Après le Sénégal qui, entre septembre et octobre 2025, avait lancé un mécanisme similaire récoltant plus de 450 milliards de FCFA auprès de la cible, le gouvernement du Burkina Faso a officiellement présenté, le 23 février 2026, son projet de « Diaspora Bond », une émission obligataire exclusivement destinée aux Burkinabè résidant à l’étranger. D’un montant déclaré de 240 milliards de francs CFA (environ 366 millions d’euros), cette initiative s’inscrit dans une stratégie de financement portée par le gouvernement du capitaine Ibrahim Traoré.
Le lancement officiel de la souscription est fixé au 16 mars 2026. C’est au cours d’un webinaire, présidé par le ministre des Affaires étrangères Karamoko Jean-Marie Traoré et réunissant plus de 200 responsables des missions diplomatiques et postes consulaires burkinabè à travers le monde, que les contours de l’opération ont été dévoilés. L’initiative est pilotée par le ministère de l’Économie et des Finances en collaboration avec le groupe bancaire panafricain Vista Group Holding, dirigé par l’homme d’affaires burkinabè Simon Tiemtoré.
Concrètement, il s’agit d’obligations d’État conçues pour permettre aux Burkinabè de la diaspora — estimée à plus de 16 millions de personnes selon les données officielles — d’investir directement dans le développement du pays, dans un cadre formalisé et sécurisé. Les fonds levés doivent financer des unités industrielles, des infrastructures routières et d’autres projets structurants jugés prioritaires par les autorités de transition. Les ambassades et consulats sont appelés à jouer un rôle de relais actif dans la sensibilisation et la mobilisation des compatriotes.
Le facteur « patriotisme » mis en avant
En misant sur l’épargne patriotique de sa diaspora, l’Etat cherche ainsi à diversifier ses ressources au-delà d’un secteur minier — notamment aurifère — soumis à la volatilité des cours mondiaux. Les transferts de fonds de la diaspora vers le Burkina s’élevaient à 579 millions de dollars en 2023, selon la Banque mondiale, des sommes majoritairement consacrées aux dépenses courantes des familles.
Si Ouagadougou présente cette opportunité en mettant en avant le facteur « patriotisme », des interrogations demeurent sur les taux de rendement proposés, les garanties offertes aux souscripteurs et la traçabilité des fonds une fois versés au Trésor public.

