Par Rodrigue Fénelon Massala, grand reporter /envoyé spécial à Addis Abeba
Réunis les 14 et 15 février 2026 à Addis-Abeba, les chefs d’État et de gouvernement africains participent au 39ᵉ Sommet de l’Union africaine, placé sous le thème central de l’eau, du climat et du développement. Dans un contexte marqué par l’urgence climatique, les tensions sécuritaires et les recompositions géopolitiques, ce rendez-vous continental entend réaffirmer l’ambition de « garantir une disponibilité pérenne de l’eau et des systèmes d’assainissement sûrs », conformément aux objectifs de l’Agenda 2063.
Le défi est immense. Plus de 400 millions d’Africains n’ont toujours pas accès à une eau potable sécurisée, tandis que près de 800 millions restent privés de services d’assainissement de base. L’eau, ressource vitale, se situe aujourd’hui au carrefour de la santé publique, de la sécurité alimentaire, de la croissance économique et de la stabilité sociale. La multiplication des sécheresses, la pression démographique et la dégradation des écosystèmes accentuent la vulnérabilité du continent.
Une nouvelle présidence sous haute attente
L’un des temps forts de l’ouverture du sommet a été l’élection d’Évariste Ndayishimiye, président du Burundi, à la tête de la présidence tournante de l’UA pour l’année 2026, succédant à João Lourenço. Cette fonction, à forte portée symbolique et diplomatique, confère au pays concerné un rôle central dans la définition des priorités politiques et institutionnelles de l’organisation.
Les attentes sont particulièrement élevées dans le domaine sécuritaire. Situé au cœur de l’Afrique de l’Est et centrale, le Burundi est directement concerné par les équilibres fragiles de la région des Grands Lacs. La crise persistante dans l’est de la République démocratique du Congo demeure l’un des dossiers les plus sensibles. En tant qu’allié stratégique de Kinshasa, le président burundais est appelé à jouer un rôle d’intermédiation discret mais déterminant, notamment dans le suivi des accords de paix impliquant le Rwanda et la RDC.
« La tâche est difficile, mais elle reste réalisable », confie un diplomate africain de la région, évoquant la nécessité d’une diplomatie à la fois ferme et pragmatique.
Sécurité et gouvernance au cœur des débats
Au-delà des enjeux hydriques, la paix et la sécurité occupent une place centrale dans les travaux. Plusieurs foyers de tension préoccupent les dirigeants : la persistance des groupes armés à l’est de la RDC, l’instabilité au Sahel, la menace terroriste en Afrique de l’Ouest, ainsi que la résurgence de changements anticonstitutionnels dans certains pays.
Le sommet entend ainsi réévaluer les mécanismes africains de prévention des conflits, renforcer les dispositifs de maintien de la paix et relancer la réflexion sur la réforme de l’architecture continentale de sécurité. L’objectif affiché est de passer d’une gestion réactive des crises à une approche plus anticipative et structurée.
Intégration économique et Agenda 2063
Les débats ne se limitent pas aux urgences sécuritaires et humanitaires. L’intégration économique figure également en bonne place à l’ordre du jour. La mise en œuvre progressive de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) est présentée comme un levier majeur pour stimuler les échanges intra-africains, attirer les investissements et soutenir l’industrialisation.
Les questions d’infrastructures, de financement du développement et de mobilisation du capital privé sont étroitement liées à cette ambition. Les chefs d’État procèdent également à une évaluation des engagements pris dans le cadre de l’Agenda 2063, véritable feuille de route stratégique pour la transformation du continent à l’horizon de plusieurs décennies.
Une attention internationale soutenue
Le sommet d’Addis-Abeba confirme par ailleurs l’intérêt croissant des partenaires internationaux pour les dynamiques africaines. Des représentants de l’Organisation des Nations unies, de l’Union européenne et d’autres institutions multilatérales suivent de près les travaux, notamment sur les questions de gouvernance, de sécurité régionale et de transition écologique.
À cette occasion, le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a prononcé ce qui pourrait être son ultime grand discours adressé au continent. L’incertitude demeure quant à sa succession. En coulisses, plusieurs sources évoquent la possible candidature de Macky Sall à ce poste stratégique, sans confirmation officielle à ce stade.
Diplomatie active et recompositions politiques
En marge du sommet, les initiatives diplomatiques se multiplient. Le Premier ministre sénégalais, Ousmane Sonko, a intensifié ses échanges bilatéraux avec plusieurs dirigeants africains. Il a également rencontré Giorgia Meloni, illustrant la volonté de Dakar de renforcer ses partenariats euro-africains.
Ces tractations témoignent d’un continent en pleine recomposition, où les enjeux hydriques, sécuritaires et économiques s’entremêlent étroitement aux ambitions diplomatiques.
Un sommet sous le signe des interdépendances
À Addis-Abeba, l’Afrique s’efforce ainsi de penser ses défis de manière globale. L’eau, la paix, le commerce et la gouvernance ne sont plus abordés comme des problématiques isolées, mais comme les composantes d’un même système de développement.
Dans un environnement international incertain et sous pression climatique croissante, le 39ᵉ Sommet de l’Union africaine apparaît comme un moment charnière. Il engage la responsabilité collective des États membres à transformer les engagements politiques en politiques publiques effectives, condition indispensable pour faire de l’Agenda 2063 autre chose qu’une simple déclaration d’intentions.

