Le secteur de l’assurance africaine doit renforcer sa contribution au financement des économies du continent.
Acteur cardinal de l’architecture assurantielle panafricaine, le Groupe ACTIVA s’est affirmé, en un peu plus de deux décennies, comme l’un des rares champions africains capables d’articuler solidité financière, discipline stratégique et intelligence des marchés locaux. À la manœuvre, Richard Lowe, fondateur et président, incarne cette trajectoire singulière où la vision précède l’expansion et où la croissance s’adosse à une lecture fine des dynamiques économiques du continent. Présent dans de nombreux pays, ACTIVA a construit son empreinte sur une promesse exigeante : accompagner durablement les économies africaines tout en apportant aux entreprises comme aux particuliers des solutions ajustées à des environnements complexes et mouvants. Dans cet entretien exclusif, Richard Lowe revient sur les séquences fondatrices du Groupe, analyse les mutations en cours du marché africain de l’assurance, en identifie les angles morts et les résistances structurelles, et expose, sans effets de manche, sa grille de lecture stratégique pour la prochaine décennie. Il y dessine aussi le rôle pivot que les acteurs panafricains sont appelés à jouer dans l’intégration, la normalisation et, in fine, la montée en gamme des marchés de l’assurance sur le continent.
Propos recueillis par Dominique MABIKA
Quels ont été les jalons déterminants dans la construction et l’expansion du Groupe ACTIVA en Afrique ?
Le Groupe ACTIVA a été créé en 1998 avec une ambition claire : bâtir un réseau panafricain capable d’accompagner les entreprises multinationales opérant en Afrique tout en proposant aux particuliers des solutions d’assurance adaptées à leurs besoins spécifiques. Notre vision est de «faire du Groupe ACTIVA une entreprise super-performante dans une Afrique sans frontière, grâce à une organisation orientée client, à la mobilisation de l’intelligence du personnel et à l’utilisation efficiente de la technologie». Un premier jalon déterminant a été, dès les premières années, notre volonté d’asseoir la notoriété du Groupe sur le respect strict de nos engagements, en particulier en matière de règlement des sinistres. Nous avons très tôt placé le client au centre de nos préoccupations, à travers notre signature « Passionnément Clients », qui demeure aujourd’hui encore un pilier fondamental de notre culture.
Cette exigence de rigueur et de transparence s’est traduite, à partir de 2009, par notre choix de nous soumettre volontairement à une notation financière internationale, puis, dès 2011, par l’obtention de certifications à la norme ISO. Ces démarches ont contribué à renforcer la crédibilité du Groupe auprès de nos partenaires, de nos clients et des régulateurs. Un autre jalon structurant a été le partenariat conclu en 2013 avec la Société Financière Internationale (SFI), filiale de la Banque mondiale dédiée au secteur privé. Ce partenariat a constitué un véritable accélérateur de notre développement à l’international, dynamique qui a été renforcée en 2016 par l’entrée de PROPARCO à nos côtés.
Enfin, la structuration du Groupe s’est poursuivie avec la création d’ACTIVA Ré, notre captive de réassurance, destinée à optimiser et coordonner les programmes de réassurance de nos filiales, ainsi qu’avec la mise en place plus récente d’ATS – Africa Technologies Services. Cette filiale technologique a pour mission d’accompagner la transformation digitale du Groupe et de doter l’ensemble de nos entités d’infrastructures technologiques modernes, afin de rester durablement à la pointe de l’innovation.
Comment évaluez-vous l’évolution du marché africain de l’assurance depuis vos débuts dans le secteur ?
Le marché africain de l’assurance demeure encore aujourd’hui relativement marginal à l’échelle mondiale, représentant environ 1,5 % à 2 % du chiffre d’affaires global du secteur. Toutefois, il convient de souligner qu’il s’agit, depuis près de quinze ans, de l’une des régions affichant les taux de croissance les plus soutenus au monde. Cette progression s’est réalisée dans des contextes parfois marqués par des instabilités sociopolitiques, sans pour autant compromettre durablement la dynamique de croissance observée dans la majorité de nos pays d’implantation. De manière plus globale, l’Afrique s’est positionnée comme la deuxième zone mondiale en termes de croissance du secteur sur cette période.
Sur le plan réglementaire, nous constatons une implication de plus en plus forte des autorités de régulation, avec une volonté affirmée de renforcer la solidité du marché, de limiter le recours excessif à la réassurance extérieure et de favoriser une meilleure contribution du secteur de l’assurance au financement des économies africaines. Du côté des acteurs, le marché connaît une professionnalisation progressive, marquée notamment par l’émergence de groupes africains régionaux structurés, solides et ambitieux, capables de porter une vision à long terme du développement du secteur sur le continent.
Quels sont, selon vous, les principaux freins à la pénétration de l’assurance en Afrique aujourd’hui ?
La pénétration de l’assurance en Afrique demeure aujourd’hui faible, autour de 2 %. L’enjeu pour le secteur est d’accompagner une progression de ce taux vers un niveau d’environ 5 % à l’horizon 2030, à condition de lever un certain nombre de freins structurels. Le premier enjeu réside dans le renforcement du professionnalisme des compagnies d’assurance, notamment en matière de respect des engagements, de déontologie et de qualité de service. La régulation joue également un rôle clé. Une approche davantage orientée vers la synergie avec les acteurs du marché permettrait d’accélérer le développement du secteur, notamment à travers l’extension des assurances obligatoires, le transfert à l’assurance de certains risques aujourd’hui supportés par les États, ainsi qu’une réflexion approfondie sur d’autres mécanismes structurants.
Par ailleurs, les évolutions fiscales constituent un levier important, en particulier pour stimuler le développement des assurances vie. Enfin, les sociétés d’assurance doivent poursuivre leurs efforts d’innovation, en tirant pleinement parti des opportunités offertes par la digitalisation, l’intelligence artificielle et les nouvelles technologies, tout en accélérant le déploiement de solutions de microassurance et d’assurance inclusive, mieux adaptées aux réalités socioéconomiques africaines.
Quelle est votre vision stratégique pour ACTIVA au cours des dix prochaines années ?
Notre ambition pour les dix prochaines années est de faire du Groupe ACTIVA un acteur toujours plus solide financièrement, capable de s’inscrire durablement parmi les groupes africains de référence du secteur de l’assurance. Cette ambition repose sur plusieurs piliers essentiels. Il s’agit d’abord de continuer à investir dans la qualité de notre capital humain, véritable moteur de la performance du Groupe. Elle repose également sur le renforcement de nos infrastructures technologiques, afin de soutenir l’innovation, la digitalisation de nos processus et une expérience client toujours plus fluide et efficace. Le client demeurera, plus que jamais, au cœur de notre stratégie. À cela s’ajoute le renforcement de notre engagement en matière de responsabilité sociétale, à travers la Fondation ACTIVA, créée il y a maintenant plus de douze ans et appelée à jouer un rôle encore plus structurant dans nos actions en faveur des communautés. L’ensemble de cette vision est soutenu par une gouvernance que nous souhaitons toujours plus robuste et conforme aux meilleurs standards internationaux.
Quel rôle ACTIVA peut-elle jouer dans l’intégration et l’harmonisation des marchés africains de l’assurance?
ACTIVA contribue déjà de manière concrète à l’intégration des marchés africains de l’assurance, notamment à travers le Réseau GLOBUS, que nous avons créé il y a environ dix-huit ans et qui constitue aujourd’hui le plus vaste réseau d’assurance sur le continent, avec des membres présents dans une cinquantaine de pays. Au-delà de cette initiative, nous estimons que le secteur de l’assurance africaine doit renforcer sa contribution au financement des économies du continent. Cela passe notamment par une meilleure organisation des mécanismes de réassurance interne, à travers des pools nationaux, régionaux et panafricains, permettant de conserver localement une part plus importante des primes collectées en Afrique. Cette dynamique ne peut toutefois réussir sans une collaboration étroite entre les acteurs du marché et les pouvoirs publics. Les autorités ont un rôle clé à jouer, notamment à travers des mesures fiscales adaptées et l’extension de certaines assurances obligatoires, afin de créer un environnement propice au développement durable du secteur.

