Par Thierno Seydou Nourou Sy, Banquier, Président et fondateur de Nourou Financial Consulting (NFC) Dakar-Sénégal
Le nouveau partenariat entre l’État et la BOAD ouvre la voie à une valorisation stratégique du patrimoine public, nécessitant une mise en œuvre prudente et rigoureuse.
La signature récente d’un protocole d’accord entre l’État du Sénégal et la Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD) pour la création du Fonds de Valorisation des Actifs du Sénégal (FOVAS) marque une étape ambitieuse. Ce mécanisme, visant à exploiter le potentiel économique des infrastructures publiques pour générer de nouveaux financements, est une initiative louable. Cependant, son succès dépendra d’une analyse approfondie et d’une mise en œuvre méticuleuse, afin d’éviter les écueils et de maximiser son impact sur l’économie réelle et le quotidien des Sénégalais.
Un Mécanisme Innovant aux Airs de Sukuk
Le FOVAS s’apparente, dans son principe, à un mécanisme de titrisation d’actifs semblable au financement Sukuk que le Sénégal a déjà expérimenté. Cette ressemblance appelle à la plus grande prudence. Il est impératif de procéder à une cartographie claire des actifs publics déjà adossés à des montages financiers existants, comme les Sukuk, pour éviter tout chevauchement ou conflit de garanties. Le FOVAS doit se construire sur une base d’actifs « propres » et disponibles, ou intégrer ces actifs existants dans une restructuration plus large et plus efficace.
Des Investissements Stratégiques à Impact Social Avéré : Leçons d’Expériences Concrètes
Le Sénégal dispose déjà d’exemples probants d’investissements stratégiques dont l’impact social est tangible. Le FOVAS pourrait s’en inspirer et les amplifier :
• Le Pôle Urbain de Diamniadio : Cet écosystème intégré (administrations, universités, pôles industriels) a créé un bassin d’emplois, désengorgé Dakar et amélioré le cadre de vie. En valorisant des actifs similaires, le FOVAS pourrait financer l’extension de telles villes nouvelles, avec à la clé : accès à des logements décents, création d’emplois locaux, et réduction de la pression foncière dans les grandes métropoles.
• L’Aéroport International Blaise Diagne (AIBD) et la Route à Péage : Ces infrastructures ont dynamisé le tourisme, les échanges et créé des milliers d’emplois directs et indirects. En capitalisant sur le modèle de la route à péage, le FOVAS pourrait financer l’entretien et l’extension du réseau routier. Meilleur désenclavement des zones rurales, facilitation du transport des marchandises agricoles et baisse du coût de la vie.
• Le Programme d’Urgence de Développement Communautaire (PUDC) : En ciblant spécifiquement l’accès à l’eau, à l’électricité et aux routes en milieu rural, le PUDC a changé la vie de millions de Sénégalais. Le FOVAS, en générant des ressources nouvelles, pourrait pérenniser et étendre de tels programmes. Les femmes rurales, par exemple, verraient leurs corvées d’eau réduites et leurs activités génératrices de revenus facilitées.
• Les Centrales Solaires de Bokhol et de Malicounda : En diversifiant le mix énergétique et en réduisant la dépendance aux combustibles fossiles, ces projets ont un impact à la fois économique (baisse des coûts) et environnemental. Le FOVAS pourrait financer de nouvelles centrales, permettant aux ménages et aux PME de bénéficier d’une électricité plus stable et moins chère.
Stimuler l’Économie et le Quotidien des Sénégalais : Une Approche Intégrée
Le risque majeur de ce type de financement est l’effet d’éviction. Pour l’éviter, le FOVAS doit être conçu comme un catalyseur au service de la population. Les fonds levés doivent être impérativement fléchés vers des investissements structurants qui améliorent directement la qualité de vie.
L’impact concret dans la vie des Sénégalais pourrait être multiple :
• Création d’emplois locaux : La gestion et la maintenance des actifs (comme les aires d’autoroutes ou les bâtiments publics) pourraient être confiées à des PME sénégalaises, boostant l’emploi et l’économie de proximité.
• Amélioration des services publics : Les revenus du FOVAS, en soutenant le budget de l’État, pourraient permettre d’investir dans des secteurs vitaux comme la santé et l’éducation, allégeant ainsi les dépenses des ménages.
• Dynamisation du BTP : En mobilisant des fonds pour achever des infrastructures en souffrance, le FOVAS redonnerait de l’activité au secteur du BTP, un grand pourvoyeur d’emplois, et livrerait enfin aux populations des équipements publics longtemps attendus.
La BOAD, un Catalyseur de Confiance à l’Épreuve du Marché
La crédibilité internationale de la BOAD, renforcée par sa présidence de l’International Development Finance Club (IDFC), est un atout indéniable pour mobiliser des investisseurs. Cependant, la confiance des marchés se gagnera par la transparence du montage, la solidité juridique du fonds et la qualité démontrée des actifs sous-jacents. La capacité de la BOAD à structurer une offre d’investissement sécurisée et rentable sera le véritable test.
L’Audit Fondateur : La Pierre Angulaire de la Confiance et de l’Efficacité
Le succès du FOVAS repose entièrement sur la rigueur de sa phase préalable : l’Audit Fondateur. Bien plus qu’un simple inventaire, cet audit constitue l’opération de vérité qui donnera sa légitimité au fonds. Il doit être tridimensionnel :
• L’Audit Juridique Exhaustif doit lever tout voile sur la propriété des actifs. Il s’agit de vérifier l’absence de litiges, d’hypothèques ou de charges cachées qui pourraient entraver leur transfert au fonds. Pour le citoyen, cette transparence est gage de confiance : elle assure que le patrimoine national est géré avec intégrité et que les revenus générés seront légitimes.
• L’Audit Financier Transparent doit établir la valeur réelle des actifs et clarifier l’état des dettes qui leur sont associées. En identifiant les actifs dont le financement n’est pas totalement libéré, le FOVAS peut précisément mobiliser les ressources nécessaires pour les achever. L’impact sur la vie quotidienne est direct : achever un barrage, une route ou un hôpital inachevé grâce à ce reliquat de financement, c’est améliorer concrètement l’accès à l’eau, aux transports et aux soins pour les populations.
• L’Audit Opérationnel et de Potentiel évalue la capacité des actifs à générer des revenus durables. Un pont, un marché public ou une centrale énergétique bien entretenu et optimisé rapportera plus. Ces revenus, réinjectés dans le budget national, sont le carburant des politiques publiques. Pour le Sénégalais ordinaire, cela se traduit par la possibilité de voir l’État financer de nouvelles écoles, des subventions à la santé ou des infrastructures communautaires sans alourdir la fiscalité.
En conclusion, le FOVAS représente une avancée conceptuelle majeure. S’il est bâti sur le roc d’un Audit Fondateur irréprochable et orienté vers l’intérêt général, il peut transformer ce partenariat novateur en un pilier durable de la finance souveraine et un levier d’amélioration concrète des conditions de vie de tous les Sénégalais. Il s’agit in fine de faire en sorte que la performance financière du Fonds se traduise par des progrès sociaux mesurables : une route qui relie, une école qui instruit, une clinique qui soigne, et une économie qui inclut.

