migrants-subsahariensLes propos sont bruts de coffrage: “La présence des migrants et des réfugiés africains dans plusieurs localités du pays peut causer des problèmes“. Cette présence expose “aux risques de la propagation du Sida ainsi que d’autres maladies sexuellement transmissibles“. Et aussi : “pour éviter cette catastrophe qui nous est imposée, il faut expulser les migrants africains”.

L’auteur de ces propos prononcés le 6 décembre n’est ni Donald Trump, ni Marine Le Pen, encore moins Norbert Hofer du parti extrémiste autrichien  FPÖ. Si elles avaient été prononcées en France et aux USA, ces phrases  auraient provoqué des  manifestations monstres  dans les artères de Paris et d’Amsterdam,  suivies d’une réunion de crise à l’Elysée ou à la Maison Blanche. Sur l’autre rive  de la Méditerranée, ces mots violents  n’ont rencontré qu’indifférence coupable d’une société où la question raciale ou de la composante noire autochtone relève du tabou.  Comment l’Algérie, terre avant-gardiste dans la lutte contre l’impérialisme,  soutenue dans sa guerre pour l’indépendance,  à la fin des années 50, par  nombre d’intellectuels noirs comme Frantz Fanon  peut-elle couver, tolérer ou ignorer un tel discours prononcé forcément  en son nom au vu des fonctions de l’auteur?

 

Car, l’auteur de ces propos attentatoires à la dignité humaine n’est ni un SDF, un marginal ou un homme du peuple “aigri” face à la horde d’immigrés venue lui “voler” son pain. L’homme s’appelle Farouk Ksentini, avocat de profession  et président de la  Commission nationale consultative de promotion et de protection des droits de l’homme.  Les mots  ont été prononcés en arabe dans un journal local, Essawt El Akher,  dans un contexte d’une vague d’expulsion brutale  de migrants vers Tamanrasset, ville située à 2000 km d’Alger. Raflés pèle- mêle  à leurs domiciles ou  dans leurs lieux de travail, 1500 migrants dont la seule dénomination est d’avoir la peau noire, sont convoyés par camions et bus et parqués dans un camp à l’extérieur de la ville du désert. Certains ont des papiers en règle, d’autres sont des réfugiés, la plupart veulent franchir l’Eldorado européen.

Pour  la présidente du Croissant Rouge Algérien, Saida Benhabylès, qui s’exprimait dans les colonnes du journal officiel El Moudjahid, la raison des éloignements est toute simple: vu la promiscuité qu’il y a dans la capitale “, et que cette promiscuité “pose des problèmes d’ordre sécuritaire “, les pouvoirs publics ont décidé de “transférer les migrants dans le Sud où les conditions d’accueil sont meilleures “. C’est clair, le salut des migrants ne viendra pas de la compassion humanitaire que l’on est en droit d’attendre de la présidente du Croissant Rouge.

Les expulsions ont commencé le 1er décembre, veille d’une grande conférence (Forum Africain ) sensée ouvrir les marchés africains aux entreprises algériennes et renforcer les relations économiques et commerciales. Plus que le silence des autorités algériennes, c’est l’absence de réactions de l’Union Africaine qui est encore plus incompréhensible. Cette affaire de droits humains jette à la lumière du jour les incohérences d’une organisation continentale qui a tendance à placer les relations inter-personnelles entre dirigeants au dessus des droits et des intérêts des peuples africains. Évidemment, ce serait injustice que de condamner la seule Algérie, signataire de la Charte Africaine des Droits de l’Homme. Le Niger qui a signé des accords de rapatriement avant, certainement, d’exprimer officieusement sa surprise face à la violence du traitement, est-il sans reproches?


Adama Wade

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