Le secteur agricole ivoirien a été présenté comme un exemple en Afrique à la faveur de l’ouverture officielle du 7ème forum pour la révolution verte en Afrique (AGRF) ce 6 septembre à Abidjan. Le pays, qui a pris l’option de faire de l’agriculture la base de son développement dès son indépendance, a gagné le pari de la production avec un statut de leader mondial dans plusieurs spéculations. Premier producteur mondial de cacao avec une récolte attendue de 2 millions de tonnes cette année contre environ 4,7 millions au niveau mondial, Abidjan est aussi premier producteur mondial d’anacarde et de cola. En outre, le pays est le premier exportateur africain d’hévéa et d’huile de palme entre autres.

De façon globale, la production agricole ivoirienne a atteint 24 millions de tonnes en 2016 contre 16 millions en 2012. Et sur la période, les revenus distribués aux paysans sont passés de 3 000 milliards FCFA, soit 5,5 milliards de dollars, à 6 000 milliards en 2016, soit 11 milliards de dollars, avec un impact sur la réduction de la pauvreté, a indiqué le président ivoirien Alassane Ouattara.
Le pays enregistre donc des avancées qui sont à saluer, mais n’est pas encore parvenu à couvrir l’ensemble de ses besoins alimentaires, dans le cas du riz par exemple, et doit relever le défi de la transformation locale de ses cultures d’exportation afin de limiter son exposition à la volatilité des cours.
Plus de 100 milliards d’importations alimentaires
Ce tableau peut-être également celui de bon nombre de pays du continent qui ont encore recours aux importations pour assurer sa sécurité alimentaire. Certes les importations de Blé et de riz ont baissé de moitié ces dernières années, mais l’Afrique qui a importé 35 milliards de dollars de produits alimentaires en 2015 devrait voir ce chiffre quasiment tripler à plus de 100 milliards d’ici 2030, a fait remarquer le chef de l’exécutif ivoirien.
En cause, des facteurs de production qui sont restés inchangés depuis les indépendances. « (…) des modes de productions généralement archaïques et utilisant très peu d’intrants améliorés », les difficultés d’accès « aux semences à haut rendement, aux engrais, aux techniques d’irrigation et à la mécanisation ainsi que (…) l’insuffisance des investissements aussi bien publics que privés dans le secteur agricole et dans le développement rural », a égrené Alassane Ouattara.
Ces facteurs sont bien à la base du paradoxe africain qui emploie environ 60% de sa population active dans l’agriculture et qui est malgré tout le continent de la sous-nutrition et de la malnutrition, a indiqué à la tribune le premier ministre togolais, Komi Klassou. Cela, d’autant plus que 60% des terres arables non exploitées dans le monde se trouvent en Afrique.
La présidente libérien Ellen Johnson, dans son intervention, a préconisé l’impérieuse nécessité d’une approche collaborative entre différents acteurs : Etats, institutions de recherche, de financement, organisations internationales etc., avec un accent particulier sur la recherche agricole dans la perspective d’apporter un appui multiforme et plus efficace aux paysans africains.
Le forum de l’AGRF a montré par ailleurs qu’il y a une réelle prise de conscience politique sur la nécessité d’accorder une priorité absolue au secteur agricole au niveau africain, ce qui sonne comme un pas de géant. Même si la majorité des Etats n’ont pas mis en œuvre la directive de Maputo qui les engageait à consacrer 10% de leur budget au secteur agricole, le consensus est largement partagé sur le fait que le secteur est le lieu où l’on peut plus efficacement lutter contre la pauvreté. Il faut cependant investir des ressources importantes d’où le recours au partenariat public-privé comme axe de travail.
« Nous avons besoin de plus de ressources. (…) la jeunesse africaine est prête à s’engager dans la révolution verte en Afrique » a adressé Strive Masiyiwa, président du Conseil d’administration de l’AGRA aux partenaires de l’institution. Lors de la dernière édition de l’AGRF en 2016, ces derniers avaient fait des promesses de levée de fonds à hauteur de 30 milliards de dollars. De nouveaux engagements sont également attendus d’ici la fin de l’année. Mais le défis reste la mise en œuvre concrète de ces engagements de sorte à améliorer durablement les pratiques agricoles en Afrique.