Réunis ce dimanche 15 février à Addis-Abeba (Ethiopie) pour leur 39ᵉ sommet, les chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine ont pris acte de la nouvelle orientation stratégique portée par la Banque africaine de développement (BAD). Pour sa première allocution officielle devant cette audience, le président de l’institution, le Mauritanien Sidi Ould Tah, a présenté la Nouvelle architecture financière africaine (NAFA) comme un cadre destiné à rationaliser et renforcer le financement du développement sur le continent.
Sans emphase excessive, le responsable de la BAD a exposé une vision visant à corriger les faiblesses structurelles des mécanismes actuels de mobilisation des ressources, dans un contexte marqué par la montée des risques macroéconomiques, la pression sur la dette et la contraction de l’aide internationale.
Un diagnostic largement partagé
Dans son intervention, Dr Ould Tah a rappelé que l’Afrique dispose de stratégies, de plans et de cadres de référence, notamment l’Agenda 2063, mais que leur mise en œuvre reste freinée par l’insuffisante structuration du risque et du capital. « Le problème n’est pas un manque de ressources. C’est l’architecture du risque et du capital », a-t-il résumé.
Un constat largement partagé par les institutions financières africaines, confrontées à la faible mobilisation de l’épargne locale, à la fragmentation des marchés et à la prédominance des financements extérieurs.
La NAFA comme cadre de coordination
La Nouvelle architecture financière africaine se veut avant tout un instrument de coordination. Elle vise à mieux articuler les banques de développement, les fonds souverains, les investisseurs institutionnels et les marchés financiers, afin de limiter les doublons, réduire les coûts de financement et améliorer l’efficacité des investissements.
Elle s’appuie sur les « Quatre points cardinaux » de la BAD, qui structurent désormais sa feuille de route : une mobilisation accrue du capital africain, un renforcement de la souveraineté financière, une valorisation du potentiel démographique, et un développement d’infrastructures productives.
L’objectif affiché est de passer d’une approche dispersée à une logique plus systémique, susceptible d’accroître l’effet de levier des ressources disponibles.
Un contexte économique contraignant
Le sommet, tenu à Addis-Abeba, s’est déroulé dans un environnement économique tendu, marqué par le durcissement des conditions de financement, la volatilité des marchés et la multiplication des programmes d’ajustement budgétaire dans plusieurs pays.
Dans ce contexte, la NAFA apparaît comme une tentative de réponse institutionnelle aux limites du modèle actuel, sans pour autant dissiper les interrogations sur sa faisabilité opérationnelle à court terme.
« La NAFA n’est pas un slogan. C’est une réorganisation délibérée de la manière dont l’Afrique mobilise, alloue et déploie ses capitaux pour le développement. Un passage de la fragmentation à la coordination. Des transactions isolées à l’échelle systémique. De la dépendance aux capitaux extérieurs à la souveraineté financière », a fait noter Sidi Ould Tah.
Un soutien politique prudent
Dans leur déclaration finale, les chefs d’État ont salué l’orientation stratégique proposée par la BAD et demandé un point d’étape dans un délai de six mois sur son opérationnalisation.
Par ailleurs, le président burundais Évariste Ndayishimiye a été élu président en exercice de l’UA pour 2026, succédant à son homologue angolais João Manuel Gonçalves Lourenço.
Entre ambition et contraintes
Si la NAFA marque une volonté de modernisation du cadre financier africain, sa réussite dépendra de plusieurs facteurs : coordination effective entre institutions, discipline budgétaire des États, profondeur des marchés financiers et capacité à attirer l’épargne longue.
À ce stade, la démarche relève davantage d’un cadre stratégique que d’un dispositif opérationnel abouti. Les prochains mois permettront d’évaluer si cette architecture peut dépasser le stade des intentions pour produire des résultats mesurables sur le financement du développement et l’intégration économique du continent.
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