Énergie solaire, l’anticipation stratégique de la BOAD

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Christian ADOVELANDE, Président de la Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD), est depuis 2011 à la tête de l’Institution Communautaire de financement du développement. De nationalité béninoise, cet économiste discret a gravi tous les échelons de cette Banque qu’il a intégrée à la fin de ses études.
Au terme de deux jours d’échanges stratégiques et techniques sur “l’énergie solaire, ses enjeux et perspectives”, les 14 et 15 novembre à Lomé, en présence du président Alassane Ouattara de Côte d’Ivoire, du premier ministre du Togo, du président de la Commission de l’Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA) et de divers acteurs institutionnels, la voie à suivre semble claire pour la BOAD*.

La Banque Ouest Africaine de Développement, qui célébrait ses 45 ans à Lomé, capitale du Togo, mise sur l’énergie solaire comme facteur accélérateur d’inclusion et de développement. «Il ne s’agit pas d’un changement de cap», a d’emblée précisé Christian Adovelande, le président de l’institution. La Banque, a-t-il expliqué, reste sur ses positions de principe selon lesquelles l’investissement dans les infrastructures de qualité sont le socle de la production économique et du développement.
Cette orientation de la BOAD transcende dans l’encours des 5 293,5 milliards de Franc CFA déboursés sur ces  45 dernières années dans 1 137 projets relatifs à la construction des routes, des ponts, des échangeurs, des centrales énergétiques et des projets d’adjudication de l’eau potable et l’Agriculture.
Depuis le démarrage de ses activités, la BOAD a drainé 15 130 milliards de Franc CFA vers la région, par effet de levier.   Le président Alassane Ouattara rappellera à juste titre l’apport décisif de la Banque lors de la construction du pont Henri Konan Bedié à Abidjan. Le premier ministre du Togo, Komi Sélom Klassou, insistera, quant à lui, sur la célérité dans le traitement des dossiers. “Moins de huit mois entre la réception du projet de financement, son déblocage et le démarrage effectif”.
Cette célérité doublée de la maîtrise des ratios prudentiels (la banque est notée «Baa1» par Moody’s et «BBB» par Fitch Ratings)et de la bonne gouvernance sont l’ADN de la BOAD. Grâce à cette gestion rigoureuse et aux bonnes appréciations des agences de notation internationale, la banque basée à Lomé a réalisé dernièrement  avec succès deux levées de fonds sur le marché financier international pour un montant cumulé de 1 600 millions de dollars soit environ 900 milliards de Franc CFA.
 
Une anticipation gagnante sur le solaire et les énergies renouvelables en général 
La BOAD a su très vite anticiper le tournant des énergies renouvelables et du solaire en particulier pour devenir l’une des toutes premières institutions africaines à se faire agréer par le Fonds Vert pour le Climat (FVC) et, également, le Fonds pour l’Environnement Mondial (FEM) et le fonds d’Adaptation (FA) des Nations Unies. “La Banque, rappelle M. Adovelande, a intégré dès 2003 les questions environnementales et sociales dans ses opérations, se donnant pour vision d’oeuvrer à l’horizon 2020 pour des ressources naturelles gérées au profit d’un développement propre et résilient aux effets des changements climatiques dans les Etats membres”.
La BOAD s’est ainsi inscrite dans les orientations définies lors du sommet de Rio de 2012 sur le développement durable, en adoptant, en 2014, une Stratégie Environnement et Climat 2015-2019 dont les grandes lignes reposent essentiellement sur trois axes, à savoir:
-le renforcement des capacités des unités opérationnelles
-le développement des outils et des mécanismes efficaces de financement et de mobilisation des ressources.
-le renforcement du leadership de la BOAD dans la région sur ces questions.
En plus des accréditations dans les principaux mécanismes de finance climat, la BOAD occupe un siège d’observateur dans à la Convention cadre des Nations Unies sur le changement climatique (CCNUCC) depuis 2009. De plus, la Banque abrite en son sein un Centre régional de collaboration (CRC) mis en place en partenariat avec le CCNUCC. Ce centre qui compte parmi les cinq existants dans le monde soutient l’action climatique à travers le renforcement des capacités, l’aide technique et le réseautage stratégique.
Mobilisation des financements
L’objectif de la Banque étant de faire de l’environnement un nouveau pôle de croissance pour ses actions. Au vu du potentiel des Etats de l’UEMOA et des disponibilités des mécanismes de financement,  «ce ne sont pas tant les fonds qui manquent que les projets à financer», relève Christian Adovelande, rappelant  que l’objectif visé par la banque est de porter la mobilisation de ressources climat à 50 milliards de FCFA par an d’ici 2021.
Sur les cinq dernières années, la Banque a apporté des concours de 196 milliards de Franc CFA en faveur des projets solaires. La zone UEMOA qui présente un taux moyen d’ensoleillement entre 5 et 10 heures par jour à tous les atouts pour attirer les financements des fonds internationaux destinés aux énergies renouvelables.
 
Les États de l’UEMOA ont défini pour la plupart d’entre eux des projets de mix énergétique orienté vers le solaire mais doivent encore selon les experts présents lors du forum, faire des efforts dans l’harmonisation de leurs cadres législatifs en matière de finance climat. “La mobilisation des financements passera par un cadre incitatif et par la capacité à mobiliser des  ressources concessionnelles”, comme a dit Seyni Nafo, Ambassadeur, Conseiller Spécial du Président du Mali et porte -parole du groupe Afrique lors des dernières COP.
L’atout du solaire repose dans la baisse notable du coût du KWH sur les quatre dernières décennies, insiste pour sa part, Philippe MALBRANCHE, DG, Institut Nat. Energie Solaire de France. «L’atout du solaire c’est son prix qui a baissé en quatre décennies, avec des niveaux de 2 à 3 centimes d’euros le KWH dans les pays ensoleillés». Et d’attirer l’attention de l’auditoire sur la sensibilité de du coût du KWH solaire  par rapport aux coûts d’accès au capital.
C’est dire que la  lenteur des procédures des  appels d’offres,  le temps de développement du projet et les  risques réglementaires entrent en ligne de compte dans la détermination du coût du capital et, in fine, la compétitivité de l’énergie solaire.  A l’avenir, les coûts vont continuer à baisser en amont rendant le solaire encore plus accessible même s’il demeure que, dans l’état actuel de la technologie, le passage du lissage au stockage comporte des zones d’incertitudes.

 


Bloc-notes

 

*BOAD: La Banque Ouest-Africaine de Développement est l’institution commune de financement de développement des Etats de l’Union Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA).  La banque a été créée par accord signé le 14 novembre 1973 et est devenue opérationnelle en 1976. L’objet de la BOAD aux termes de l’Article 2 des statuts, est “de promouvoir le développement équilibré des Etats membres et de réaliser l’intégration économique de l’Afrique de l’Ouest”, en finançant des projets prioritaires de développement.


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