Au lendemain de l’arrestation du président Roch Marc Christian Kaboré, le 24 janvier 2022, le Burkina Faso fait un grand saut dans le vide. En plus des sanctions attendues de la CEDEAO et de l’ Union Africaine, des restrictions des financements et de la fuite des bailleurs de fonds, le pays des hommes intègres, déjà amputé de la moitié de son territoire, risque de voir des milliers de personnes basculer dans la pauvreté et le terrorisme.


Nous le disions déjà dans le cas du Mali comme dans celui de la Guinée, le coup d’Etat est un compte d’exploitation irrationnel, une preuve par l’absurde que la démocratie est le moins pire des systèmes de gouvernance de la cité.

Aux jeunes panafricains qui croient que les soldats dépourvus de toute légitimité populaire peuvent conduire nos pays vers l’intégration sous régionale et la prospérité, nous leur opposons les exemples encore vivants de ces régimes autoritaires qui ont régné sur l’Afrique des indépendances en 1960 à la chute du mur de Berlin au début des années 90. Les faillites successives de nos économies et leur basculement dans les Programmes d’ajustements structurels du FMI et de la Banque Mondiale sont trop récentes pour être oubliées.
Les conférences nationales souveraines érigées sur les décombres de ces dictatures ont accouché de dirigeants élus. Même si ces derniers, de Pascal Lissouba dans le temps à Alpha Condé aujourd’hui, n’ont ni fait avancer la cause de la démocratie encore moins celle du développement, nous devons en convenir, l’Afrique des années 2000 à nos jours s’inscrit dans un processus démocratique évolutif, à petits pas, perfectible à souhait et orienté vers le progrès. Le protocole de la bonne gouvernance de la CEDEAO qui interdit toute prise de pouvoir par la force est né de cette Afrique de la décennie 90 féconde en idées progressistes. Certes, ce fameux protocole n’a rien pu faire contre les tripatouillages constitutionnels et les troisièmes mandats. Cependant, il arrive jusque-là à contenir la fougue des officiers qui souvent, sous prétexte de manque de pain dans les casernes ou d’équipements insuffisants, abandonnent le terrain aux terroristes pour capturer l’appareil de l’Etat, un butin juteux s’il en est. Face à de tels appétits qui se manifestant de Kati à Kaya, opposons nos convictions démocratiques, nos soifs de liberté et le refus de la dictature. Comme les russes debout sur les chars sous la conduite de Boris Yelstine, il faudrait que les africains et les leaders démocrates osent faire face à ce feu de brousse venu de Bamako et qui maintenant embrase Ouagadougou.

La démocratie française ne s’est pas construite en un jour mais au prix d’une révolution, de la guillotine d’un Roi, des guerres meurtrières de l’empire, de la restauration et de cinq républiques. Depuis deux siècles, l’attirail démocratique français se perfectionne de jour en jour s’enrichissant des événements et des blocages nés des jeux entre les trois pouvoirs. Au Burkina Faso, renvoyer un gouvernement élu pour cause de manque de munitions relève d’une sorte de suicide auquel les forces vives de la nation ne doivent pas céder.

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