En 2026, et sous l’impulsion des réformes budgétaires engagées avec le Fonds monétaire international (FMI), le gouvernement camerounais prévoit une suppression quasi totale des subventions aux carburants. Cette mesure rentre dans le cadre de la loi de finances 2025/2026. Elle vise à assainir durablement les finances publiques et à dégager des marges pour financer des investissements jugés plus productifs.
Longtemps considérées comme un amortisseur social face à la volatilité des cours internationaux du pétrole, les subventions aux carburants ont pesé lourdement sur le budget de l’État. Au point qu’en 2022, leur coût avait atteint près de 700 milliards de FCFA (environ 1,23 milliard USD). Un montant qui exerçait une pression significative sur la trésorerie publique. Depuis lors, Yaoundé a engagé une réduction progressive de ces aides, notamment à travers des hausses successives des prix à la pompe en 2023 et 2024. L’objectif de ces augmentations était de rapprocher les tarifs domestiques des niveaux du marché mondial.
La réforme entre désormais dans sa phase la plus sensible. La suppression totale des subventions implique mécaniquement une nouvelle augmentation des prix des carburants, sauf retournement majeur des cours internationaux. Une perspective qui alimente les inquiétudes des ménages et des opérateurs économiques, dans un contexte déjà marqué par une inflation persistante. Le renchérissement du carburant devrait en effet se répercuter sur les coûts de transport, la logistique et, in fine, sur les prix à la consommation.
Conscientes des risques sociaux et macroéconomiques, les autorités camerounaises assurent vouloir accompagner cette transition par des mesures ciblées. Le gouvernement travaille à la mise en place d’un mécanisme automatique de fixation des prix à la pompe, indexé sur les cours internationaux, afin de renforcer la transparence et la prévisibilité. En parallèle, des dispositifs de soutien aux ménages les plus vulnérables sont à l’étude, pour atténuer l’impact du choc sur le pouvoir d’achat.
Du point de vue des bailleurs de fonds, la fin des subventions est perçue comme une réforme structurelle incontournable. Elle permettrait de réduire un poste de dépense jugé inefficace et régressif, les aides bénéficiant davantage aux ménages aisés et aux entreprises fortement consommatrices d’énergie. Les ressources ainsi libérées pourraient être redéployées vers des secteurs à fort impact économique et social, tels que les infrastructures, l’éducation, la santé ou la protection sociale.
Reste que l’équation politique et sociale demeure délicate. La réussite de la réforme dépendra largement de la capacité des autorités à expliquer ses enjeux, à calibrer finement les mécanismes de compensation et à préserver la stabilité sociale. Pour le Cameroun, la fin des subventions aux carburants s’annonce ainsi comme un test majeur de crédibilité budgétaire et de gouvernance économique.

