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D’ici 2025, l’Afrique entend nourrir sa population – en augmentation rapide – avec sa propre production. Qui plus est, le monde aura besoin de l’aide de l’Afrique pour nourrir deux milliards de personnes supplémentaires dans la génération à venir. Aussi, faire les bons investissements aujourd’hui est crucial pour libérer le potentiel énorme des exploitations agricoles et de l’agro-industrie en Afrique.

La Banque africaine de développement, l’un des principaux investisseurs dans le domaine de l’agriculture sur le continent, remplit ses objectifs quant au déploiement de 5,5 milliards de dollars sur cinq ans jusqu’en 2015, ainsi que le révèle l’édition 2016 de la Revue sur l’efficacité du développement qui paraît aujourd’hui.

Voici un bref aperçu des résultats clés de la BAD : la Banque a formé trois millions de personnes sur l’utilisation de meilleures pratiques agricoles, mis en service 20 000 marchés et espaces de stockage, construit 4 000 kilomètres de routes de desserte, fourni 150 000 prêts en microcrédits, et établi des systèmes de gestion de l’eau sur 181 000 hectares de terres agricoles.

« La Revue de l’efficacité du développement prend acte de la mission accomplie, à l’heure où la BAD déploie un programme encore plus ambitieux avec sa stratégie pour Nourrir l’Afrique pour en terminer avec la faim et l’extrême pauvreté d’ici à 2025 », a déclaré Simon Mizrahi, directeur du Contrôle de la qualité et des résultats qui a rédigé cette Revue de l’efficacité du développement sur l’agriculture.

Ne pas faire de petits plans

L’étude détaille les progrès et les écueils rencontrés à ce jour dans la transformation du secteur agricole africain, et indique les mesures à prendre pour faire de l’Afrique la locomotive agricole mondiale de la prochaine décennie. Au cours des dernières années, l’agriculture s’est élevée au sommet de l’ordre du jour politique de l’Afrique, les pays africains s’engageant à éradiquer la faim et à réduire de moitié les pertes après la récolte en moins d’une décennie.

Il est de plus en plus évident que l’investissement dans l’agriculture est la meilleure façon d’en finir avec la faim, la malnutrition et l’extrême pauvreté en Afrique, indique le rapport sur le développement. Étant donné que sept Africains sur dix vivent de la terre, l’agriculture peut générer une croissance économique plus uniforme dans l’ensemble de la société et plus en profondeur dans les zones rurales, ainsi qu’aider davantage de femmes, qui représentent 70 % des agriculteurs. Le rapport souligne également que l’agriculture peut créer des emplois pour les 10 millions de jeunes Africains entrant sur le marché du travail chaque année.

L’Afrique a énormément de potentiel pour accroître et développer son secteur agricole et en faire un moteur de la croissance économique. Selon le rapport, l’Afrique importe deux fois plus de nourriture qu’elle n’en exporte et les rendements agricoles sur le continent ne représentent que le quart de ceux de la Chine. L’agriculture africaine ne représente que 5 % du commerce mondial.

Parallèlement, l’amélioration du sort des agriculteurs et de l’agriculture est cruciale pour la croissance et le développement durables de l’Afrique : 80 % du budget familial moyen est consacré à l’alimentation, tandis que 40 % de la nourriture produite est perdue après la récolte, à cause de sa mauvaise qualité ou de la non-existence de routes ou du manque de capacités de stockage.

Un système agricole plus robuste est également essentiel pour en finir avec la faim, selon le rapport sur le développement, car une personne sur quatre n’a encore pas accès régulièrement à la nourriture. De plus, le développement agricole doit être réorienté pour tenir compte du changement climatique : 65 % des terres arables africaines sont aujourd’hui dégradées et les pertes d’humidité et de fertilité des sols africains s’aggravent.

Au cours des cinq dernières années, la BAD a orienté ses investissements pour promouvoir la transition du continent vers une agriculture commerciale, explique le rapport : en construisant des corridors de transport régionaux pour relier les agriculteurs ruraux aux centres urbains et portuaires, en installant des irrigations et en creusant des canaux pour réduire la vulnérabilité à la sécheresse, ainsi qu’en en plantant plus de 64 millions d’arbres pour renforcer la vigueur de la terre face au changement climatique ; et enfin en réunissant des experts en agriculture pour qu’ils unissent leurs efforts, comme avec l’Alliance pour une révolution verte en Afrique qui aide les exploitations agricoles familiales dans 18 pays africains.

Faire des progrès

Certaines des opérations les plus remarquables de la Banque citées dans le rapport pour la période comprennent le Programme africain de réponse à la crise alimentaire, qui accéléré l’aide et en recueilli 1 milliard de dollars, permettant de meilleures récoltes ; le Nouveau riz pour l’Afrique, qui a stimulé la qualité, le niveau nutritionnel et les rendements du riz, et amélioré les moyens de subsistance de près d’un quart de million d’agriculteurs vivriers, avec une part importante du développement profitant aux groupes de femmes ; et le Partenariat forestier du bassin du Congo, qui a permis de réduire le déboisement et la dégradation des forêts en produisant des millions de jeunes arbres et arbrisseaux, impliquant près de 50 000 personnes dans la production et la transformation de produits forestiers non ligneux, et créant 46,60 hectares de plantations forestières communautaires.

L’une des contributions les plus importantes de la BAD à l’élaboration de l’ordre du jour de l’agriculture a été son rôle de premier plan lors de la conférence Nourrir l’Afrique à Dakar en octobre 2015, où elle a aidé à élaborer un plan pour l’Afrique afin de transformer le secteur agricole africain. Le plan vise à accélérer les programmes de nutrition, à accroître la productivité de l’agriculture par la recherche, à développer les corridors agricoles et les zones agro-industrielles pour obtenir un appui en matière d’infrastructure, à mettre en place un mécanisme de partage des risques, à lancer la levée de 3 milliards de dollars pour financer des agricultrices, et à développer les transferts d’obligations sur l’agriculture en provenance de la diaspora.

Rapport d’avancement

La somme de ces efforts a montré que la BAD a fait de bons progrès sur plusieurs fronts : 97 % des projets agricoles de la Banque ont été jugés satisfaisants. Dans ce laps de temps, les délais d’approbation des projets ont diminué de neuf mois à six mois. En grande partie grâce à la politique des sauvegardes sociales et environnementales, et à l’attention accrue portée aux questions sur l’égalité entre les genres, 89 % des projets ont été conçus en tenant compte du climat et 87 % des projets intégraient les différences entre les genres – améliorations majeures sur ces deux aspects. Le nombre de projets gérés par les bureaux nationaux est passé à 70 %, soit un bond de 40 %, afin de répondre à la demande des pays membres de travailler plus étroitement avec la Banque.

Redoubler d’efficacité

Aujourd’hui la BAD entend augmenter ses résultats grâce à sa nouvelle stratégie en vigueur jusqu’en 2025 en investissant 24 milliards de dollars et en stimulant l’investissement global par des prises de participation et le recours à des instruments de crédit et de risque.

La nouvelle stratégie Nourrir l’Afrique de la BAD est l’une de ses Cinq grandes priorités ; elle vise à mettre fin à la pauvreté, à la faim et à la malnutrition d’ici 2025 et à faire du continent un exportateur net de denrées alimentaires. La Banque y parviendra en se concentrant sur certains aliments et sur certaines zones de croissance – du blé en Afrique du Nord à l’aquaculture partout ailleurs – , et en élevant au niveau mondial les chaînes de valeur des produits alimentaires africains par la construction de marchés, la mise en place d’échanges de produits et la liaison entre agriculteurs et acheteurs. La stratégie Nourrir l’Afrique soutiendra l’agro-industrie et l’innovation, l’agriculture intelligente face au changement climatique et construira des routes, des infrastructures énergétiques et hydrauliques.

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