Par Dr Abderrahmane Mebtoul, Professeur des universités, expert international
Selon le New York Times du 28 février 2026, à la suite des frappes américaines, quarante hauts responsables de l’appareil militaire iranien auraient été tués, dont le Guide suprême. Il convient toutefois de préciser que l’objectif des États-Unis, comme cela s’est observé dans d’autres contextes tels que le Venezuela, ne relève pas tant de l’instauration de la démocratie que d’un changement de régime au service de leurs propres intérêts.
Conformément à la Constitution iranienne, et sous réserve qu’il n’y ait pas de changement de régime, un conseil provisoire a été mis en place dimanche afin d’assurer la continuité du pouvoir. Il est dirigé par l’ayatollah Alireza Arafi, qui siège aux côtés du président Massoud Pezeshkian et du chef du pouvoir judiciaire, Gholamhossein Mohseni Ejei. La Constitution de 1979 institue un système original faisant cohabiter deux légitimités : une légitimité démocratique issue du suffrage populaire et une légitimité religieuse incarnée principalement par le Guide de la Révolution. Cette dualité confère au régime iranien un caractère semi-démocratique.

Même si une grande partie des institutions est issue du suffrage universel, direct ou indirect, le Conseil des gardiens, dont les membres sont désignés selon un mécanisme mixte associant le Guide suprême et le Parlement, peut opposer son veto aux candidatures et aux lois adoptées. L’Assemblée des experts, composée exclusivement de religieux élus au suffrage universel direct pour un mandat de huit ans, a pour mission de nommer le Guide suprême, d’évaluer son action et, le cas échéant, de le destituer s’il est jugé inapte à exercer ses fonctions.
Le Guide suprême demeure le véritable centre du pouvoir. Élu et éventuellement révoqué par l’Assemblée des experts, il contrôle les forces armées et détient la décision finale en matière de sécurité, de défense et de politique étrangère. Il nomme le chef du pouvoir judiciaire, les membres du Conseil des gardiens, les commandants des forces armées, les imams des prières du vendredi ainsi que le directeur de la radio-télévision d’État. Il valide également l’élection du président de la République.
Le Guide est assisté par le Conseil de discernement, organe consultatif composé de personnalités religieuses et politiques de premier plan, chargé de trancher les différends institutionnels et de conseiller l’autorité suprême.
Aux côtés des forces armées régulières, l’Iran dispose du Corps des gardiens de la Révolution islamique (Pasdaran), chargé de défendre les acquis de la Révolution. Les principaux chefs militaires, tant de l’armée régulière que des Pasdaran, sont nommés par le Guide suprême et ne rendent compte qu’à lui.
Le président de la République, deuxième personnage de l’État, est élu pour un mandat de quatre ans, renouvelable une seule fois consécutivement. En tant que chef de l’exécutif, il signe les traités et accrédite les ambassadeurs. Toutefois, ses prérogatives restent limitées dans la pratique et il peut être désavoué ou écarté sous l’autorité du Guide suprême. Si le président nomme les ministres, leur désignation doit être approuvée par le Parlement et demeure indirectement influencée par le Guide suprême, très impliqué dans les domaines de la défense, de la sécurité et de la politique étrangère.
Le pouvoir législatif, exercé par le Parlement (Majlis), est composé de députés élus pour quatre ans au suffrage universel. Les lois adoptées sont soumises au contrôle du Conseil des gardiens, qui peut les approuver ou les rejeter.
En conclusion, le Guide suprême, autorité religieuse dominante et véritable centre du pouvoir, joue un rôle stratégique dans la stabilité du régime iranien. Sa disparition aurait des conséquences majeures sur l’avenir politique du pays. Espérons un avenir plus apaisé pour le peuple iranien, héritier d’une grande civilisation : la Perse, ancien nom de l’Iran, fut un puissant empire antique centré sur le plateau iranien, du VIe siècle avant J.-C. jusqu’au début du XXe siècle. Fondé par Cyrus le Grand, chef de l’Empire achéménide, il s’étendait de l’Indus à l’Europe et a joué un rôle majeur dans l’histoire universelle.

