Leila Richard Touma, Grey Search Africa: “le télémanagement entraîne une remise en cause du modèle managérial traditionnel”

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Leila Richard: "nous assistons à ce que l’on appelle désormais une véritable "révolution RH"

Entretien avec Leila Richard Touma, fondatrice du cabinet de recrutement et chasseur de têtes Grey Search Africa. Depuis Abidjan, ils sont à la recherche des talents-clés, des talents rares et des talents latents pour accompagner les entreprises partenaires partout en Afrique-subsaharienne et au Maghreb.

Quelles incidences a eu la crise de la Covid-19 sur le marché de l’emploi ?

En Afrique, alors qu’elles sont au cœur même du tissu économique, les petites et moyennes entreprises ont souffert d’une baisse de trésorerie et de moyens, elles sont donc contraintes de geler les embauches ou de remercier leurs collaborateurs, à court ou long terme. Aussi, durant la période dite de confinement, les pays africains ont été confrontés à de nombreuses problématiques : chômage technique, rupture de contrats notamment des travailleurs journaliers, en CDD, en stage, etc.

En quoi cette situation inédite a bouleversé les habitudes de travail ?

Rapidement, les sociétés ont dû opter pour une approche méthodique afin de subsister lors de cette période particulièrement critique. La mise en place du télétravail a été un véritable bouleversement : il a fallu faire preuve d’adaptabilité, se focaliser sur l’essentiel, hiérarchiser ses priorités, fixer des objectifs clairs et réalisables, planifier des réunions virtuelles, organiser des comptes rendus quotidiens, etc. en somme, être agile !

Justement, la crise a-t-elle redéfinit les méthodes de management ?

Les relations entre employeurs et collaborateurs ? Inexorablement ! Nous assistons à ce que l’on appelle désormais une véritable «révolution RH » : une remise en question du modèle managérial traditionnel s’impose avec la mise en place du télétravail et donc du «télémanagement». Les managers font face à deux enjeux majeurs : réussir à atteindre des objectifs tout en s’assurant du bien-être de leurs collaborateurs, quitte à s’écarter du cadre strictement professionnel. Ils ne peuvent se cantonner à l’affectation de missions ou au reporting à distance, plus que jamais, ils doivent prendre en compte l’affect, faire preuve de disponibilité, de sollicitude et d’empathie.

Finalement, cette crise bouleversante aurait-elle des avantages ?

Paradoxalement, alors que nous nous sentons isolés, nous nous rapprochons : les objectifs individuels cèdent ainsi la place à des objectifs collectifs. C’est donc un moment propice pour développer l’esprit d’équipe et la solidarité, générer un sentiment d’inclusion et renforcer la culture de l’entreprise. Aussi, cette situation contribue à développer les formations et l’innovation. En Afrique, plus spécifiquement, les jeunes talents ont su saisir cette opportunité : nous assistons à une prolifération d’organisation de conférences en ligne, de webinaires et d’e-learnings. Beaucoup de collaborateurs ont profité de cet essoufflement de l’activité pour identifier leurs lacunes et y palier en se formant, en se réinventant !

Quels conseils donneriez-vous aux managers pour renverser la tendance et faire de cet ébranlement une opportunité ?

· Utiliser les nouvelles technologies pour développer des relations de proximité car elles offrent des possibilités infinies pour une collaboration optimale ;

· Repenser sa stratégie de management et de feedbacks ;

· Déployer des méthodologies d’exploitation plus agiles ;

· Former et développer les compétences techniques notamment digitales ;

· Recruter des rôles clés, identifier voire récompenser les talents en poste.

Et cette sortie de crise, comment l’imaginez-vous ?

Je pense que l’essentiel est de se déconnecter du superflu et de se recentrer sur l’essentiel. Face à cette «infobésité» ambiante, ce surplus d’informations au sujet de la Coronavirus, de l’ère post-Covid, etc. il est difficile de faire la part des choses. Cependant, il est certain que la pandémie transformera probablement les entreprises africaines et notre société de plusieurs façons, c’est ce que beaucoup appellent «le monde d’après». La crise a souligné le besoin de flux continu de connaissances et d’idées innovantes, d’agilité, de flexibilité et de réactivité : il faut désormais concevoir des systèmes résilients pour se développer dans un environnement imprévisible.

Dans ce contexte, de quelle manière votre cabinet de recrutement, Grey Search Africa, s’investit-il au profit des candidats et entreprises pour l’avenir ?

Les industries et sociétés de service vont certainement souffrir de cette situation, principalement dans les zones urbaines en Afrique qui représentent une part importante de la croissance économique. Nous sommes donc là pour soutenir nos entreprises partenaires en quête de qualités techniques, de productivité, d’innovation ou de leadership afin d’atteindre leurs objectifs stratégiques. De plus, nous coachons les talents qui souhaitent évaluer leurs compétences ou donner un nouvel élan à leur carrière.

Quel est le positionnement de votre cabinet, Grey Search Africa ?

Nous accompagnons les entreprises à la recherche de talents, de matière grise, partout en Afrique, comme notre nom l’indique ! Avec discrétion, nous utilisons des méthodes éprouvées pour répondre aux besoins spécifiques de nos clients que nous considérons comme des partenaires. Il ne s’agit pas pour nous de simplement dénicher un collaborateur compétent, nous sommes à l’affût de talents capables d’apporter une réelle valeur ajoutée aux structures dans lesquelles ils sont embauchés.

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