Le groupe Cofina s’apprête à ouvrir son capital à des institutionnels, une suite logique à l’évolution des activités de la spécialiste de la mésofinance qui compte étendre son réseau de 3 à 7 pays.

 

«Quelque soit le partenaire, Cofina continuera à garder sa marge de manœuvre opérationnelle», a déclaré Jean Luc Konan, le PDG de l’institution, dans une interview exclusive à Financial Afrik. Lire l’interview en entier.

 

[private] Votre groupe est lancé en 2013. Deux ans après, quel bilan d’étape peut-on en faire ?

 

Nous avons effectivement lancé notre première filiale en février 2013 à Conakry. En un an et demi d’activité, le bilan est assez positif. On ne peut pas encore avancer de chiffres en matière de résultat car les 3 premières années de notre activité correspondent vraiment à une phase d’investissement visant à étoffer notre réseau et à renforcer notre structure financière ; Cependant, je peux vous affirmer que nous sommes en avance sur nos prévisions. L’ensemble de nos filiales en activité ont passé le cap de l’autosuffisance opérationnelle. Le Groupe COFINA est implanté dans 3 pays et compte finir l’année avec 4 autres implantations. Nous maintenons notre objectif de couverture de 16 pays à l’horizon 2021.

Que faut-il faire aujourd’hui pour relever le niveau de la bancarisation en Afrique? Quelle est l’approche Cofina?

La bancarisation s’améliore, mais elle reste globalement inférieure à 20%. En Afrique sub-saharienne, les banques y représentent entre 4 et 8% voire 10 % dans les pays les plus en avance contre 12 à 16% pour la microfinance. COFINA ayant choisi un positionnement dans le secteur de la mésofinance, qui regroupe les opérateurs économiques devenus trop importants pour la microfinance et pas assez formels pour les banques traditionnelles joue donc un rôle important dans l’accroissement de la bancarisation. Vous savez, franchir la porte d’une banque représente aujourd’hui encore un véritable frein psychologique pour ces populations. Nous avons fait le triple pari de simplifier les procédures d’ouverture de compte et d’accès au crédit, mais aussi d’offrir des produits et services innovants adaptés à notre clientèle. L’application ‘COFINA MOBILE’ actuellement en phase de lancement dans notre filiale sénégalaise, permet aux clients d’effectuer différentes opérations via le téléphone mobile (transferts, interrogation de solde, alertes en cas de mouvements sur le compte, demande de relevés, instructions à son chargé de clientèle…), ce qui permet de réduire de façon significative les files d’attentes dans les agences, et d’accroitre les flux de capitaux formels dans un écosystème propre à nos clients.

 

Donc c’est une application destinée, en gros, aux classes moyennes ?

 

Effectivement, avec le taux de croissance moyen de 5% par an que connaît l’Afrique subsaharienne depuis 15 ans, les populations vivant encore aujourd’hui en dessous du seuil de pauvreté représentent la classe moyenne de demain. Ces services innovants offerts à ces populations et qui permettent de faciliter les opérations de virement, de dépôts, de demande de relevés de compte électronique… participent, de facto, à la mobilisation de l’épargne et à l’inclusion financière. Ils permettront de transformer complètement la relation avec les institutions financières et d’accroitre la bancarisation Mais, il faut bien comprendre que l’un des leviers forts de l’accroissement de la bancarisation, de la migration des opérateurs informels vers le secteur formel, est la perspective de pouvoir bénéficier d’un financement.

 

Vous avez récemment lancé COFINA Start- Up House. Quelles sont les catégories de professionnels visés ?

COFINA StartUp House est multi-secteurs avec une approche marché spécifique aux pays et aux régions. Nous accompagnons des secteurs formels à forte valeur ajoutée et, de préférence, des projets présentant un caractère résolument innovant. En général, ce sont des start-up dirigées par des jeunes entrepreneurs que nous allons mettre dans un environnement de travail et accompagner jusqu’au premier stade de la bancarisation. Nous les accompagnons et les conseillons dans la phase d’amorçage de leurs activités avant de les présenter aux fonds qui leur apporteront du capital pendant que nous assurerons la partie dette aux côtés d’autres créanciers. Si COFINA privilégie des acteurs jouissant d’une expérience reconnue, COFINA Start Up s’intéresse, elle, aux porteurs de projets innovants.

Vous intervenez donc en incubateur et en sous-fonds ?

COFINA StartUp House n’est pas un fonds d’investissement. C’est un incubateur qui prépare les startups à la levée de fonds auprès des fonds d’investissements pour leurs besoins en fonds propres et des pourvoyeurs de dette, dont COFINA. A la différence d’autres incubateurs, nous possédons en notre sein une partie de la solution, c’est-à-dire la dette et nouons des partenariats pour la partie ‘capital’. Nous avons reçu plus de 220 dossiers dans le cadre de l’édition 2015 de COFINA StartUp House, provenant de porteurs de projets basés majoritairement en Côte d’Ivoire et au Sénégal. Un comité sélectionnera les meilleures startups qui seront accueillies à compter d’août 2015 au sein de l’incubateur. Notre objectif est d’accompagner 30 à 50 startups en bout de processus, dans les trois prochaines années.

Quels sont les fonds de private Equity qui vous accompagnent dans ce projet ?

En matière d’incubation, nous intervenons directement avec les ressources du groupe COFINA, une fois les entreprises incubées, nous nous tournons vers les fonds pour les prises de participations. De grands groupes et des fondations d’entreprise prestigieuses ont marqué un intérêt fort pour l’incubateur mais je ne peux à ce stade en dévoiler les contours. Pour la partie ‘capital’, nous avons également entamé des discussions avancées avec différents fonds de private equity dont nous étudions les axes d’intervention, mais en date d’aujourd’hui, Investisseurs & Partenaire (I&P) semble proposer l’une des offres les plus adaptées à notre cible. Il est extrêmement rare de trouver dans notre zone, des fonds d’investissements actifs dans la prise de tickets inférieurs à 300 000 EURO.

Quelle est la structure de l’actionnariat de COFINA en juin 2015? Allez-vous garder votre indépendance ou opter pour un partenariat technique et capitalistique vous permettant d’accélérer votre business plan ?

L’actionnariat de départ de COFINA est constitué des membres fondateurs regroupés autour du Group Management Company (GMC) et de personnes physiques ayant accompagné le groupe en phase de projet. Nous avons également bénéficié de l’appui de certains institutionnels au niveau des filiales, notamment des compagnies d’assurances. Compte tenu de la croissance que nous connaissons, nous avons décidé d’ouvrir notre capital à d’autres partenaires institutionnels, avec qui nous avons entamé des discussions. Nos critères de sélection des futurs partenaires sont très clairs, à savoir que tous devront être dans des secteurs d’activités complémentaires afin de favoriser les synergies.

Donc il y a plus de chances à ce que le futur partenaire financier soit une banque plutôt qu’une compagnie d’assurance ?

Pas nécessairement, les banques et les compagnies d’assurances sont des partenaires naturels des institutions de micro / méso finance ; les premières nous accordent des lignes de refinancement et favorisent nos opérations de commerce international, les secondes placent leurs excédents de trésorerie dans nos livres et utilisent notre réseau pour la commercialisation des produits de micro/ méso assurance.

Certaines compagnies d’assurances sont déjà dans le capital de nos filiales (NSIA au Sénégal, La Loyale Assurance en Côte d’Ivoire), mais outre ces liens capitalistiques, nous avons d’excellentes relations avec le Groupe SUNU, avec UGAR en Guinée. Au niveau des banques, nous avons comme partenaires privilégiés, les Groupes Banque Atlantique, ORABANK, ECOBANK, NSIA BANQUE et plus récemment, Banque de Dakar (BDK).

Peut-on avoir une idée de vos besoins de financement ?

Nous avons octroyé 32 milliards de FCFA de crédit en un an et demi avec un encours actuel de crédit de 20 milliards de FCFA. Ceci a permis de financer 2400 projets portés par 1500 entreprises. L’étude menée sur l’impact social de nos financements a permis d’évaluer que près de 7 500 emplois ont été créés grâce à ces crédits. Quand nous connaissons la structure de nos familles africaines où un chef de famille assure la subsistance d’une dizaine de personnes, nous pouvons en déduire que ces financements ont impacté positivement le quotidien de près de 75 000 personnes.

Nos prévisions au 31.12.2020 tablent sur un encours de crédit de 220 milliards de francs CFA (440 millions de dollars). Ce qui vous situe sur nos besoins au cours des 5 prochaines années. Ceci ne représente
qu’à peine 0,2% des besoins de financement actuels des PME en Afrique estimés à plus de 140 milliards de dollars. Certes, nous étoffons notre réseau mais comme vous le savez, les dépôts collectés
via le réseau progressent régulièrement mais de façon linéaire. Pour accompagner la croissance exponentielle de notre activité, il est nécessaire d’obtenir des lignes de trésorerie auprès des institutionnels. Notre modèle économique prévoit, d’ailleurs, que 40 à 45% de nos ressources proviennent de nos partenaires institutionnels.

Le Sénégal vous a honoré récemment des Cauris d’Or. Quelle est la symbolique que revêt cette distinction pour votre groupe ?

Cette distinction nous procure une grande fierté. C’est une reconnaissance des pairs. C’est aussi une motivation pour les équipes de COFINA qui sont arrivés à gérer le segment des PME, présenté comme le plus risqué.

Au final, quelle est la spécificité de votre modèle ?

Notre modèle économique est basé sur une parfaite connaissances des écosystèmes dans lesquels nous évoluons. Nous avons développé un modèle de rating interne, notre Debt Rating Model (DRM) qui permet une reconstitution théorique des états financiers de nos clients. Cet instrument couplé avec une approche terrain innovante, permet d’accompagner nos clients avec une maitrise satisfaisante des risques.

 

Propos recueillis par Adama Wade[/private]


 

NB: cet entretien est un extrait du dossier “Les moteurs de la bancarisation en Afrique” en kiosque du 15 juillet au 15 septembre.

 

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