Nous sommes déjà en crise et la solution n’est pas de faire le tour du monde pour continuer d’endetter dangereusement le pays comme le fait le ministre des finances et le ministre de l’économie. La solution est endogène et cela passe par le changement de la politique budgétaire. De quoi est-il question?
En faisant peser une pression fiscale disproportionnée sur un secteur formel exsangue, avec des taux dépassant parfois les 57 % des bénéfices (PwC & Banque Mondiale, 2020), tout en abandonnant le monde rural à une productivité archaïque, les différents budgets du Cameroun ne construisent pas l’avenir ; ils consomment le présent.
Ce cycle destructeur repose sur trois piliers qu’il est désormais impératif de démanteler :
– L’hyper-fiscalisation du secteur productif, qui décourage l’investissement et pousse les acteurs vers une informalité refuge.
– L’hyper-bureaucratisation de la dépense, où les séminaires et les frais de fonctionnement absorbent la sève financière qui devrait fertiliser les campagnes.
– L’asymétrie de l’aide et de la dette, qui maintient l’État dans une posture de dépendance plutôt que d’impulsion.
Mettre fin à ce cycle ne relève pas d’un simple ajustement technique, mais d’une véritable révolution de l’imaginaire budgétaire. Il s’agit de passer d’une « loi de finances de prélèvement » à une « loi de finances de rendement ». Cela exige de sécuriser le foncier pour transformer le capital mort en levier de crédit, de réduire drastiquement les trains de vie de l’État pour réallouer les ressources vers les infrastructures rurales, et de cesser de voir l’agriculteur comme un assisté, mais comme le premier investisseur du pays.
En définitive, si le Cameroun veut nourrir ses villes et employer sa jeunesse, ses budgets doivent cesser d’être des outils de ponction pour devenir des pactes de production. La rupture avec ce modèle spoliateur est la condition sine qua non pour que l’économie réelle, celle des 60 % de ruraux et des entrepreneurs audacieux, puisse enfin s’épanouir hors des carcans d’une fiscalité prédatrice.
Nous pensons qu’une refonte complète du système fiscal s’impose. Il faut passer d’une logique de répression à une logique de contrat social où les citoyens acceptent de payer des impôts en échange de services publics de qualité. Cela suppose de réduire les taux d’imposition pour les rendre supportables, de simplifier drastiquement les procédures, d’éliminer l’arbitraire administratif, et surtout de garantir la transparence totale dans l’utilisation des ressources publiques.
La digitalisation de l’administration fiscale, l’élargissement de l’assiette fiscale plutôt à l’horizontal par l’intégration progressive du secteur informel, la création d’une place financière au Cameroun pour attirer les capitaux étrangers, la lutte résolue contre l’évasion fiscale des multinationales, constituent des pistes prometteuses. Mais au-delà des aspects techniques, c’est toute une culture de la gouvernance budgétaire qu’il faut réinventer, fondée sur la redevabilité, la transparence et l’efficacité dans l’utilisation des deniers publics.
Louis Marie Kakdeu MPA, PhD & HDR

