À Madagascar, l’internet mobile se trouve à un point d’inflexion majeur. Avec une large couverture réseau, portée par des décennies d’investissements de l’industrie des télécommunications, le pays dispose d’un socle technologique robuste. Pourtant, l’accès à internet reste encore limité et peu accessible pour une part importante de la population. Si le projet de loi n°040/2026 sur les communications électroniques s’annonce comme une étape décisive pour moderniser le secteur, quelles sont les réformes structurelles urgentes pour transformer cette connectivité en un véritable levier d’inclusion numérique ?
La fiscalité numérique, le principal frein à lever
La barrière à l’entrée ne réside pas dans un manque d’infrastructures, mais bien dans le coût d’acquisition de l’équipement. Une fiscalité parmi les plus lourdes d’Afrique pèse directement sur le pouvoir d’achat des ménages malgaches et entrave l’achat de smartphones abordables, une étape pourtant indispensable à l’utilisation des services 4G ou 5G. Le Groupement des opérateurs de télécommunications de Madagascar (GTM) l’a souligné avec force en identifiant la suppression ou l’allègement de plusieurs taxes comme une priorité absolue.
Il s’agit en premier lieu d’abolir le droit d’accise de 8 % sur les télécoms, une charge qui renchérit les offres de services et freine mécaniquement la démocratisation de la data. En parallèle, la révision de la taxe de 5 % sur la finance mobile s’impose, car elle pénalise l’accès aux services financiers digitaux pour les populations non bancarisées et bride l’économie numérique dans son ensemble. Enfin, l’abaissement des taxes d’importation sur les terminaux d’entrée de gamme, notamment par la réduction de la TVA et des droits de douane, permettrait de stimuler l’équipement des foyers malgaches et de maximiser l’impact socio-économique des réseaux existants.
L’exemple probant du benchmark régional
Ces leviers d’allègement relèvent de réalités déjà éprouvées sur le continent africain. Les études récentes de la GSMA et de la Banque mondiale démontrent régulièrement que la pression fiscale appliquée au secteur de la téléphonie est le principal obstacle à la connectivité dans les pays en développement.
L’exemple de l’Afrique du Sud est à ce titre extrêmement révélateur. Début 2025, le gouvernement sud-africain a fait le choix stratégique de supprimer la taxe de luxe de 9 % sur les smartphones d’entrée de gamme. Quelques mois seulement après cette réforme fiscale, la GSMA a observé une chute spectaculaire de 40 % des achats de téléphones basiques au profit des smartphones, accélérant ainsi drastiquement l’inclusion numérique du pays.
Sur le plan macroéconomique, l’impact est massif : les données du Forum économique mondial et de la Commission sur le haut débit estiment qu’une augmentation de 10 % de l’adoption du haut débit mobile en Afrique génère mécaniquement une croissance de 2,5 % du produit intérieur brut (PIB). À Madagascar, où le coût d’un smartphone représente encore une part démesurée du revenu mensuel pour les ménages les plus modestes, ces exemples régionaux confirment l’urgence d’une politique de détaxation ciblée.
Un cadre réglementaire prévisible pour soutenir la baisse des prix
La pérennité des investissements dans les infrastructures, comme le déploiement de la fibre optique ou l’extension du réseau dans les zones rurales, repose avant tout sur un cadre réglementaire stable et incitatif. Dans cette optique, la refonte juridique portée par le projet de loi n°040/2026 doit consolider la régulation transparente déjà exercée par l’ARTEC, notamment à travers l’encadrement des tarifs de gros du backbone national et des règles d’interconnexion.
C’est précisément cette stabilité du marché qui a offert la lisibilité nécessaire aux opérateurs pour consentir des efforts tarifaires historiques sur la Data Mobile. Malgré une inflation locale persistante et des coûts d’infrastructures importées élevés, le secteur privé a fortement réduit ses prix de détail pour démocratiser l’accès à internet. Toutefois, ces baisses de tarifs consenties sur les marges des opérateurs ne pourront pas progresser davantage sans un relais politique et fiscal de l’État.
L’urgence d’une politique publique volontariste
Madagascar possède l’un des réseaux les plus modernes et étendus de sa sous-région, mais le potentiel de ces infrastructures reste sous-exploité. Pour que ce capital technologique se traduise par une adoption massive, le processus législatif en cours nécessite une ambition publique forte, capable d’associer le dynamisme du secteur privé à un choc fiscal favorable aux consommateurs.
L’allègement de la fiscalité sur les outils et services numériques est aujourd’hui l’unique véritable clé pour garantir que la population puisse enfin bénéficier de l’internet mobile.

