Guinée/A la genèse de la microfinance rurale : focus sur le Crédit rural de Guinée (première partie)

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Le secteur de la microfinance en Guinée est très concentré avec 25 institutions de microfinance (IMF) dont 22 en activité et des disparités importantes en termes de ciblage de marché. D’après les prévisions de la Banque mondiale, la concurrence devrait s’accroître dans les prochaines années avec l’entrée en service de nouveaux acteurs. Quatre IMF dominent outrageusement le secteur de la microfinance en Guinée (CRG, Yete mali, Finadev et Cofina). Elles représentaient à elles seules en 2016,  96 % de l’encours d’épargne et 87 % (84 % en 2017) de l’encours de crédit. Les parts de marché du Crédit rural de Guinée (CRG) qui domine le podium représentaient au cours de la même année entre 85 et 90 % avec 39 % des dépôts et 37 % des crédits. La progression et l’arrivée de nouvelles sociétés anonymes de microfinance est entrain de grappiller des parts de marché à l’institution et aux trois autres IMF du quator qui dominent le secteur, et redistribue lentement mais progressivement les cartes sur le marché de la microfinance en Guinée. Cette tendance croissante devrait, selon la Banque mondiale, s’accentuer encore dans les années à venir avec l’entrée en service de nouvelles IMF disposant de capitaux, d’expertise technique et ciblant aussi le marché de la petite entreprise en milieu urbain.

À fin 2016, la Banque centrale de Guinée (BCRG) recensait 24 IMF agréées dont 18 avaient transmis leurs états financiers à cette date, pour un encours de crédit de 244,6 milliards de GNF (+30 pourcent par rapport à 2015), des dépôts de 281,1 Mds GNF (+28 pourcent par rapport à 2015) et 531 036 clients/membres (+13 pourcent par rapport à 2015).

Le CRG, en tant que pionnier de la microfinance en Guinée, a entamé ses premiers pas en 1989 avec seulement deux caisses sur le modèle de la Grameen Bank, du Bengladesh, passant ainsi une décennie après, du projet à l’institution. Elle a connu une construction sociale progressive, ce qui lui a permis de capitaliser une longue expérience et d’adapter ses interventions en fonction du contexte et du milieu. Lui permettant ainsi de subsister à plusieurs chocs et à un environnement socio-politique et économique en permanente évolution. Pour comprendre le secret de cette IMF pionnière, aux fondamentaux solides qui a jeté les bases de la microfinance guinéenne et pour percer le secret de sa croissance ( 20 % annuelle, avant la survenue de l’épidémie d’Ébola 2013-14), il faut remonter le temps jusqu’au début de la deuxième République.

Les débuts balbutiants de la microfinance rurale en Guinée

La Guinée se trouve dans une situation économique et financière désastreuse à la mort Sékou Touré (1984). Les infrastructures (routes, communication, etc.) sont pratiquement détruites et les institutions (services de l’État, Justice) ne fonctionnent presque plus. Tout le secteur bancaire guinéen est en faillite, il existe un écart important entre valeur officielle de la monnaie et cours réel. Les quelques banques privées qui apparaissent à la fin des années 80 restent cantonnées à Conakry et dans deux ou trois villes de l’intérieur.  C’est dans ce contexte que le ministère du Développement rural commandite en 1987 une étude sur « le crédit agricole et le financement de l’agriculture ». Cette étude, réalisée par l’IRAM, recommande, suite à une analyse détaillée de l’environnement socioéconomique et des besoins exprimés par les populations, la mise en place d’un projet d’appui aux composants crédits des projets de développement rural et l’expérimentation d’une approche alternative. Dans cette logique est mis en place, dès 1989, sous forme expérimentale à Koundara et à Télimélé (Basse Guinée), une approche de crédit inspirée de la Grameen Bank pour répondre, d’une part, aux besoins des populations et, d’autre part, à la question de la garantie et de la viabilité. Ce projet de développement avait pour but d’octroyer des crédits aux populations économiquement défavorisées, de les amener à rembourser avec des taux d’intérêt supportables et de garantir la pérennité du système.  Suite aux résultats encourageants enregistrés, le CRG va procéder à une extension géographique et technique progressive. Avec, fin 2001, plus de 110.000 associés repartis au sein de 85 caisses locales de crédit, le CRG est devenu en novembre 2001 une institution spécialisée en microfinance ayant pour principe de base une participation effective de tous les acteurs.

Extension et diversification : les principales phases de développement du CRG

Le Crédit rural de Guinée propose depuis une dizaine d’années des services financiers de proximité aux populations rurales et urbaines guinéennes les plus défavorisées et les plus éloignées des structures bancaires classiques. Pendant cette décennie, il a traversé, selon l’évolution de ses objectifs, quatre phases principales.

La première phase va de 1988 à 1990 : elle avait pour but d’expérimenter et de formuler une méthodologie de distribution et de recouvrement des crédits adaptés à la situation des populations. Pour éviter que les couches les plus favorisées de la société ne s’emparent de la jeune structure de crédit, certaines catégories sociales sont exclues (fonctionnaires, gros commerçants) et les crédits sont plafonnés. Des groupes solidaires de cinq à dix personnes vont constituer les principes de base du CRG et les garants de la viabilité du système. Pendant cette phase expérimentale, le CRG compte neuf caisses réparties en Moyenne, Basse et Haute Guinée.

Suite aux résultats concluants de la phase expérimentale, la seconde phase (1991-1993) procédera en trois ans à l’extension des acquis de la première phase dans 25 nouvelles caisses et dans toutes les régions du pays. C’est la phase de la redéfinition des objectifs et du développement du crédit agricole et rural solidaire selon les besoins exprimés par les populations. Pendant cette seconde phase, la réflexion sur l’institutionnalisation du CRG sera entamée dès 1993. Le CRG va procéder dès 1990 à la mise en place des premiers comités de surveillance, instances élues par les chefs de groupe au niveau des districts administratifs. Ces comités ont pour rôle de pallier le manque de connaissances des associés autochtones par des agents « étrangers » (d’autres régions). Ainsi, les élus ont pour fonction d’une part, de participer à la sélection des associés et d’autre part, d’aider les agents dans la réclamation des fonds auprès des retardataires.

La troisième phase (1994–1998) est celle de la consolidation des objectifs à travers une réflexion sur l’équilibre financier du système, un développement « concerté » avec le Crédit Mutuel de Guinée (CMG3) et la réflexion sur son insertion dans la loi bancaire. Pour des questions liées à l’environnement socio-économique, culturel et politique, mais aussi par l’accumulation de difficultés en interne, le réseau se développe de façon importante mais les premières difficultés apparaissent au niveau des retards (groupes fictifs, ingérence des politiques, etc.,) et du détournement de certains agents notamment, selon le Comité d’échanges, de réflexions et d’informations sur les systèmes d’épargnes crédit (CERISE).

La période allant d’octobre 1998 à 2001 correspond à la quatrième phase. Elle a pour principal objectif d’amener le CRG à la viabilité financière tout en finalisant, après le refus par les partenaires du schéma élaboré en troisième phase (Fondation), un nouveau statut juridique. Cette phase transitoire a pour but d’accéder à une autonomie de gestion accompagnant l’institutionnalisation du réseau. Le CRG devient en novembre 2001 une institution financière sous forme de société anonyme agréée par la Banque centrale.

Le passage successif du CRG du système « Grameen Bank » au mutualisme puis à la « gestion en commun » caractérise l’ADN évolutive du CRG qui arrive toujours à s’adapter et à se réinventer.

À suivre : CRG, restructuration et mutation

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