Sénégal : Ousmane Sonko face à l’affaire des 94 milliards FCFA (factuel)

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Très attendu lors de sa conférence de presse du 28 août 2019, Ousmane Sonko n’a finalement pas apporté des réponses aux graves accusations portées contre lui par l’avocat El Hadji Diouf. L’opposant au président Macky Sall a plutôt allumé un contre feu en évoquant un contrat «scandaleux» selon ses propres termes, sur le fer de la Fallémé. 


Par contre, rien sur l’affaire des 94 milliards de Franc CFA qui avait fait déplacer beaucoup de journalistes. 
Abordant la question de biais en réponse aux sollicitations d’un confrère, Ousmane Sonko dit en réserver la primeur aux juges. Le suspens est entier.

Pour rappel, en marge d’une conférence de presse tenue à Dakar dans l’après-midi du 26 août 2019, l’avocat Me El Hadji Diouf avait mis le politicien Ousmane Sonko au défi d’apporter la moindre preuve du détournement de 94 milliards de Franc CFA qu’il impute à l’ancien directeur des domaines, Mamour Diallo. «qu’il apporte donc ses preuves!» a hurlé l’avocat à plusieurs reprises , estimant documents à l’appui que le leader du Pastef, arrivé troisième lors des dernières présidentielles sénégalaises, est en fait une partie prenante de cette affaire à travers une structure dénommée Atlas créée avec l’un de ses partenaires.


Et le redoutable avocat de brandir une série de documents à la presse montrant un protocole signé le 6 août 2018, à 6 mois de la campagne présidentielle, entre ladite société Atlas et les familles concernées dans cette vieille affaire qui dure depuis 30 ans et porte sur l’indemnisation suite à une expropriation du terrain immatriculé Tf 1451/R).

Détail important relevé par l’avocat, le cabinet Atlas (Afrique tax and law advisor services) devait percevoir 12% des montants recouvrés, soit environ 12 milliards de commissions sur la base des 94 milliards. Autrement dit, le politicien qui a mené campagne en brandissant cette supposée affaire de détournement devant l’opinion publique était aussi intéressée en tant que partie prenante dans le secret du privé.

L’affaire sera ensuite refilée à une autre société, Mercalex, appartenant à Ismaila Bâ, partenaire de Ousmane Sonko dans Atlas. Tentative de camouflage comme le suppose l’avoca?


Toujours est-il que les mises en demeure de paiement adressées en septembre 2018 aux structures impliquées dans cette affaire pour le paiement des sommes réclamées s’avéreront infructueuses. De plus, les promoteurs de Mercalex trouvent en face d’eux un concurrent inattendu en la société Sofico dirigée par un certain Tahirou Sarr. C’est cette structure qui obtiendra gain de cause contre Atlas et signera avec l’Etat pour le recouvrement des montants dûs.

Seulement, le dossier prend une autre tournure. Des révélations sur cette affaire de commissions tombent en décembre 2018 et en janvier 2019 sous la plume du journaliste Madiambal Diagne relayé par la presse sénégalaise. Cueilli à froid par l’ampleur des faits dont un enregistrement sonore, le leader du Pastef promet une réponse. Mais plutôt Bassirou Diomaye Faye, responsable des cadres du Pastef, qui montera au créneau le 19 janvier 2019, révélant que sur l’acte d’acquiescement signé le 22 août relatif au fameux titre foncier, c’est «l’exproprié Tahirou Sarr qui a signé sous le nom de Seydou Sarr »alors qu’il n’a jamais été propriétaire».

En effet, le nommé Tahirou Sarr ou Seydou Sarr avait racheté la créance auprès des héritiers, prenant sur lui le risque lié à l’incertitude du règlement de l’indemnité par l’Etat. L’audit d’acquiescement a été signé contre la sommes de 49, 950 milliards de francs par le directeur des domaines, Mamour Diallo, Meïssa Ndiaye, chef du bureau des domaines de Ngor Almadies et Seydou Sarr. Sofico a donc raflé la mise devant Mercalex. L’enjeu financier est clair.


Revenant sur l’affaire, Ousmane Sonko qui parle désormais de 46 milliards de FCFA et non plus de 94 milliards FCFA, annonce à l’opinion publique avoir saisi le procureur. «Un leurre» selon l’avocat qui estime que Pastef a tout juste adressé une demande d’explication au procureur.


De leur côté, les députés mettront en place une commission d’enquête parlementaire le 19 avril dernier, à la convocation de laquelle Ousmane Sonko, alors en pleine campagne, refusera de déférer. Cette commission d’enquête constituée dans son écrasante majorité (à l’image du parlement sénégalais ) de députés de la majorité vient de rendre son rapport blanchissant Mamour Diallo.
Le document qui n’a pas encore été adopté en plénière (ce qui est prévu dans les prochains jours) a été divulgué, ce qui en en soi est une infraction dénoncée d’ailleurs par Ousmane Sonko. «Pourquoi s’en offusque -t-il? Ne voulait -il pas la manifestation de la vérité ?», raille Me El Hadji Diouf, qui est aussi l’avocat de l’homme d’affaires roumain Frank Timis mêlé dans le scandale pétrolier révélé il y a quelques mois par la BBC.

En clair, le dossier des 94 milliards de Franc CFA file droit vers la table du procureur qui entrera en jeu une fois le travail parlementaire bouclé. «Mon client portera plainte pour dénonciation calomnieuse », promet Me Diouf qui appelle l’Etat à se constituer partie civile pour le délit de diffusion de fausses informations de nature à porter trouble à l’ordre public.
Loin de rester les bras croisés, Ousmane Sonko, avait de son côté, déposé deux plaintes, le 23 août 2019, via ses avocats contre les députés membres de la Commission parlementaire et contre Mamour Diallo. La plainte contre le parlement est motivée pour violation de l’article 48 du règlement intérieur de l’institution. Coup d’épée dans l’eau ou surenchère médiatico-politique ? En tout cas, la justice sénégalaise, ultime recours, est appelée à trancher pour la manifestation de la vérité.

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