afrique. Bravo à celestin bedzigui

  4. Bravo GRS et félicitations à toute la équipe . Vous nous donnez un bon exemple surtout à la jeunesse africaine.Ose le faire au coeur de Wall street relève d une prouesse et d une prise de conscience de la situation économique de l Afrique. Monsieur Bedzigui est un grand homme:bonne chance.

  5. De toute évidence, lorsqu’un africain est à la tête d’une entreprise hors de son continent, il doit faire ses preuves, plus face à des africains qu’à des occidentaux, parce qu’à priori, les africains se créditent eux-mêmes d’une incapacité pathologique à gérer et à gouverner.
    Ainsi, Monsieur Célestin BEDZIGUI qui au demeurant est un grand professionnel de la finance, souffre du syndrome “des africains qui ne croient pas aux africains”… C’est fort probablement la raison pour laquelle il est obligé d’officier hors de l’Afrique.
    Il faut que les africains se donnent un jour la chance d’avancer en regardant le monde avec des critères rationnels, mais que d’autre part, ils encouragent les initiatives africaines à travers le monde pour qu’un jour enfin, notre vision du monde soit équidistante de celle des autres.
    Bonne route à Monsieur BEDZIGUI et bon vent cette initiative qui honore l’Afrique.

  6. Devrais-je joindre ma voix à celles des autres pour féliciter et apporter tout le soutien possible à l’initiative de frères africains, à la tête desquels se trouve un aîné camerounais en la personne de Célestin BEDJIGUI que je suis particulièrement heureux de retrouver à ce niveau et dans une matière aussi complexe que la notation du risque financier? De manière évidente, l’initiative est louable, et l’enjeu est tellement critique qu’il ne faudrait pas s’attendre à recevoir beaucoup de lauriers,surtout à ces phases encore débutantes! Mais tenez bon, malgré l’adversité qui, dans ce genre de discipline, doit être considérée comme une donnée permanente de l’équation à résoudre. De toutes les manières, comme c’est si bien relevé dans l’interview, personne ne le fera aussi bien à la place des financiers africains, quelle que soit l’insuffisance de l’expérience, que l’on continuera à quereller, mais qui finira bien par se corriger à force de persévérance dans l’action. N’hésitez pas à nous solliciter, pour des inputs et des analyses provenant du vécu intérieur des problématiques économiques et financières de l’intérieur du continent.
    Il me semble également que la Banque Africaine de Développement devrait se prononcer positivement et apporter rapidement sa collaboration à ce genre d’initiative.
    Félicitations également à Financial Afrik. Que les critiques ne vous découragent pas de continuer à relayer ce genre d’initiatives de la diaspora africaine.
    Bonaventure Marcel PIIM
    Expert en développement et financement des projets d’investissement public
    En service au Ministère des Finances à Yaoundé – Cameroun

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here