Le diamant est éternel

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Par Ghislain Muntu*

Senior Business Développeur pour PRACONIL, conglomérat d’entreprises diversifiées dans de nombreux secteurs de l’agriculture et de l’industrie. Ghislain Muntu initie en Afrique des relations commerciales suivies avec les institutions gouvernementales et privées.


Lorsque j’ai été sollicité par Financial Afrik pour écrire cet article sur le diamant, j’ai eu quelques hésitations à le faire dans la mesure où il n’est pas motivant de développer un sujet dont l’objet principal, à savoir le diamant, est en déclin. Il est d’autant plus difficile pour moi de m’y atteler, alors que je suis originaire de Mbuji- Mayi (RDC) – considérée comme la capitale mondiale du diamant industriel – et témoin de l’impact socio-économique positif que le diamant a eu sur les populations du Grand Kasaï (Kasaï oriental et Kasaï occidental). Procéder à un tel exercice est comparable à quelqu’un qui fait les éloges d’un ami défunt, évoquant les bons souvenirs le jour de ses funérailles, après que le cancer ait ruiné sa santé pendant de longues années.

Pourquoi ce titre le diamant est éternel?

«Le diamant est éternel» fait souvent référence à la campagne de marketing lancée par De Beers avec son fameux slogan «a diamond is forever» (un diamant est éternel). Ce slogan, reprit par Ian Fleming en 1956 dans son roman de James Bond «Diamonds Are Forever», est vu par les spécialistes comme l’un des plus célèbres de l’histoire du marketing car il a été nommé meilleur slogan publicitaire du 20e siècle par le magazine Advertising Age. Ce slogan purement commercial de De Beers visait la relation «diamant-consommateur», s’inscrivant ainsi dans la logique d’économie industrielle. Contrairement à De Beers, j’aborde plutôt ce slogan dans une perspective de «diamant-fonction», c’est-à-dire de celui qui voit le diamant comme vecteur de développement socio-économique des communautés, et ce dans une logique d'”économie de l’immatériel”. Le diamant vu sous cet angle, devient une garantie de valeur, une constante dont l’actif sous-jacent ne change pas avec des activités socio-économiques ou des catastrophes mondiales, au même titre que l’or, le platine et autres métaux précieux . D’où la justification de l’acception du terme «le diamant est éternel».

Pour le besoin de cet article, je ne parlerais que des diamants de joaillerie au détriment des diamants industriels car ces derniers ne satisfont pas aux exigences des normes relatives aux diamants de qualité gemme. Ils ne représentent que 40% du marché et leur valeur est de 0,50 $ à 5 $ US le carat alors que celle d’un diamant brut de qualité gemme se situe autour de 230 $ US. Comme plan de mon exposé, j’aborderai en première partie, l’histoire du diamant qui nous permet de comprendre que le diamant à travers les époques et les âges n’a pas toujours joué le même rôle. Une telle compréhension historique nous renseigne sur la nécessité d’appréhender la renaissance du marché diamantifère à l’aube des changements économiques que nous connaissons actuellement, et ce dans une vision positive.La deuxième partie qui s’intitule la renaissance du marché diamantifère brossera l’état actuel du marché de diamant, dans le but d’analyser la situation économique mondiale et de donner enfin quelques perspectives et orientations sur le diamant, non pas comme un « produit commercial » mais plutôt comme « produit fonction » capable de venir au secours des pays miniers. Évolution de la valeur du diamant de l’antiquité au 20ème siècle.

Depuis sa découverte en Inde il y a 4000 ans, la valeur du diamant à travers le siècle n’a jamais eu la même valeur ou la même fonction. Tout au long de l’histoire, ces pierres ont suscité l’admiration des élites et des têtes couronnées qui les ont portées pour incarner le pouvoir, le courage et l’invincibilité. Au fil des siècles, le diamant est devenu symbole d’amour, tant dans le mythe que dans la réalité. L’histoire des diamants commence en Inde, les diamants servaient alors à orner des objets religieux. On leur attribuait des pouvoirs protecteurs contre les esprits du mal et les guerriers les emportaient sur le champ de bataille où ils étaient censés porter bonheur. Les bouddhistes leur accordaient également une forte valeur symbolique dans leurs textes sacrés. Pour les Grecs de l’antiquité, les diamants étaient les larmes des dieux ou des éclats d’étoiles tombés sur terre. Le mot diamant provient d’ailleurs du grec «adamas» qui signifie invincible, indestructible. Ce terme fut ensuite traduit par «diamas».

En renversant les dieux et le symbolisme de l’antiquité classique, le développement du christianisme entraîna l’effondrement de la valeur spirituelle et ésotérique du diamant. Comme carrefour des échanges maritimes avec l’Inde, Venise devint le passage obligé des diamants vers l’Europe et par conséquent la première capitale du commerce des diamants. Elle est la première à développer le polissage des facettes des diamants, l’art du polissage du diamant arriva à Bruges (baptisée Venise du nord) et Paris (XIVème), puis ce fut au tour d’Anvers (XVème) de devenir la capitale de l’industrie diamantaire. C’est à cette époque que de nombreux diamants vinrent sertir les bijoux des rois d’Europe. Les têtes couronnées font rapidement du diamant le signe extérieur d’un pouvoir qu’ils rêvent tout aussi intemporel. La puissance des empereurs et des rois se mesure à la taille des joyaux qu’ils arborent. Les gisements indiens s’épuisant, la découverte et exploration de l’Amérique ouvre de nouveaux horizons, ce qui entraîne la découverte de gisements au Brésil à partir de 1725. Cette découverte provoquant une véritable « ruée vers le diamant », Ces diamants brésiliens font chuter le prix du joyau donc le diamant sort des cercles aristocratiques et s’embourgeoise si bien que le prix des pierres taillées, soutenu par une demande accrue de la bourgeoisie d’affaires, tripla de 1830 à 1869. Bref, le diamant devient une façon d’exhiber ses richesses dans la haute bourgeoisie, et même dans la bourgeoisie moyenne. L’irruption de l’Afrique du Sud dans le marché mondial du diamant provoque un bouleversement. Dès lors, l’histoire du diamant moderne va alors rencontrer l’histoire de la colonisation, en la personne d’un grand acteur des conquêtes coloniales britanniques en Afrique australe : Cecil Rhodes qui crée la De Beers en 1880, avant que celle-ci soit conquise par Ernest Oppenheimer dont les héritiers contrôlaient encore la société il y a peu de temps. Le Diamant devient alors un symbole de l’entreprise coloniale britannique : si la De Beers est originellement sud-Africaine, la distribution des diamants se fait par un organisme basé à Londres, la DTC (Diamond Trading company) par lequel la De Beers a pu gérer et contrôler les prix des diamants. De Beers domine le marché du diamant en implantant un système d’approvisionnement verticale dont la production se fait dans les mines en Afrique du Sud et certains pays africains, le négoce à Londres et la principale zone de diamantaires à Anvers et la demande entretenue dans les pays occidentaux surtout pendant la période des ‘’trente glorieuses’’ Bien que l’empire De Beers» ait pu dominer le monde du diamant pendant des décennies malgré un système de plus en plus complexe, les faits suivants ont contribué au ternissement de l’image du diamant et à sa dévaluation et conséquemment à son déclin :

•L’exploitation d’autres gisements, en Australie et en Russie;

•La multiplication des centres diamantaires (New-York, Le Gujarât, Tel-Aviv) et l’arrivée de nouvelles générations d’entrepreneurs du diamant;

•L’exploitation des diamants d’Afrique centrale et des guerres civiles qui s’y multiplièrent ternirent l’éclat du diamant. La richesse qu’il représentait servit à financer les achats d’armes des «chefs de bandes» (Angola, Congo, Sierra Leone…);

•L’avènement et la substitution du diamant synthétique au diamant naturel. Au travers des époques, le diamant a eu différentes fonctions et différentes considérations.

Pour certains, le diamant est synonyme de force de courage et de protection, alors que pour d’autres le diamant est emblème de pouvoir, signe de richesse et de puissance ou simplement une parure de luxe. Dans cette ère de grands changements où nous passons de l’époque industrielle à l’époque de l’économie de l’immatériel, quel sera l’avenir du diamant?

La renaissance du marché diamantifère dans une économie de l’immatériel.

Qu’est-ce que « l’économie de l’immatériel » ?

Ce terme est utilisé par les experts pour désigner généralement une économie basée sur le numérique et le savoir. Cette façon de la définir s’avère simpliste car sa notion englobe seulement les éléments de l’économie virtuelle caractérisés par les échanges d’informations sur Internet. Ceci équivaut à dire que cette économie se limite aux activités des GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft).

À mon sens la définition de l’économie de l’immatériel a une portée plus longue, elle peut être aussi être considérée comme une réponse à la crise des limites d’une économie trop financiarisée dans une course effrénée aux profits à court terme, une économie génératrice de la croissance durable basée sur le savoir et la créativité, une prise de conscience collective qui valorise particulièrement les biens signifiants destinés à une consommation essentielle, supportée par un écosystème du capitalisme consciencieux « Conscious Capitalism », créant de nouvelles incitations et de nouveaux besoins pour l’humanité. Une fois cette notion de l’économie de l’immatériel circonscrite, comment le business de diamant s’insère-t-il dans cette économie de l’immatériel?

L’économie a changé. En quelques années,une nouvelle composante s’est imposée comme un moteur déterminant de la croissance des économies : l’immatériel. Durant les Trente Glorieuses, le succès économique reposait essentiellement sur la richesse en matières premières, sur les industries manufacturières et sur le volume de capital matériel dont disposait chaque nation. Cette période est révolue! Le diamant comme produit, ne peut échapper à cette révolution donc il ne peut plus avoir la même fonction qu’il a eue dans le système de l’économie industrielle. Ce changement économique implique aussi le changement de sa fonction dans une économie de l’immatériel. La perpétuation de la crise dans le monde diamantifère doit être attribuable au manque de vision de ses acteurs, qui sont incapables de donner au diamant une nouvelle fonction applicable dans une économie immatérielle, c’est-à-dire un bien signifiant, destiné à une consommation essentielle, créateur de nouveaux besoins pour l’humanité dans un cadre du capitalisme consciencieux. Alors comment peut-on profiter réellement de cette crise pour établir la fonction du diamant dans un monde en pleine mutation vers l’économie de l’immatériel et surtout dans une économie post COVID 19? Les éléments suivants sans être exhaustifs méritent d’être examinés :

Le diamant synthétique : séparation ou scission

Contrairement à certains courants de pensées dans le monde diamantifère qui soutiennent que la venue du diamant synthétique serait pas un frein au marché du diamant naturel. Au contrairement, je vois en cet avènement, une occasion de faire la scission pour qu’une fois pour toute le diamant naturel sorte du marché de la bijouterie pour assurer une autre fonction dans l’économie de l’immatériel. L’incertitude économique : monnaie refuge ou instrument financier En cette année 2020, le prix de l’or a approché les 1600 $ l’once ces derniers jours, son plus haut niveau depuis plusieurs mois, alors que le palladium s’est négocié à 2019,73 $ l’once, record jamais atteint auparavant. Cette hausse des prix des métaux précieux, y compris ceux du platine et de l’argent, fait suite à l’incertitude économique pré et post COVID-19. La rareté de ces métaux conjuguée à la hausse des prix est une occasion rêvée pour introduire le diamant naturel dans la cour des instruments financiers au même titre que les autres métaux précieux ci-haut cités. La Crise du marché des diamants dans les pays producteurs. Cette crise est une occasion de pour sans doute inespérée qui devrait réveiller les pays producteurs sur l’urgence de former un cartel diamantifère dans le but commun de d’améliorer le sort économique de leurs pays respectifs dont le diamant est élément essentiel.

Le Blockchain

« Dans un monde de liens fugaces et de luxe jetable, les diamants doivent symboliser une valeur durable, ancrée dans la confiance », « La confiance dans le fait qu’un diamant ait une origine responsable, la confiance dans sa valeur et la confiance dans le fait qu’il soit naturel. Mais les attentes se sont renforcées en termes de confiance. Notre avenir en tant qu’industrie dépend de notre capacité à comprendre ce virage, à l’accepter et à répondre aux défis qu’il présente. » Bruce Cleaver, PDG de De Beers. La technologie Blockchain peut être un outil de premier plan pour assurer la traçabilité du diamant et instaurer la confiance. Dorénavant avec le Blockchain utilisé dans l’industrie du diamant dans le cadre d’une économie de l’immatériel, le diamant passera de l’exigence du 4C à celle du 6C : Carat, Cut, Clarity, Color, Certification, Confidence. De plus avec cette même technologie, les diamants naturels sont susceptibles de servir de garantir la crypto-monnaie dans le but de concurrencer les crypto monnaies existantes sous forme virtuelle. En conclusion le monde diamantifère pour sa survie dans l’économie de l’immatériel doit unir les pays producteurs sous une cause commune, se distinguer du diamant synthétique en s’orientant vers la fonction financière tout en s’appuyant sur les nouvelles technologies afin d’assurer la transparence et la traçabilité de ses produits.

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