Alors que les problématiques d’accès à l’eau ainsi que les enjeux sécuritaires ont occupé la majeure partie des discussions de cette 39ème édition – qui s’est tenue du 14 au 15 février à Addis-Abeba, en Éthiopie – les participants ont également rappelé l’importance d’accélérer l’Agenda 2063. Et, en creux, le besoin impérieux d’attirer plus d’investissements sur le continent.
L’inquiétude imprégnait tous les discours, à l’image de celui de Mahmoud Ali Youssouf, président de la Commission de l’Union africaine, en ouverture du sommet. Face au “bouleversement de l’ordre international”, le Djiboutien a appelé l’Afrique à “se renforcer à travers l’accélération de ses programmes d’intégration politique et économique”. Plus qu’une urgence, un “impératif de survie ». Le ton était donné.
Une édition consacrée à l’eau mais dominée par les enjeux sécuritaires
Aujourd’hui, plus de “400 millions de personnes” sur le continent n’ont pas accès à une source d’eau potable sûre, a rappelé le président du Burundi, Evariste Ndayishimiye, “et plus de 700 millions sont privées de services d’assainissement adéquats”. Pour répondre à cet enjeu, thème central de cette année, une feuille de route a été établie afin de structurer la gouvernance, les engagements politiques, le financement et le renforcement des capacités liées à l’eau.
Toutefois, le volet sécuritaire a très rapidement pris le pas dans les discussions. La guerre civile au Soudan, et la reprise des combats dans le sud du pays, ainsi que les affrontements entre l’Ethiopie et l’Erythrée ont été évoqués sans aboutir à des décisions concrètes. Les dirigeants de l’Union africaine ont néanmoins martelé leur volonté de “faire taire les armes” pour assurer la paix. Une paix que la plupart des acteurs souhaitent voire déboucher sur un gouvernement civil, les deux belligérants ayant été renvoyés dos à dos, pour leurs atrocités respectives. Exprimant, par ailleurs, une tolérance zéro pour les changements de pouvoir anticonstitutionnels.
Le continent africain en quête de financements
Un défi en cache un autre. Si le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a réaffirmé que l’Afrique demeurait la priorité de son organisation, le soutien diplomatique ne suffit plus : les enjeux liés au développement économique du continent n’ont jamais été aussi pressants. La forte envolée de la dette publique, environ 62% du PIB en 2025 contre 37% en 2012, n’y est pas étrangère en ce qu’elle oblige les États africains à accroître les financements tout en diversifiant leur provenance. Bien que l’Afrique développe progressivement sa souveraineté financière, celle-ci reste encore insuffisante pour garantir à elle seule la réalisation de l’Agenda 2063, qui vise à transformer le continent en puissance mondiale d’ici les quarante prochaines années. Logiquement, la quête de partenaires financiers durables est au cœur des préoccupations.
Alors que le continent accuse un “déficit de financement de 400 milliards de dollars par an, (…) dont plus de 150 milliards pour l’infrastructure”, il devient clair que “tout ne peut pas venir des Occidentaux” explique Didier Acouetey, conseiller auprès du président de la Banque africaine de développement, dans un article paru dans Le Monde. Longtemps tournés vers l’Occident et la Chine, les États africains élargissent désormais l’éventail de leurs investisseurs aux pays du Golfe.
Arabie Saoudite, Qatar, Oman, Koweït, Bahreïn, Émirats arabes unis (EAU) : toutes ces nations ont déployé, ces dernières années, une politique active d’investissements sur le continent africain. Au cœur de ces partenariats bilatéraux, les EAU s’imposent désormais comme le principal investisseur en Afrique avec près de 110 milliards de dollars engagés entre 2019 et 2023. Un effort dont s’est félicité Sheikh Shakhboot bin Nahyan Al Nahyan, ministre d’État au ministère des Affaires étrangères émirati, à l’occasion du sommet, réaffirmant la volonté des EAU de “renforcer leur ancrage diplomatique et économique sur le continent en multipliant les ambassades, les accords de libre-échange et les investissements dans les infrastructures”.
La stabilité avant tout ?
Pour autant, si le développement économique et infrastructurel constitue le pivot de l’Afrique promise par l’Agenda 2063, sa concrétisation ne saurait se départir de l’assurance d’une stabilité politique et institutionnelle durable des pays africains. À ce titre, l’incertitude entourant l’évolution de certains conflits, à l’image de la guerre civile au Soudan qui menace désormais de s’étendre au Tchad, fragilise les velléités de développement.
Une multiplication des conflits et des crises en Afrique qui “a un impact significatif sur les affaires du continent” s’est inquiété Mahmoud Ali Youssouf.

