abidjanUn gâteau de 100 milliards de dollars…

Les financements dédiés aux projets de partenariat public-privé (PPP) en Afrique ont franchi le cap des 100 milliards de dollars entre 2014 et 2015. Le principe permet aux Etats de réaliser des infrastructures lourdes en transférant une partie du risque au privé lequel s’entoure de précautions nécessaires en matière d’assurance et de couverture face aux aléas des taux d’intérêt et de change notamment, dans la limite de ses responsabilités.

Si l’endettement public en découlant est souvent maîtrisé (mais rarement nul), ce type de projet requiert un montage financier efficient. «Je ne veux pas endetter les Sénégalais» avait répondu l’ancien président sénégalais, Abdoulaye Wade, aux banquiers qui étaient venus le trouver en villégiature à Popenguine pour lui présenter le schéma de l’Aeroport international Blaise Diagne. Dix ans plus tard, l’ouvrage n’est pas encore livré. À force d’avenants, l’Etat s’est retrouvé endetté de plusieurs milliards de FCFA et en conflit avec le promoteur Saudi Bin Laden Group évincé dans la dernière phase du projet.

L’exemple sénégalais renseigne sur l’importance du choix des acteurs, de la délimitation des responsabilités, de la fixation des délais dans les cahiers de charge et du montage financier à mettre en place. Au Maroc, la plus grande centrale solaire du monde (9 milliards de dollars d’investissements ) a été financée sur la base d’un PPA de 25 ans, d’un cadre juridique solide, avec des interlocuteurs publics intervenant dans un cadre institutionnalisé. Au Bénin, de nombreux projets PPP négociés sous le régime de Boni Yayi sont aujourd’hui en souffrance. En RDC, la Banque Mondiale annonce la suspension de son financement de 73 millions de dollars sur le e barrage d’Inga III à cause de nouvelles orientations prises par les pouvoirs publics.

Ces exemples montrent que le succès du PPP dépend tout d’abord du cadre institutionnel supposant un Etat avisé (bien conseillé) capable d’évaluer les risques, de se projeter dans le futur et, sur cette base, de faire des offres rationnelles au secteur privé. Les bailleurs de fonds sont, plus que jamais, à l’affût des opportunités puisque 5000 milliards de dollars sont placés actuellement à taux négatifs entre les USA, l’Europe, le Japon et quelques grands marchés financiers émergents. Si les gestionnaires de fonds privés font la fine bouche, les Institutions de Développement (DFI), elles, se bousculent au portillon des PPP Afrique. Selon une étude d’Eenest and Young, cette catégorie de bailleurs a participé dans le financement de 145 projets PPP sur 301. Les financements provenant des DFI représentent 48% de l’ensemble des projets.

Par secteurs, les institutions de développement sont portés d’abord sur l’Energie (52 projets répertoriés en 2015) et le secteur des transports (43). L’Afrique de l’Ouest constitue le laboratoire par excellence des PPP(40 projets y sont actuellement développés), suivie de l’Afrique de l’Est (39 projets) et de l’Afrique du Sud (37 projets). L’Afrique du Nord (17 projets ) et l’Afrique centrale (12 projets) sont les parents pauvres des PPP. L’Etat pilote en général ce genre de réalisations (71% des 301 projets répertoriés ), contre 13% pour les privés et3% pour les institutions africaines de développement. Souvent considérée comme l’ogre des marchés d’infrastructures en Afrique, la Chine pilote en fait un seul projet PPP mais intervient dans 13 d’entre eux en tant que bailleur et dans 42 projets en tant que constructeur. Les Etats africains sont souvent pilotes des projets d’infrastructures (71%) mais interviennent partiellement dans le processus de construction (27%) et rarement dans le financement (16%). Dans l’ensemble, 68% des projets répertoriés en Afrique sont du domaine public, particulièrement dans les transports et l’Energie.

 

Pour lire tout le dossier PPP en Afrique paru dans Financial Afrik 33. 

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