Le miracle ivoirien se poursuivra-t-il au-delà de 2020 ?

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Les présidents Alassane Ouattara et Henri Konan Bedié inaugurant le 3eme pont de la ville d`Abidjan ralliant la Riviera à Marcory. C'était en décembre 2014. Depuis, beaucoup d'eau a coulé sous le pont.

Par François Lamontagne.

Dévastée en 2010, la Côte d’Ivoire est aujourd’hui un pays politiquement stable et l’un des moteurs économiques de l’Afrique de l’Ouest. Alors que les efforts doivent se poursuivre afin de réduire les inégalités, les Ivoiriens se demandent si leur président restera aux affaires.

Le président ivoirien briguera-t-il un troisième mandat ? La question hante tous les esprits dans le pays ouest-africain, à commencer par celui du principal intéressé. Alassane Ouattara, qui en a discuté avec ses conseillers juridiques, annonce en effet qu’il se décidera en 2020. « Je crois que je peux prendre ma décision conformément à la Constitution fin juillet 2020, pour être plus précis. Puisque les élections auront lieu le 28 octobre 2020. Normalement, le dépôt de candidatures c’est 90 jours avant, ce qui nous amène au 28 juillet. Vous voyez que j’ai bien calculé tout ce qu’il faut » !

Mais si la question d’une éventuelle candidature de l’actuel chef de l’État en 2020 se pose, c’est justement parce que celle du sérieux de son bilan à la tête du pays ne se pose pas. Au lendemain de la crise post-électorale de 2010-2011, déclenchée par le refus de Laurent Gbagbo de reconnaître la victoire d’Alassane Ouattara à la présidentielle, la Côte d’Ivoire était un pays dévasté. Au moins 3 000 personnes avaient été tuées et près d’un million avaient dû fuir les violences, parfois vers les pays voisins (Libéria, Ghana, Guinée, Togo, Mali, Burkina Faso, voire Nigéria, Niger et Bénin). Le conflit avait plongé le pays dans une crise profonde sur les plans politique, économique et humanitaire.

Aujourd’hui, si toutes les plaies ne sont pas encore refermées, la situation s’est considérablement améliorée. Et le nom du principal artisan du «miracle» ivoirien ne fait aucun doute. «Une chose est certaine, j’ai un bilan qui est inattaquable. Une croissance moyenne par an de 8 %, parmi les quatre pays du monde avec le plus fort taux de croissance ; un taux d’inflation de 1 % à 2 % quasiment inégalé, pas seulement en Afrique, mais aussi en Europe ; un déficit budgétaire autour de 3 % à 4 % ; une dette publique de moins de 40 % du PIB […]. Nous sommes à 82 % aujourd’hui de fourniture d’eau, de fourniture d’électricité, etc. C’est dans tous les secteurs qu’il y a eu des progrès ces sept dernières années», se félicite le chef de l’Etat ivoirien.

Renforcer la démocratie

Et il est loin d’être le seul défenseur de son bilan. Selon la Banque mondiale, la Côte d’Ivoire «connaît un succès économique remarquable depuis 2012 et exerce une influence considérable dans la sous-région». Les politiques budgétaires et monétaires prudentes, ainsi que «les réformes destinées à améliorer le climat des affaires et à promouvoir un usage efficace des partenariats public-privé» ont permis au pays de booster sa croissance tout en maintenant une inflation modérée.

La Côte d’Ivoire a également fait «de grand progrès vers une normalisation de la vie politique, comme en témoigne le climat apaisé de la campagne électorale et du scrutin d’octobre 2015 qui a vu la réélection du président Ouattara avec 83,66 % des suffrages exprimés », souligne la Diplomatie française.

Une nouvelle Constitution créant la Troisième République de la Côte d’Ivoire a été adoptée lors d’un référendum le 30 octobre 2016. Le nouveau texte vise notamment à renforcer les institutions et à élargir le spectre de la participation démocratique. Le Sénat et le poste de vice-président ont été créés et la chefferie traditionnelle (chambre des rois et des chefs coutumiers) a été institutionnalisée.

Réduire les inégalités

La politique d’Alassane Ouattara se révèle également ambitieuse en matière de transition énergétique. Selon la programmation énergétique du pays, les énergies renouvelables devront représenter 11 % de son mix énergétique d’ici 2020, puis 16 % à l’horizon 2030 (hors énergie hydraulique).

Les innovations se multiplient. Le pays verra naître la première centrale électrique flottante d’Afrique, la première centrale électrique au monde valorisant les déchets de cacao et plusieurs centrales à biomasse. Alors que la Côte d’Ivoire se propose d’être «le premier marché énergétique de l’Afrique subsaharienne à l’horizon 2030», le gouvernement du pays s’est engagé à doubler la capacité de production électrique d’ici 2020 (à plus de 4 500 MW) tout en atteignant 34 % d’énergies renouvelables dans sa production d’électricité.

Houphouëtiste, Alassane Ouattara défend une politique économique à la fois «libérale et sociale» qui transforme la vie quotidienne de millions d’Ivoiriens, même si des progrès restent à faire en matière de répartition des richesses. Mais, comme le conseille la Banque mondiale, le pays devra maintenir son économie sur une trajectoire de croissance forte afin de réduire significativement les inégalités. Quitte à faire de nouveau confiance, pour un troisième mandat, au principal artisan de son succès.

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