Par Dr Abderrahmane Mebtoul, Professeur de universités, expert international en management stratégique
Les tensions entre les États-Unis et l’Iran, pourtant membre des organisations des BRICS+ et de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) — deux ensembles cosmopolites réunissant des régimes politiques et des alliances stratégiques hétérogènes — montrent clairement que l’architecture actuelle, et très probablement future, des relations internationales repose non sur des sentiments, mais sur des intérêts. L’expérience récente du Venezuela en constitue une illustration parlante.
Dans ce contexte, l’ONU apparaît largement impuissante à influer sur les grands événements mondiaux contemporains, se limitant le plus souvent à des condamnations verbales aux effets limités, sous-tendues par des contreparties implicites entre certaines grandes puissances dans une logique de partage du monde. Il est donc utile de rappeler les objectifs de ces deux organisations qui, dans leurs statuts, se réclament pourtant de la solidarité et de la défense collective de leurs membres.
1. Les BRICS et les BRICS+
Afin de s’affranchir de la domination occidentale, notamment celle des États-Unis, on assiste à l’émergence de nouvelles organisations internationales. Les BRICS, initialement composés du Brésil, de la Russie, de l’Inde, de la Chine et de l’Afrique du Sud, se sont élargis avec la création des BRICS+, intégrant six nouveaux membres (l’Argentine s’étant entre-temps retirée), dont l’Arabie saoudite, l’Égypte, les Émirats arabes unis, l’Éthiopie et l’Iran.
Réunis à Kazan, en Russie, du 22 au 24 octobre 2024, les BRICS+ ont également institué un groupe de pays partenaires comprenant treize États : l’Algérie, la Biélorussie, la Bolivie, Cuba, l’Indonésie, le Kazakhstan, la Malaisie, le Nigeria, l’Ouganda, la Serbie, la Thaïlande, la Turquie et l’Ouzbékistan.
La Chine constitue aujourd’hui le moteur principal de cette organisation : deuxième économie mondiale, premier exportateur global et investisseur de plus en plus influent, elle importe des volumes considérables de matières premières et de produits semi-finis pour soutenir ses exportations et sa consommation intérieure. Toutefois, les résultats demeurent mitigés. L’intensification du commerce intra-BRICS reste freinée par l’insuffisance des infrastructures économiques et logistiques. Selon certaines données internationales, près de 80 % de l’accroissement des échanges entre pays des BRICS impliquent la Chine, avec néanmoins une progression notable des échanges entre l’Inde et la Russie.
Selon les organisateurs du sommet de Kazan, le PIB cumulé des BRICS+ dépasserait 60 000 milliards de dollars, et leur part dans le produit mondial brut serait désormais supérieure à celle du G7, avec une dynamique de croissance soutenue.
Dans la volonté de s’affranchir des institutions de Bretton Woods (FMI et Banque mondiale), a été créée la Nouvelle Banque de Développement (NDB), inaugurée le 15 juillet 2014 lors du 6ᵉ sommet des BRICS à Fortaleza, au Brésil. Le Bangladesh et les Émirats arabes unis ont rejoint la NDB en 2021, l’Égypte en 2023 et l’Algérie en 2024. Elle est actuellement présidée par Dilma Rousseff, ancienne présidente du Brésil.
Malgré ces initiatives, le dollar — et, dans une moindre mesure, l’euro — continue de dominer les transactions internationales. Le remplacement du dollar dans les échanges intra-BRICS+ ne fait d’ailleurs pas l’unanimité au sein du groupe et ne saurait être envisagé à court terme, peut-être à l’horizon 2030. Selon les données du FMI (28 avril 2023), la part du dollar dans les paiements mondiaux s’élève à environ 38 %, tandis que sa part dans les réserves de change mondiales est passée de 71 % en 1999 à 58 % en 2022. L’euro représente 20,5 %, le yen 5,5 %, la livre sterling 5 % et le yuan chinois seulement 2,7 %.
Il reste donc un long chemin à parcourir, tant pour les BRICS que pour les membres de l’OCS, l’évolution dépendant essentiellement de l’accroissement de leur poids économique dans le PIB mondial entre 2025 et 2030.
2. L’Organisation de coopération de Shanghai (OCS)
L’Organisation de coopération de Shanghai est une organisation intergouvernementale créée le 15 juin 2001 à Shanghai par la Chine, la Russie et quatre anciennes républiques soviétiques d’Asie centrale : le Kazakhstan, le Kirghizistan, l’Ouzbékistan et le Tadjikistan. En 2016, l’Inde et le Pakistan ont rejoint l’organisation, suivis de l’Iran en juillet 2023, après avoir été observateur depuis 2005.
À l’instar des BRICS, l’OCS milite pour un monde multipolaire fondé sur le co-développement et la réduction des inégalités à l’échelle mondiale. Se réclamant de « l’esprit de Shanghai », elle constitue aujourd’hui la plus vaste organisation régionale au monde sur le plan géographique, couvrant près de 34 millions de km².
Le 22ᵉ sommet, tenu les 15 et 16 septembre 2023 à Samarcande (Ouzbékistan), a réuni 14 pays autour d’objectifs communs : instauration d’une confiance mutuelle, équilibre et diversification en matière de sécurité, d’économie et de diplomatie, et affirmation du principe de non-ingérence dans les affaires intérieures.
L’OCS compte actuellement trois États observateurs — l’Afghanistan, la Biélorussie et la Mongolie — ainsi que plusieurs partenaires de dialogue, dont l’Arabie saoudite (depuis le 29 mars 2023), le Koweït, la Turquie (membre de l’OTAN), le Qatar, l’Égypte, l’Azerbaïdjan, le Cambodge et le Népal. Malgré le rejet de sa candidature aux BRICS lors du dernier sommet en Afrique du Sud, l’Algérie a officiellement déposé une demande pour rejoindre l’OCS en tant qu’État observateur.
Conclusion
Alors qu’un exercice naval conjoint Russie-Chine-Iran est en cours dans les eaux sud-africaines, sur fond de tensions géopolitiques accrues avec Washington, et que la marine iranienne a annoncé des manœuvres à tirs réels dans le détroit d’Ormuz — par lequel transite environ 21 % de la consommation mondiale de pétrole —, de nombreux experts estiment qu’une généralisation du conflit sera probablement évitée. Une escalade provoquerait en effet une flambée des prix des hydrocarbures, mettant en péril la croissance de l’économie mondiale, y compris celle des États-Unis.
L’objectif des grandes puissances n’est pas tant l’instauration de la démocratie que le changement de régimes au service de leurs propres intérêts. L’expérience récente du Venezuela en est une illustration éclairante. La leçon à tirer est qu’il n’existe ni amitié ni fraternité durables dans les relations internationales. Un régime — à ne pas confondre avec l’État — ne peut assurer sa survie qu’en s’appuyant sur sa propre force économique et militaire, sur l’adhésion sans faille de sa population, et sur une gouvernance démocratique tenant compte de son anthropologie culturelle, tout en manœuvrant prudemment au sein d’alliances internationales fondées sur des contreparties souvent implicites.

