Les compagnies d’assurance africaines contribuent au financement de l’économie locale

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Mehdi Tazi

Jusque-là PDG du groupe Saham (qu’il vient de quitter ) et professionnel de renom, Mehdi Tazi aborde dans cet éditorial les aspects saillants du secteur des assurances en Afrique.

41ème assemblée générale de la FANAF. Cet événement est unique en son genre car il regroupe près de 2 000 professionnels du secteur. Il nous permet de nouer et de renforcer nos liens avec d’autres opérateurs. Il sera également l’occasion d’échanger après une année mouvementée pour notre secteur. Pourquoi mouvementée ? Tout d’abord, notre secteur continue de subir certains aléas extérieurs qui l’impactent fortement. La baisse des prix du pétrole et des matières premières a eu un impact négatif sur certaines économies «locomotives» du continent. Des pays comme l’Angola ou le Nigéria ont été largement affectés par cette baisse. Ils n’ont eu d’autres choix que de réduire fortement les budgets d’investissement voir pour certains de dévaluer leur monnaie provoquant ainsi une baisse de la matière assurable. Le secteur de l’assurance en Afrique a ainsi connu un ralentissement avec une croissance des primes Vie et Non-Vie à 2.4% en 2015 (vs. 3.9% en 2014). Ce ralentissement devrait se confirmer en 2016.

Les perspectives ne sont pas pour autant négatives.

Même si la croissance globale du continent reste loin des niveaux enregistrés avant la crise de 2008, près d’un quart des pays du continent ont bien résisté à cette conjoncture défavorable. Certains pays comme le Kenya, la Cote d’Ivoire ou l’Ethiopie affichent même des croissances solides.

Au-delà de la performance toujours positive de certains pays, le potentiel de croissance du marché des Assurances en Afrique reste globalement encore très fort. Il est tiré par plusieurs tendances. Le parc automobile africain est appelé à croître fortement sur les prochaines années boostant ainsi les ventes d’assurances sur ce segment. L’épargne devrait également se développer sur les prochaines années sous l’effet de la bancarisation des populations. Enfin, pour rattraper son retard en infrastructure, le continent devra dépenser plus de 90 milliards de dollars chaque année sur la prochaine décennie (selon la Banque Mondiale). Ces investissements sont autant d’opportunités pour notre secteur, à la fois comme opportunité de placement, et comme projets à assurer.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle plusieurs compagnies d’assurance marocaine se sont lancées à la conquête de ce potentiel. Le Groupe Saham a été le pionnier en la matière avec le rachat en 2010 du Groupe Colina, premier assureur dans la zone CIMA. Aujourd’hui, le Groupe Saham est présent dans plus de 26 pays africains et s’impose comme le premier assureur africain hors Afrique du Sud. Plusieurs compagnies d’assurance marocaines ont suivi l’exemple de Saham en prenant des participations dans des opérateurs locaux, en rachetant des filiales, en nouant des partenariats ou en ouvrant des antennes localement.

Toutes ces formes d’investissements et de partenariats sont créatrices de valeur pour l’Afrique.

Grace à ces investissements, les compagnies d’assurance africaines jouent de plus en plus leur rôle d’investisseur et contribuent davantage au financement des économies locales. Les placements affectés aux opérations d’assurance ont augmenté en moyenne de 10% par an sur les six dernières années dans les pays de la zone CIMA. Ces placements ont permis de financiariser l’épargne africaine, de développer les marchés financiers locaux et enfin d’investir dans les projets d’infrastructures importants.

Enfin, la valeur ajoutée des compagnies d’assurance marocaine n’est pas que financière. Elles apportent également du savoir-faire et de la technicité sur des segments spécifiques.

C’est le cas par exemple de l’assurance agricole. Ce type de couverture permet aux agriculteurs de se protéger contre les risques climatiques et leur apporte donc la sécurité nécessaire pour investir et se développer sereinement. A plus large échelle, elle permet de lutter contre la pauvreté rurale. C’est dans ce cadre que des pays tels la Tanzanie et le Rwanda ont annoncé récemment le développement de programmes d’assurance subventionnés à l’endroit des agriculteurs.

Ce potentiel ne doit néanmoins pas nous faire oublier les défis auxquels nous devons faire face.

Le premier est de structurer davantage notre secteur autour d’une règlementation solide mais aussi autour d’acteurs disposant d’une assise financière forte. La réforme de la CIMA multipliant par cinq l’exigence minimale en capital social semble aller dans le bon sens. Toutefois, le délai de mise en conformité de 5 ans peut paraitre court pour des compagnies et filiales qui devront procéder à une recapitalisation pouvant aller jusqu’à 4 milliards de FCFA d’ici à 2021. Cette mesure poussera à la consolidation du secteur dans ces marchés, mais il faudra veiller à ce que cette transition se fasse en bonne intelligence; les expériences de mise en liquidation de compagnies d’assurances se sont avérées fastidieuses; nous devons par conséquent à tout prix éviter que ce scénario ne se produise en masse.

Les autorités de régulation devront également se doter de moyens de contrôle leur permettant de mettre à exécution les évolutions réglementaires et de sanctionner le cas échéant les comportements non conformes de certaines compagnies. Cela est primordial pour mettre le marché à niveau de façon homogène, mais également pour ne pas pénaliser les « bons élèves ».

Le deuxième est de faire évoluer notre système afin d’imposer certaines obligations d’assurance qui peuvent s’avérer vitales pour nos concitoyens (responsabilité civile sur l’automobile, couverture santé, accidents du travail et couverture des emprunteurs contre un décès). Certains pays avancent dans ce sens. A partir de 2017 au Maroc, la « tous risques chantiers » et la responsabilité civile décennale vont devenir obligatoire pour plus de 70% des habitations et bureaux.

Enfin le dernier défi est de gagner davantage la confiance des consommateurs qui ne maitrisent pour la plupart que très peu les mécanismes d’assurance et accumulent des préjugés à leur encontre. Pour cela, il nous faut progresser dans la protection des intérêts de nos assurés avec des processus d’indemnisation rapides, innovants et efficients.

Ce sont autant de défis qui animeront certainement les discussions de la 41ème assemblée générale de la FANAF

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