Lequel fut le meilleur président ?

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Le pragmatisme ou le romantisme politique?


Depuis son indépendance, l’Afrique n’a eu que deux bons présidents: Houphouet Boigny de Côte d’Ivoire et Thomas Sankara du Burkina Faso. L’un incarnait la sagesse, l’autre la révolution. Le premier a construit des autoroutes, des ponts et des villes nouvelles en misant sur le potentiel exportateur de la culture de rente. Le second a ravivé la flamme de la liberté et redonné la fierté à des millions de personnes. Le premier a parlé de révolution mais n’a pas pu l’appliquer. Le deuxième n’en a pas parlé mais est parvenu à le faire.

Dans le groupe de Houphouet, l’on retrouve les pragmatiques, cyniques et stratèges parvenus à tirer bénéficier des faveurs d’un système International fondé sur des usages et des coutumes. Leur autorité ne provenait pas de leur discours, qualifié de conciliant, mais de leur capacité à créer les conditions de la prospérité.

Aux premiers, le plébiscite d’une rue africaine acquise aux révolutionnaires. Aux autres, le satisfecit d’un système International qui savait récompenser ses bons élèves.

Appartenant à la première catégorie, celle de ceux qui ont appris à déchiffrer les codes et les usages internationaux, Hassan II du Maroc a tissé de solides relations avec l’Occident tout en décrétant la marocanisation, la nationalisation et la privatisation au profit du secteur privé.

Son voisin et antithèse Boumedienne, icône du non alignement, n’aura pas, lui et ses successeurs, réussi à convertir l’immense potentiel du pays le plus vaste d’Afrique.
Pour qu’il soit bon, un président, pragmatique ou révolutionnaire, doit être d’abord au service de l’intérêt général. Puis, se doter d’une vision et être en mesure de la mettre en œuvre en résistant aux lobbys de la famille, des intérêts privés et internationaux.

Autrement, le président “pragmatique” non gouverné par l’intérêt général tombe dans l’affairisme sous couvert de libéralisme.Et le révolutionnaire sans intérêt général se mue en un vain orateur pourfendeur de l’Occident doublé d’une attitude dictatoriale.
Dans quelle catégorie classeront certains leaders d’aujourd’hui? Ceux qui n’ont ni le bagout de l’orateur révolutionnaire ni le bilan du bâtisseur? Comment définir ces leaders qui coupent le cordon ombilical avec la France à Abidjan et s’empressent de le rétablir à Paris dés le lendemain?

Les leaders qui galvanisent les salles climatisées des conférences interafricaines, à coup de réthorique anti-CFA n’ont pas, convenons -nous en, ni le courage d’un Evo Morales qui a nationalisé le pétrole, les mines et la téléphonie sans bruits, ni le pragmatisme d’un Meles Zenawi qui a révolutionné l’Ethiopie.

En réalité, la posture révolutionnaire ou pragmatique du chef de l’Etat doit être nécessairement encadrée par des contre-pouvoirs. Quand le pouvoir du chef pragmatique écrase les institutions démocratiques, il devient empereur Bokassa. Si la mégalomanie du révolutionnaire n’est pas contenue d’une manière ou d’une autre, elle vire au Mobutisme et lance des fusées dans le fleuve Congo.

En vérité, peu de chefs d’Etat ont atteint les deux modèles exposés là haut. S’il est le plus fidèle héritier du président Houpheit Boigny, le président Ouattara n’a pas son réflexe fédérateur.
De même, il manque à la l’allure martiale d’un Abdelfattah Sissi, la portée panarabe et panafricaine d’un Gamal Abdel Nasser l’un des leaders les plus populaires du tiers monde.
Notons au passage que Paul Kagamé a du Boigny dans son pragmatisme. S’il est Sankara, il a en plus de la posture révolutionnaire, la stratégie et l’efficacité.

Parmi tous les chefs d’Etat africains, il y a un qui a réussi la synthèse des deux supers modèles. Additionnez Houpheit Boigny et Thomas Sankara et vous obtenez Nelson Mandela. Révolutionnaire et pragmatique, l’ancien chef d’Etat sud-africain avait eu le génie de résister au pouvoir maléfique de l’argent et des privilèges. Il s’est retiré au terme de son premier mandat en ayant réussi à préserver la paix et le vivre ensemble. C’est certainement le meilleur président de l’Afrique de ces soixante dernières années.

Les premiers ont parlé de révolution et ne l’ont pas appliqué
Les seconds l’ont appliqué n’en ont jamais évoqué dans leurs discours. Les plus efficaces des deux ont eu raison.

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