L’onde de choc mondiale qui a accompagné le «non» grec, dimanche 5 juillet, devrait faire réfléchir les pays africains. Beaucoup se sont réendettés en dollars suite à l’effacement de leurs ardoises auprès des bailleurs.

Sur la seule année 2014, les Etats du continent ont prélevés, hors crédit-achat et crédits fournisseurs déguisés en aide, environ 9 milliards de dollars dans les marchés financiers internationaux. Cette boulimie inquiète. En 2015, la dette africaine ne fait pas trop courir.

Les investisseurs montrent moins d’appétits et y réfléchissent à deux fois. Faut-il s’en alarmer ? Nous pensons que oui. Le ratio dette sur PIB dépasse déjà la barre de 50% au Sénégal et en Côte d’Ivoire, restant, certes, largement en deçà de la limite communautaire de 70% fixée par l’UEMOA.

Mais, en matière de dette, surtout de celle du tiers monde, ce qui compte ce n’est pas moins le stock que le service. L’absence, au niveau de l’UEMOA, d’un encadrement ou suivi de l’usage des fonds collectés est un facteur de risque. Car, tout comme pour le cholestérol, il y a la bonne et la mauvaise dette. D’autant que, les taux des emprunts africains, qui oscillent entre 6 et 9%, sont nettement supérieurs aux conditionnalités d’octroi du Crédit à la Grèce ou à l’Irlande. Pourquoi les pays africains supportent-ils les coûts d’endettement les plus élevés au monde?

Ce traitement particulier appliqué aux débiteurs africains se reflète sur le service de la dette qui occupe entre 30 et 50% du budget des pays du continent et s’inscrit, bien souvent, avant les postes d’investissements stratégiques.
Au regard de ces paramètres que nous analysons régulièrement dans le suivi des Eurobonds africains, nous pensons qu’un pays africain, le Ghana en l’occurrence, présente, toutes proportions gardées, les signes avant coureurs du syndrome de la Grèce.

Ainsi, sur  le marché secondaire de la dette, les investisseurs exigent de plus en plus des gages pour acheter le coupon ghanéen. C’est pourquoi Accra paye 9,43% aux porteurs de sa créance là où 5% suffisent, s’agissant bien entendu du Maroc ou de l’Afrique du Sud, pays moins risqués, dotés d’institutions solides et de pilotages budgétaires jugés fiables. Cette dégradation rapide des comptes du Ghana s’accompagne d’un handicap majeur: les remboursements de la dette du pays sont libellés en devises contrairement à la Grèce qui rembourse dans sa monnaie nationale et qui n’a pas pu éviter la catastrophe en dépit d’un plan de soutien sans précédent.

Or, compte tenu du plongeon spectaculaire du Cedi par rapport au dollar (20% entre janvier et juin 2015), le Ghana est obligé de faire plus d’efforts qu’il n’en fallait pour éviter le défaut de paiement. En outre, la Banque centrale de ce pays exportateur de pétrole et de cacao, mobilise 20 millions de dollars quotidiennement pour soutenir la monnaie nationale.

Dans ces conditions, la tentation de la cavalcade (syndrome Madoff) est bien réelle: s’endetter pour rembourser? Peut-être, mais jusqu’à quand et où? L’exemple grec montre qu’on ne peut pas berner le marché indéfiniment et que, tout gouvernement, de gauche ou de droite, est appelé un jour à faire face aux échéances de la dette publique.

Plutôt que d’appeler les pays africains à s’inscrire dans un front de refus du paiement de la dette, il urge de porter la lumière sur l’usage fait des milliards de dollars empruntés à l’international. Il est impératif d’inviter nos ministères des Finances à engager une réflexion sur les emprunts, leurs coûts, leurs services et leurs effets induits dans l’économie réelle..

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