«Plus de 8 500 milliards de Franc CFA levés à la BRVM»

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Isidore Niamkey Tanoé, président de l’Association Professionnelle des SGI de l’UEMOA.

Dans cet entretien exclusif avec Financial Afrik, Isidore Niamkey Tanoé, président de l’Association Professionnelle des SGI de l’UEMOA, revient sur les grandes étapes de l’APSGI et donne quelques indicateurs clés d’un marché financier ouest -africain qui joue pleinement son rôle d’instrument de financement de l’économie.

En 20 ans, l’APSGI a joué un rôle essentiel dans l’animation du marché. Quel est l’état des lieux du secteur et quel bilan pouvez-vous faire au bout de ces deux décennies ?

Au démarrage du Marché Financier Régional en 1998, nous avions 13 Sociétés de Gestion et d’Intermédiation (SGI), aujourd’hui nous sommes 30 membres au sein de l’APSGI. Cette croissance est en rapport direct avec l’augmentation de la taille du Marché Financier Régional. En effet, un des principaux objectifs des Etats de l’UEMOA à la création du Marché Financier Régional était la diversification des sources de financements longs à travers la mobilisation de l’épargne intérieure. Cette diversification est aujourd’hui mise en œuvre car au terme de l’année 2018, plus de 8500 milliards de FCFA ont été levés, dont ¾  par les États à travers les émissions d’obligations et ¼  par les sociétés en titres de capital.

En outre, de 37, le nombre de sociétés cotées est passé à 46 en tenant compte de la dernière introduction, celle d’ORAGROUP qui sera bientôt à la cote. 

Les SGI jouent un rôle essentiel… Elles contribuent largement à l’essor du Marché Financier Régional et poursuivent leurs efforts afin de mettre en place les conditions d’un marché plus efficient et plus attractif dans les années à venir. »

Ainsi, le bilan de notre secteur après 20 ans d’activités est nettement positif car les SGI jouent en effet un rôle essentiel par la structuration et l’arrangement de ces levées de fonds et le placement de titres auprès des investisseurs. Elles contribuent largement à l’essor du Marché Financier Régional et poursuivent leurs efforts afin de mettre en place les conditions d’un marché plus efficient et plus attractif dans les années à venir.

Vous avez également mené des réflexions lors de la récente célébration des 20 ans de votre association autour des métiers des SGI. Quelles ont été les principales résolutions ?

Les ateliers d’échanges et de partage d’expérience entre les professionnels seniors et juniors organisés par l’APSGI le 14 décembre dernier à Abidjan s’inscrivent dans le cadre du renforcement des capacités des acteurs du marché. Ainsi 4 ateliers ont été organisés pour différents corps de métiers : les Négociateurs, le Back Office, le Contrôle Interne, et l’Analyse financière. D’autre part, l’aboutissement des formations organisées par notre Association depuis 2017 permettra la mise en place d’un programme de certification des acteurs du Marché Financier Régional en conformité avec les normes internationales. C’est notre objectif à l’horizon 2020.

En dehors des organisations, les populations s’intéressent-elles au marché boursier ? Que représente cette catégorie de clients dans vos portefeuilles ?  

Nos populations s’intéressent de plus en plus à la bourse, mais faute d’une bonneconnaissance du marché financier, leur participation reste faible. C’est pourquoi l’APSGI mène des actions d’éducation financière et boursière par l’organisation de salons et conférences ouverts au grand public.

L’aboutissement des formations organisées par notre Association depuis 2017 permettra la mise en place d’un programme de certification des acteurs du Marché Financier Régional en conformité avec les normes internationales. C’est notre objectif   à l’horizon 2020.

Nous communiquons également au travers de notre site web (www.apsgi.org) et des réseaux sociaux Facebook(https://web.facebook.com/apsgiuemoa/) , LinkedIn(https://www.linkedin.com/company/apsgi/) où nous veillons à vulgariser le jargon et le fonctionnement de la bourse. Par ailleurs l’APSGI a réalisé 2 vidéos disponibles sur Youtube(https://www.youtube.com/channel/UCwflErEAVH6GRz1bOvdgqww/videos) qui expliquent le Marché Financier Régional pour la première, et le fonctionnement de l’investissement en bourse pour la seconde. Nous avons aussi publié un annuaire officiel des SGI de l’UEMOA qui est disponible en PDF (http://www.apsgi.org/admin/upload/documentation/fr/annuaire-apsgi-2018.pdf) sur notre site web. En clair, l’APSGI est mobilisée afin de démocratiser l’investissement en bourse.

La BRVM a enregistré de bonnes performances depuis sa création, sauf ces 3 dernières années où l’on a noté un repli des indices. 2018 aura-t-elle été l’année de la reprise ?

De 1998 à 2015, l’indice BRVM Composite qui reflète l’évolution du cours des actions a triplé. De plus, si l’on intègre les dividendes reçus par les investisseurs sur la période, la rentabilité est très importante. 

En effet, un investisseur qui réinvestit les dividendes au fur et à mesure qu’ils sont perçus parvient à maximiser la valeur de son portefeuille.
Aujourd’hui, le marché est dans un cycle baissier. L’année 2018 aura-t-elle été l’année de la reprise à la BRVM ? On ne saurait le dire. On pourrait mentionner les facteurs les facteurs majeurs ayant contribué à la baisse des cours en 2018.  Primo, la baisse en 2018 a été générale sur les marchés émergents et africains, suite à la remontée des taux des obligations d’Etat américain.

Les Fonds d’investissement ont ainsi abandonné les marchés des actions en faveur des obligations d’état américain. Sur les 17 bourses africaines, 17 ont connu une baisse. Secundo, la modification du Code des assurances, notamment l’article 416. Cette disposition oblige les assureurs qui détiennent des actions à faire des provisions dans les écritures contre toute moins-value supérieure à 5%. La conséquence de cette réforme est que les investisseurs institutionnels que sont les assureurs se sont massivement retirés de la BRVM.

l’investissement en bourse est bénéfique lorsqu’il est planifié sur le long terme…

Tertio, la faible culture boursière des particuliers, qui ont tendance à acheter lorsque les cours grimpent et à vendre lorsqu’il y a une baisse. Contrairement à la règle d’or de l’investissement qui consiste à acheter bas et vendre haut. Ensemble, ces facteurs ont contribué à la baisse en 2018. Nous regardons pour voir si ces facteurs se sont améliorés positivement.    Nous pouvons simplement constater que les actions sont rendues très accessibles par des cours bas qui offriront des rendements élevés de 9%, 10%, voire 11% lors du versement des dividendes en 2019. 

Ce qu’il faut retenir c’est que l’investissement en bourse est bénéfique lorsqu’il est planifié sur le long terme. Il faut attendre la fin de ce cycle et lors de la reprise des cours, les investisseurs pourront réaliser d’importantes plus-values. En fait, la période actuelle est indiquée pour investir.

Pour vous SGI, y-a-t-il une logique économique qui explique l’évolution des indices à la BRVM quand on sait que le contexte est à la croissance dans les pays de la zone UEMOA depuis plusieurs années ?

Les marchés de capitaux fonctionnent normalement par anticipation des performances futures. C’est-à-dire que le prix que les investisseurs payent aujourd’hui pour acquérir des actions d’une société est lié à leurs attentes des performances de la société dans les périodes à venir, et non des performances passées. De plus les résultats de la société en question dépendent aussi partiellement de l’environnement macroéconomique dans lequel elle opère.

« L’évolution des cours boursiers se trouve aujourd’hui déconnectée de l’évolution de l’économie d’une part et de la bonne performance de la plupart des sociétés cotées d’autre part. »

En effet, à l’image de la forte croissance économique de la zone UEMOA depuis 2012, la plupart des sociétés cotées ont enregistré de très bons résultats, et les cours des actions ont progressé significativement jusqu’en 2015. Cependant il faut noter que les cours des titres cotés ont baissé ces 3 dernières années, et sur la période la croissance de l’économie a continué.  L’évolution des cours boursiers se trouve donc aujourd’hui déconnectée de l’évolution de l’économie d’une part et de la bonne performance de la plupart des sociétés cotées d’autre part. En d’autres termes, les cours sont baissiers, pendant que les fondamentaux restent solides. Il apparait donc que cette baisse est certainement due aux facteurs exogènes au marché, facteurs qui sont prépondérants.

Les petits porteurs, ceux disposant de juste de quelques dizaines de titres voir moins, estiment parfois que leurs plus-values sont absorbées par les frais de gestion des SGI. Qu’en est-il 

Je suis surpris par cette assertion. En réalité les commissions que perçoivent les SGI sont homologuées par le Conseil Régional de l’Epargne Publique et des Marchés  Financiers (CREPMF). Les tarifs applicables sont souvent plafonnés à des niveaux raisonnables. Les acteurs du marché travaillent en collaboration avec les Structures Centrales du marché (BRVM et DC/BR) et le CREPMF afin de réduire davantage les frais de transactions sur notre marché. En outre le nombre de SGI a sensiblement augmenté (30 SGI) et cela favorise la concurrence qui bénéficie aux investisseurs. Cette tendance devrait continuer. Enfin l’introduction de nouveaux dispositifs tels que la bourse en ligne, et de nouveaux instruments financiers, notamment les ETFs contribueront à réduire les coûts du marché.  

Selon vous que faut-il faire pour rendre la bourse plus accessible aux populations et leur permettre surtout d’en tirer profit?  

Plusieurs actions peuvent être entreprises, notamment l’éducation financière, la communication, la diversification des produits financiers disponibles. A ce niveau, des progrès ont été réalisés. La BRVM a rendu le fractionnement des actions cotées obligatoire pour toutes les sociétés cotées. En 2015, le tiers des sociétés cotées avait un cours  compris entre 40 000 FCFA et 170 000 FCFA. Ces cours ne permettaient pas à une grande frange des investisseurs potentiels de l’UEMOA de participer.

La bourse en ligne devrait aussi contribuer à faciliter l’accès au marché pour le plus grand nombre d’investisseurs potentiels. Toutefois l’éducation financière reste la première clé.
 

Par exemple, un titre au cours de 40 000 FCFA par action qui est fractionné par 10. C’est-à-dire 10 actions nouvelles pour 1 action ancienne aura un cours nouveau de 4 000 FCFA par action (soit 40 000/10). Ainsi, la valeur ne change pas, car l’investisseur qui détenait 1 action à 40 000 FCFA avant fractionnement, aura 10 actions à 4000 FCFA chacune qui valent 40 000 FCFA après le fractionnement. Le titre devient plus accessible. La bourse en ligne devrait aussi contribuer à faciliter l’accès au marché pour le plus grand nombre d’investisseurs potentiels. Toutefois l’éducation financière reste la première clé.

La BRVM avait annoncé début 2018, la mise en place de la bourse en ligne. Est-ce une piste de solution ?

La bourse en ligne permet à un investisseur ayant une connexion internet de placer son ordre directement à la bourse via le système informatique de la SGI. C’est une avancée sur le Marché Financier Régional qui offre un accès plus aisé et plus de flexibilité aux investisseurs.

Comment entrevoyez-vous le marché en 2019 ?

Selon les prévisions du FMI et de la Banque Mondiale, la croissance économique des pays de l’UEMOA devrait se poursuivre à un taux similaire à ceux des 6 dernières années. C’est-à-dire un taux qui se situerait entre 6% et 7%. Pour financer cette forte croissance, nos Etats ont souvent recours au marché financier où ils lèvent des fonds afin de compléter leurs ressources internes. Nous SGI sommes prêtes pour les accompagner.

S’agissant du marché des actions, il pourrait connaître une embellie en 2019 si nous considérons que les facteurs négatifs mentionnés plus haut ont atteint leur paroxysme en 2018 de sorte que leur impact est complètement intégré aux cours actuels du marché. En effet les fonds d’investissement sont sortis, les assureurs se sont retirés, les anciens investisseurs ont procédé à des prises de bénéfices, et cela depuis 2016, le résultat de la combinaison de ces facteurs est que les cours sont au niveau de ceux de 2013. Ainsi le PER du marché est à 11, ce qui est un niveau très bas, comparé à 24 en 2015. Le marché est donc très attractif actuellement et pourrait attirer d’autres catégories d’investisseurs…


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