Le pari fou de Sam Webe devient une réalité

 

 

Au commencement, il y’avait un champ de manioc. De petits arbustes  désolés. Des carcasses d’animaux. Et de temps en temps un paysan à la recherche d’une pitance quotidienne que cette terre dévastée par une interminable sécheresse ne  peut plus lui garantir.

 

Nous sommes en 2011, Sam Webe, Ingénieur américain, qui a un lien particulier avec le pays de la Teranga, ( en fait il est sénégalais, natif de Bambey), débarque à Dakar avec deux de ses collègues et un projet révolutionnaire: produire le premier véhicule électrique hybride (EHV) au Sénégal.

De Dakar, il s’est retrouvé à Bambey, sa terre natale. En quelques salamalecs, Sam et ses amis arrivent à la conclusion que le pays n’est pas encore prêt pour ce projet. Par contre, la production d’énergie électrique devrait être à leurs  yeux la principale préoccupation d’un pays engagé dans l’émergence.

 

Et il fallait juste transformer l’inépuisable potentiel solaire du Sénégal en force productive. Le projet solaire est né. Mais au début, dans la phase pilote, l’idée était de produire 1MW  puis de passer à 5 MW  entre un à deux ans.

 

C’est ainsi que Senergy est porté sur les fonts baptismaux en octobre 2011. Quelques semaines plus tard, l’entreprise obtient un agrément avec le ministre Ali Ngouille Ndiaye, l’un des rares à avoir compris l’intérêt du solaire. L’agrément en question (PPA) concernait  la production d’énergie renouvelable qui sera vendue à la SENELEC.

Commence alors la grande bataille pour le foncier. Acquérir 100 hectares destinés à abriter des installations solaires   n’est pas aisé dans un contexte de quasi-absence de plan directeur pour les énergies propres. Sam écumera  le Sénégal de long en large, de Bambey à Matam,  et fera face à tous types d’intermédiaires et  de revendeurs de terres.

L’ancien cadre de Général Electric obtiendra finalement  64 ha à Sant Mekhè à 5 km de Ngaye Mekhé. Les terres ont été acquises auprès du conseiller rural. Fort de son agrément  et de ses terres, l’ingénieur américain entreprend la deuxième phase de son projet, la phase la plus délicate, à savoir convaincre un marché financier peu habitué à accompagner l’investissement.

C’est ainsi qu’il parvient à convaincre le tout nouveau Fonds National des Investissements Stratégiques (FONSIS) dont le directeur, Amadou Hott, formé à la bonne école, celle de UBA et de Dangote, accepte le principe d’une participation à 50%. Dans la foulée, après évaluations et négociations, Senergy est transformée  en société anonyme.

 

Le projet prend de l’ampleur. Le tandem Sam Webe-Amadou Hott parvint à convaincre les français  Meridiam et Proparco à travers un prêt convertible de 33 millions d’euros.  Grace à la conjugaison des efforts d’un visionnaire amoureux du Sénégal et aussi à l’apport fructueux de Fonsis, de  Proparco et de Meridiam, le projet s’est concrétisé.

Le 1er juin 2017, Senergy sera inauguré en grande pompe. Ainsi, 30 mégawatts ou 50 gigawatts/heures viendront se rajouter au réseau national. Un grand coup de pouce pour le Plan Sénégal Emergent.

Abdoulaye Sow