Sénégal: de l’intérêt de l’Etat à orienter des étudiants dans les établissements privés d’enseignement supérieur

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Par Amath Ndiaye Maître de Conférences FASEG-UCAD.

La décision prise le gouvernement sénégalais d’arrêter l’orientation  de nouveaux bacheliers dans les établissements privés d’enseignement supérieur (EPES) ne repose pas sur des critères d’efficience financière et économique. Cette mesure est prise dans la précipitation et  l’illusion que les milliards payés aux EPES sont excessifs et qu’ils auraient pu servir à développer l’enseignement universitaire public.

Avant d’en arriver à notre argumentaire, nous tenons à rappeler que les conditions qui avaient  poussé l’Etat à orienter des étudiants dans le privé sont toujours là : les universités publiques souffrent toujours de manque de tout (enseignants, amphithéâtres, salles de travaux dirigés, équipement des labos,  lits et restaurants, etc.). Y orienter 52 000 étudiants pour la prochaine année académique, sans des infrastructures et un encadrement pédagogique  adéquats, va les  surpeupler et en  faire des univers d’hostilités.

 Il convient aussi de comprendre que, compte tenu des besoins énormes en éducation du Sénégal et que le secteur public est incapable à satisfaire, l’Etat du Sénégal et le secteur privé doivent nouer un partenariat stratégique pour relever les défis de l’heure. Sur le plan économique, un élève ou un étudiant  dans le privé – lequel généralement vient d’une famille plus ou moins aisée- permet à l’Etat d’augmenter ses capacités financières à enrôler plus d’apprenants  issus de familles modestes ou pauvres. 

Sur le plan financier, les milliards payés aux EPES constituent un  prix largement   en deçà  de ce qu’aurait dépensé  l’Etat, si les étudiants orientés dans les EPES étaient inscrits dans les universités publiques.  Ce qui est illustré par le tableau ci-dessous qui  indique le coût annuel supporté par le budget d’Etat par étudiant inscrit dans les universités publiques ou dans les EPES.

Coût unitaire de l’étudiant en franc CFA

Source :
–        Banque Mondiale Rapport No. 59695-SN Sénégal : Développer les outils des institutions de l’Etat pour une gestion plus efficiente de la dépense publique au Sénégal. Revue des Finances Publiques Juin 2011 PREM 4 Région Afrique.
–        Auteur : le chiffre de 2017 est issu de nos calculs.

Contrairement aux idées reçues, il coûte  beaucoup moins cher à l’Etat de faire former  des étudiants par les EPES que de les former dans les universités publiques. En 2017, le budget du Ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et  de l’innovation était arrêté à 162 milliards et le coût unitaire annuel de l’étudiant dans les universités publiques s’élevait à 1 410 684 FCFA. Pour la même année, un étudiant formé dans les EPES dont la scolarité est payée par l’Etat ne coûtait que 400 000 CFA. D’après nos calculs et par hypothèse d’école,  si, en cette année 2017, l’Etat avait orienté  tous ses étudiants dans les EPES, il aurait économisé 116 066 975 840 ! Je dis bien Cent seize Milliards.

C’est dire que le Sénégal a tout intérêt à promouvoir le développement de l’enseignement supérieur privé. Ce calcul donne un éclairage mais ne signifie pas que l’enseignement supérieur public doit disparaitre. Loin s’en faut.

A court terme, pour limiter les difficultés de trésorerie des  EPES, l’Etat pourrait leur délivrer des  bons d’engagement ; ce qui leur faciliterait l’obtention d’avances de trésorerie auprès des banques. Les techniciens du Ministère de l’Economie des Finances et du Plan trouveront la formule adéquate. Cela permettrait aux établissements privés de ne plus souffrir des retards de paiement de l’Etat et d’améliorer la qualité de la formation. C’est là un moyen d’éviter les crises que l’on connait dans le secteur.

A long terme, l’Etat pourra faciliter l’accès des établissements privés au  Fonds d’investissement existants (FONGIS) ou créer un Fonds spécial destiné à soutenir les investissements dans le secteur.

Nos  EPES qui rayonnent déjà en Afrique de l’Ouest auront un meilleur avenir devant eux, si l’Etat comprend qu’une école de qualité devra se faire avec le secteur privé, sous la haute autorité morale et pédagogique de l’Etat.

REFERENCES :

  • Banque Mondiale Rapport No. 59695-SN Sénégal : Développer les outils des institutions de l’Etat pour une gestion plus efficiente de la dépense publique au Sénégal Revue des Finances Publiques Juin  2011 PREM 4 Région Afrique
  • Coûts et financement de l’enseignement supérieur en Afrique francophone MATHIEU BROSSARD ET BOREL FOKO PÔLE DE DAKAR (UNESCO-BREDA) Washington, D.C. BANQUE MONDIALE Copyright © 2007.

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