Le 11 décembre 2025 à Paris, la première rencontre économique du AGM Women Network a marqué le lancement officiel d’un outil inédit, conçu par le secteur privé et la société civile pour répondre à un enjeu central du développement africain : la valorisation du capital humain féminin au service de la création de richesses dans l’agriculture et l’agroalimentaire.
Plus de 130 acteurs majeurs – entrepreneures, investisseurs, experts techniques et institutionnels – ont pris part à cette rencontre fondatrice, autour d’un objectif clair : déverrouiller le potentiel économique encore sous-exploité des femmes africaines en s’attaquant simultanément à trois verrous structurels majeurs – financement, formation et accès au foncier, réunis dans ce que les initiateurs appellent désormais l’« équation des 3F ».
Un pilier central de l’agriculture africaine encore marginalisé
En ouvrant les travaux, Charlotte Libog, présidente du Afrique Grenier du Monde et initiatrice de l’AGM Women Network, a rappelé avec force le paradoxe africain :
« Alors que l’Afrique dispose de 65 % des terres arables inexploitées dans le monde, elle reste dépendante des importations pour nourrir sa population. Pourtant, les femmes, qui produisent près de 70 % de l’alimentation, ne détiennent moins de 15 % des droits fonciers et accèdent à moins de 5 % du crédit agricole. Résoudre l’équation des 3F n’est pas une option, c’est une urgence économique et sociale. »
Un diagnostic sans complaisance, largement partagé par les participants, qui ont souligné le caractère systémique de ces blocages et leur impact direct sur la productivité, la sécurité alimentaire et la création de valeur locale.
Des solutions concrètes issues du terrain
La singularité de cette rencontre a résidé dans son ancrage opérationnel. Les échanges ont été nourris par des retours d’expérience d’acteurs engagés de longue date sur l’ensemble de la chaîne de valeur agricole.
L’intervention vidéo de Marc Debets, président de APEXAGRI, pionnier des modèles agro-industriels inclusifs, ainsi que le grand entretien avec Pierre Cadet de la FADIA, ont permis de mieux cerner les obstacles structurels, juridiques et institutionnels qui freinent l’essor de l’entrepreneuriat féminin rural.
Des modèles économiques performants, déjà déployés avec succès, ont ensuite été présentés. Le cas de CABRE SA, au Burkina Faso, exposé par Vincent Dakuyo, ainsi que celui de LTE Groupe, dirigé par Lamine Traoré, actif dans plus de dix pays africains, ont illustré la viabilité et la rentabilité de schémas intégrant pleinement les femmes comme actrices économiques centrales.
Financement innovant, formation et digitalisation au cœur des leviers
Les débats ont ensuite mis en lumière les nouvelles sources de financement adaptées aux réalités africaines. Maxime Dossa a présenté les opportunités offertes par la finance islamique et la finance climatique, tandis que Seyimi Ahouandogbo a insisté sur le rôle structurant des fonds d’investissement dans l’accès au capital de long terme.
Des mécanismes financiers plus informels mais particulièrement adaptés aux entrepreneures rurales ont également été mis en avant, notamment par Suzanne Bellnoun (OFAD, modèle des tontines) et Georgette Diatta de Orange Money Europe.
La formation et le numérique se sont imposés comme des leviers majeurs d’autonomisation. Douglas Mbiandou (10 000 Codeurs) a souligné l’importance du capital technologique, tandis que Tania M’Baka (ONG Migrations et Climat) a mis en avant le rôle stratégique des diasporas africaines dans le mentorat à distance et le transfert de compétences.
Enfin, l’accès aux marchés et la rentabilité économique ont clôturé les échanges, avec les interventions de Wassilati Mbae (Cabinet Agrinnov) et Roland Portella (Dratigus Developments), démontrant, chiffres à l’appui, la performance des projets agricoles portés par des femmes.
La « Feuille de route de Paris 2025 », cap stratégique du réseau
Moment fort de la journée, l’annonce de la « Feuille de route de Paris 2025 » a scellé l’ambition opérationnelle de l’AGM Women Network autour de trois engagements structurants :
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la création d’un fonds d’investissement dédié aux projets agroalimentaires féminins d’ici fin 2026 ;
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le lancement d’une plateforme numérique intégrée (formation en ligne, mentorat, mise en relation et accès aux marchés) ;
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la constitution d’une coalition d’acteurs en faveur de réformes foncières inclusives dans cinq pays pilotes.
En clôturant les travaux, Charlotte Libog a rappelé la portée de l’initiative :
« Paris n’est qu’une première étape. Le travail engagé depuis une décennie se poursuit sur le terrain, aux côtés des millions de femmes qui nourrissent l’Afrique au quotidien. Nous avons bâti le pont. Nous invitons tous les acteurs de bonne volonté à le traverser avec nous pour transformer concrètement l’agriculture africaine. »
À propos de l’AGM Women Network
L’AGM Women Network est une initiative panafricaine dont la mission est de libérer le potentiel des femmes comme pilier central de la transformation agricole et agroalimentaire en Afrique. Le réseau agit comme une plateforme opérationnelle, connectant les projets portés par des femmes aux ressources clés – financement, formation, foncier –, aux marchés et aux innovations, avec une ambition claire : faire de l’Afrique une solution crédible et durable à la sécurité alimentaire mondiale.

