img_5583.jpgLes transitions sont toujours délicates. A la tête de la BAD depuis le 1er septembre 2015, après une brillante élection en mai de la même année, l’ingénieur agronome nigérian Akinwimi Adesina a succédé au financier rwandais pur jus, lequel a marqué son passage par un investissement sans précédent dans les infrastructures et, il faut le dire, une sorte de rééquilibrage entre l’Est et l’Ouest, l’Afrique anglophone et l’Afrique francophone.

 

Autant le dire, les deux hommes, se succèdent dans un même cadre institutionnel marqué par une forte inféodation du conseil d’administration à la présidence et des doublons dans les fonctions de vice-présidence. S’il n’y prend garde, Akinwimi Adesina perdra son charmant sourire du moment au profit de la mine raide d’un hyper-président. La faute à des institutions et à un système de gouvernance qui  n’a pas évolué et qui ne correspond plus aux milliards de dollars constituant le portefeuille de la banque.

Faut-il garder les administrateurs «embeded» au niveau du siège ou, à l’instar de ce que fait la Banque Islamique de Développement (BID), maintenir ces administrateurs dans leurs pays respectifs, sous la responsabilité de leurs ministres des Finances et gouverneurs de la BAD, en évitant ainsi tout lien de subordination entre eux et le président dont ils sont sensés contrôler l’activité?

Nous l’évoquions il y a une année, lors des assemblées annuelles de 2015, les rôles des structures de gouvernance de la BAD sont à clarifier pour renforcer les assises d’une institution financière appelée à élargir son champ d’action et, sans doute, à devenir à la fois le bras financier de l’exécution de l’agenda 2063 de l’Union Africaine et, n’en déplaise au président Alpha Condé,  le réceptacle des fonds destinés au continent dans le cadre de l’agenda 2030 (les fameux Objectifs de développement durable ) et des engagements pris à Paris  lors de la COP 21.

En son temps, Donald Kaberuka avait fait de la construction des infrastructures une priorité. Depuis qu’il est aux commandes, l’ingénieur agronome nigérian, en sa qualité d’ancien membre de l’Alliance pour la révolution verte en Afrique (AGRAA), ne rate aucune occasion pour rappeler la primauté de l’Agriculture sur toutes les autres urgences. Son programme des grandes priorités (Highs 5 S) qui était le thème centrale des Assemblées générales de la BAD tenues en mai 2016  à Lusaka (capitale de la Zambie), vise entre autres, la création de 200 millions de raccordement à l’électricité d’ici 10 ans à travers l’investissement de 7000 milliards de FCFA pour éclairer un continent où 600 millions de personnes n’ont pas encore accès à l’électricité.

Il y est aussi question de la stratégie «Nourrir l’Afrique», «intégrer l’Afrique», «industrialiser l’Afrique» et «augmenter le niveau de vie des africains» à travers la création de 25 millions d’emplois pour les jeunes sur les dix prochaines années. Ces différents objectifs partent de l’Agriculture. Le paradoxe d’un continent riche en terres arables mais dépendant des importations pour se nourrir sert d’axe de communication à un programme qui aura besoin de mécanismes pour sa concrétisation. En attendant, les priorités du President de la BAD sont claires: «Les infrastructures, c’est bon. Mais il faut d’abord avoir le ventre plein», répète-t-il en substance dans ce qui rassemble à une pique adressée au  prédécesseur estampillé un temps du titre de «Mr Infrastructure».

 

Pour l’ancien ministre nigérian de l’Agriculture, «on peut réparer une route, un pont mais pas un cerveau». Dans le fond, cette divergence de vues entre l’ancien et le nouveau président se traduit par une réorientation des priorités. Les projets et les hommes en font les frais. Exercice classique à l’occasion de chaque changement de président, la «dékaberukatisation» de l’institution panafricaine, menée sans tambours ni trompettes, a vu l’ascension de nouvelles figures à des postes stratégiques. Les pôles secrétariat général, ressources humaines, communication, juridiques, enregistrent des départs, parfois fracassants, et de nouvelles arrivées. Des ajustements ont concerné aussi des filiales importantes comme le fonds Africa 50 à travers des processus de recrutement conduits par des cabinets internationaux. Ces nominations qui ont marqué la première année d’exercice de monsieur Adesina devront faire place maintenant à une accélération des chantiers de transformation de la BAD. Après avoir placé ses hommes, M. Adesina doit maintenant entamer des réformes profondes pour améliorer la gouvernance de la banque à la note triple A et produire des résultats. L’Afrique entière l’attend de pied ferme sur le terrain des bilans et des réalisations.

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