Dans un contexte de « Great Reset » des taux mondiaux, marqué par un coût record du service de la dette pour les pays en développement, le Bénin vient de réaliser une opération qui fera date. En levant 850 millions de dollars via un Sukuk innovant, Cotonou ne se contente pas de refinancer sa dette : le pays démontre une nouvelle maturité financière pour les marchés frontières. Cette approche, structurée depuis une décennie par Romuald Wadagni, transforme la discipline budgétaire en un outil de différenciation stratégique sur la scène internationale.
Innovation financière et diversification des souscripteurs
Le succès du récent Sukuk, marqué par une demande record de 7 milliards de dollars, témoigne d’une rupture avec l’endettement passif traditionnel. L’innovation majeure ne réside pas seulement dans l’instrument islamique lui-même, mais dans son exécution synthétique. En couplant l’émission en dollars à un contrat de swap de devises simultané, le Bénin a réalisé une opération de haute voltige : capter la profondeur de la liquidité du Golfe tout en figeant un taux synthétique en euros de 4,92 %.
Cette stratégie de gestion actif-passif neutralise instantanément le risque de change dollar-euro et protège le service de la dette contre la volatilité du billet vert. Pour une économie dont la monnaie est arrimée à l’euro, cette capacité à manipuler des instruments dérivés complexes transforme une contrainte monétaire en un avantage comparatif sur les marchés mondiaux.
La prime à la constance institutionnelle
Cette sophistication technique n’est possible que parce qu’elle s’appuie sur un socle de crédibilité macroéconomique patiemment bâti. La décision de Fitch Ratings de relever la perspective souveraine à « Positive » (B+) juste avant l’opération n’est pas fortuite : elle valide une trajectoire de déficit maîtrisé et une modernisation profonde de l’administration fiscale.
Le point de bascule historique de cette confiance reste le choix stratégique de 2020. En refusant le moratoire de la suspension du service de la dette (DSSI) durant la crise sanitaire, le Bénin a signalé aux investisseurs que sa signature est sanctuarisée. Ce choix, exigeant à court terme, permet aujourd’hui au pays de bénéficier d’une prime de confiance inédite. Là où de nombreuses signatures émergentes subissent une dépréciation de leur perception de risque, le Bénin s’en extrait par la preuve, s’imposant non plus comme un solliciteur, mais comme un émetteur de référence.
Sortir du fatalisme des notations
Le récent constat d’un montant record payé par les pays en développement sur leur dette extérieure dessine un paysage financier mondial sombre, où le service de la dette asphyxie les budgets nationaux. C’est sur ce fond de tableau alarmant que la stratégie béninoise prend tout son relief. En parvenant à sécuriser un taux de 4,92 %, Cotonou réalise une contre-performance positive majeure : là où le marché impose des taux prohibitifs aux économies dites « vulnérables », le Bénin parvient à financer son développement à des conditions proches de signatures bien mieux notées.
La leçon pour les pays émergents est celle d’une émancipation réussie par la rigueur et l’innovation. Le Bénin démontre que la géographie n’est pas un destin financier incontournable. Cette trajectoire repose sur une anticipation technique constante, où l’accès au marché n’est plus dicté par l’urgence mais par l’opportunité. En diversifiant ses sources de financement et en protégeant ses fondamentaux par des outils de couverture, le pays trace une voie vers une indépendance économique réelle. La souveraineté ne réside plus dans l’isolement, mais dans la capacité à maîtriser les codes les plus complexes de la finance globale pour mieux protéger l’économie nationale.

