par Lamine Bal, envoyé spécial.
À l’heure où la compétition mondiale pour les minerais critiques redessine les équilibres géoéconomiques, la question n’est plus seulement celle des volumes extraits, mais celle de la capacité des territoires à structurer des écosystèmes industriels complets. La République démocratique du Congo représente environ 70 % de la production mondiale de cobalt et figure parmi les principaux producteurs mondiaux de cuivre, deux minerais essentiels à la transition énergétique mondiale.
Selon plusieurs projections internationales, la demande mondiale de cuivre pourrait fortement croître au cours des prochaines décennies, portée par l’électrification des transports, les énergies renouvelables et les infrastructures numériques. Dans ce contexte, le Lualaba — province clé de la Copperbelt congolaise — concentre une part significative de cette production stratégique.
Lors du Mining Indaba 2026 tenu au Cap du 9 au 12 février, la Province du Lualaba (République démocratique du Congo) a organisé un Mining Investment Briefing pour exposer une ambition clairement assumée : devenir un pôle structurant du prochain cycle minier et industriel africain. Fort de ses gisements majeurs de cuivre et de cobalt, le Lualaba constitue l’un des centres névralgiques de la production congolaise. Le secteur minier demeure la principale source de devises du pays et attire chaque année plusieurs milliards de dollars d’investissements directs étrangers, majoritairement orientés vers les minerais stratégiques. L’activité minière y est pensée comme le socle d’une stratégie intégrée articulant stabilité institutionnelle, énergie, logistique et inclusion sociale.
Stabilité et attractivité
Cette vision a été portée par Fifi Masuka Saini, Gouverneure de la Province du Lualaba. « Notre première garantie pour les investisseurs, c’est la paix et la stabilité institutionnelle. Aucune entreprise n’investirait des milliards de dollars sans garanties solides. Si de grands groupes miniers opèrent depuis des années, parfois des décennies, dans le Lualaba, c’est parce que l’environnement est prévisible et sécurisé », a déclaré la Gouverneure.
Au-delà du cadre institutionnel, les autorités provinciales mettent en avant un dialogue permanent avec les opérateurs économiques. « Lorsqu’il y a des difficultés, nous dialoguons. Lorsqu’il n’y en a pas, nous dialoguons aussi, afin d’améliorer ce qui peut l’être », a expliqué S.E. Madame Fifi Masuka Saini.
Un secteur privé attentif aux infrastructures
Les représentants du secteur privé présent au lors du panel du Mining Investment Briefing ont confirmé l’attractivité structurelle du territoire. « Du point de vue de l’allocation du capital, développer des capacités supplémentaires de production de cuivre en RDC est plus attractif que dans d’autres juridictions, en termes de dollars investis par tonne installée. », a précisé Mark Davis, Directeur général de Glencore Copper Africa. « Les infrastructures, notamment logistiques, sont déterminantes pour notre compétitivité à long terme. Des projets comme le corridor de Lobito peuvent transformer durablement notre structure de coûts. » Pour sa part,M. Olivier Binyingo, Président du Conseil d’administration de Kamoa Copper, a estimé que «la stabilité institutionnelle et la visibilité réglementaire sont des éléments essentiels pour les décisions d’investissement industriel. Les projets miniers créent de la valeur lorsqu’ils s’intègrent dans l’économie locale. »
Diversifier pour durer
Si le cuivre et le cobalt demeurent centraux, la province insiste sur la diversification sectorielle. Selon les estimations disponibles, moins d’un quart du territoire provincial aurait fait l’objet d’explorations géologiques approfondies, laissant entrevoir un potentiel encore important de développement futur. Les exportations minières représentent la très grande majorité des recettes d’exportation nationales, ce qui renforce l’enjeu stratégique de leur sécurisation logistique et de leur montée en gamme progressive. « On ne peut pas parler d’industrialisation sans énergie. L’industrie en dépend, mais aussi les ménages, les écoles et les hôpitaux », a rappelé la Gouverneure. La stratégie provinciale repose sur cinq secteurs prioritaires : mines, énergie, agriculture, tourisme et santé.
Une ouverture assumée aux partenaires internationaux
Dans un contexte de concurrence accrue autour des minerais stratégiques et de recomposition des équilibres géoéconomiques, la question des partenariats internationaux s’est imposée comme un axe central des échanges. La Gouverneure du Lualaba a défendu une ligne claire : ouverture, diversification et souveraineté réglementaire. « La RDC n’est pas un pays qui travaille avec un seul partenaire. Les Européens sont présents, les Asiatiques aussi, tout comme les investisseurs africains. Ce qui compte, c’est le respect de nos lois et la contribution au développement local », a affirmé S.E. Madame Fifi Masuka Saini. Et de poursuivre: « le Lualaba est ouvert aux affaires. Les investisseurs sont déjà présents, et nous continuerons à aller vers ceux qui souhaitent s’engager dans une vision à long terme. »
Cette approche s’inscrit, selon elle, dans une logique de sécurisation et de diversification des flux d’investissements, à l’heure où les minerais critiques deviennent des actifs stratégiques globaux. Également présent lors du panel, Monsieur Albert G. Zeufack, Directeur de division à la Banque mondiale, a élargi la perspective, rappelant que la valorisation des ressources ne peut se limiter à l’extraction et que l’enjeu dépasse le seul cadre provincial. «la richesse minérale représente une opportunité majeure pour la RDC, mais sa transformation en croissance durable dépendra des investissements dans les infrastructures, le capital humain et la gouvernance », a souligné Albert G. Zeufack.
Le corridor de Lobito : une convergence stratégique
La position géographique du Lualaba constitue un levier structurant. Le corridor de Lobito, infrastructure ferroviaire reliant la Copperbelt congolaise et zambienne au port angolais de Lobito sur l’Atlantique, vise à réduire significativement les délais et les coûts d’exportation vers les marchés internationaux. Pour les opérateurs privés, ces infrastructures représentent un levier majeur de compétitivité. À l’échelle internationale, plusieurs pays riches en ressources minières ont engagé des trajectoires comparables. La Zambie cherche à renforcer ses capacités de production et à stabiliser son environnement réglementaire ; le Chili investit massivement dans la montée en valeur ajoutée et l’innovation autour du cuivre ; l’Indonésie, quant à elle, a fait le choix stratégique d’imposer la transformation locale du nickel avant exportation afin de capter davantage de valeur sur son territoire.
Dans ce paysage en recomposition, le Lualaba tente d’articuler une approche progressive : consolider l’attractivité extractive tout en préparant les conditions d’une industrialisation accrue, conditionnée par l’énergie, les infrastructures et la stabilité sociale.
Vers un hub stratégique africain
Avec une population estimée à plus de 3 millions d’habitants et une position charnière entre plusieurs espaces économiques régionaux (SADC, COMESA, EAC), le Lualaba dispose d’un potentiel de plateforme régionale au centre du continent africain. À l’horizon 2030, la province ambitionne de dépasser son statut de territoire extractif pour s’affirmer comme un hub stratégique africain à l’intersection des mines, de l’énergie et des corridors logistiques. « Nos priorités sont séquencées dans le temps. À court terme, l’énergie et les infrastructures sont urgentes. À moyen terme, l’amélioration des conditions sociales est essentielle… », a conclu la Gouverneure.
Le défi pour le Lualaba ne consiste pas uniquement à capter la rente minière du cycle actuel, mais à transformer cette dynamique en levier structurel de développement territorial, dans un contexte mondial marqué par la sécurisation des chaînes d’approvisionnement et la relocalisation industrielle.

