Par Abderrahmane Mebtoul, docteur d’État (1974) en management stratégique, professeur des universités, expert international.
Face aux attaques militaires des États-Unis contre le régime iranien, le cours du pétrole a été coté, le 28 février 2026, à 72,87 dollars pour le Brent et à 67,02 dollars pour le WTI, gagnant près de 5 dollars en 24 heures. Le gaz dépassait, quant à lui, les 30 dollars le mégawattheure. Cette hausse ne résulte pas des fondamentaux économiques, mais essentiellement des tensions géostratégiques. L’objet de cette contribution est d’analyser les impacts de ces tensions sur l’ensemble du Moyen-Orient, région qui recèle les plus importantes réserves mondiales d’hydrocarbures, ainsi que l’importance stratégique du détroit d’Ormuz.
1. Le Moyen-Orient : cœur énergétique mondial
Les pays du Moyen-Orient disposent d’importantes réserves d’hydrocarbures et toute déstabilisation régionale risque d’affecter la production mondiale. La population en 2023 se répartit comme suit : Égypte (105 millions), Iran (90 millions), Arabie saoudite (33 millions), Émirats arabes unis (10 millions), Oman (5 millions) et Qatar (2,8 millions selon le FMI).
La région concentre environ 40 % des réserves prouvées mondiales de pétrole :
– Arabie saoudite : 262,7 milliards de barils ;
– Irak : 112,5 milliards ;
– Émirats arabes unis : 97,8 milliards ;
– Koweït : 96,5 milliards ;
– Iran : 93,1 milliards.
Concernant le gaz naturel, le Moyen-Orient détient également environ 40 % des réserves mondiales :
– Iran : 32 100 milliards de m³ ;
– Qatar : 24 700 milliards de m³ ;
– Arabie saoudite : 9 800 milliards de m³ ;
– Émirats arabes unis : 7 000 milliards de m³ ;
– Irak : 3 500 milliards de m³.
À cela s’ajoutent les réserves potentielles du bassin Est-méditerranéen, estimées à près de 2 000 milliards de m³ déjà découverts, avec un potentiel additionnel significatif sous le plateau continental du Levant, ce qui alimente également certaines tensions géopolitiques.
2. Le détroit d’Ormuz : verrou stratégique mondial
L’Iran produit, depuis janvier 2026, entre 3,2 et 3,5 millions de barils par jour selon l’Agence internationale de l’énergie, soit environ 3 % de l’offre mondiale, principalement orientée vers l’Asie, notamment la Chine.
Dans ce contexte, le détroit d’Ormuz revêt une importance capitale. Situé au sud-est de Bandar Abbas, il sépare l’Iran au nord des Émirats arabes unis et du sultanat d’Oman au sud. Large d’environ 55 km, il comprend deux couloirs de navigation de 3,5 km chacun, séparés par une zone tampon. Malgré ces dispositifs, il demeure étroit pour les supertankers, méthaniers géants et grands porte-conteneurs.
Avec Gibraltar, le Bosphore, Malacca et le canal de Suez, il constitue l’un des principaux passages stratégiques mondiaux. Véritable porte de sortie du pétrole du Golfe – région qui compte 5 des 10 plus grands producteurs mondiaux – il voit transiter plus de 30 % des flux pétroliers mondiaux et plus de 20 % du GNL.
Une fermeture du détroit affecterait gravement les marchés énergétiques mondiaux. Les alternatives par pipelines nécessiteraient des investissements colossaux et ne pourraient compenser totalement les volumes transportés.
La réunion des huit membres clés de l’Opep+, prévue le 1er mars 2026, doit d’ailleurs statuer sur une hausse de production de 137 000 barils par jour en avril, dans un contexte particulièrement tendu.
3. Effets en chaîne sur l’économie mondiale
Il faut également intégrer les tensions en mer Rouge, où transite environ 12 % du commerce mondial, 30 % du trafic de conteneurs et près de 8 % des produits pétroliers. Ces perturbations ont déjà entraîné une hausse des coûts du transport maritime de 15 à 20 %.
La combinaison des tensions en mer Rouge et d’une éventuelle fermeture du détroit d’Ormuz pourrait provoquer une flambée des prix des hydrocarbures et accentuer l’inflation mondiale. Selon le FMI, une hausse de 20 à 25 % des prix du pétrole et du gaz entraînerait une augmentation de l’inflation mondiale de 0,8 à 1 point. Les pays mono-exportateurs de pétrole mais fortement dépendants des importations pourraient perdre davantage qu’ils ne gagneraient.
Dans ces conditions, aucun acteur majeur n’a intérêt à une généralisation du conflit : ni les pays du Golfe, ni l’Iran confronté à des tensions internes, ni les grandes puissances, notamment la Chine, grand importateur d’hydrocarbures.
Conclusion
Malgré le drame auquel nous assistons au Moyen-Orient – sans oublier d’autres crises, notamment au Soudan – l’espoir demeure que la raison l’emporte sur les passions. Une guerre prolongée entre l’Iran et les États-Unis risquerait de déstabiliser durablement la région et d’affaiblir une économie mondiale déjà fragilisée par un pic inflationniste.
Dans un monde multipolaire en recomposition, la cohabitation pacifique entre les peuples constitue un impératif. Les véritables défis demeurent globaux : lutte contre le réchauffement climatique, transition énergétique, révolution numérique et intelligence artificielle, qui transformeront profondément, entre 2026 et 2035, les comportements, les emplois, la gestion des entreprises ainsi que les institutions civiles et militaires.

